En relisant, comme souvent, les Carnets (1984) du trop confidentiel Louis Calaferte :
« Livres. Des liens spirituels se nouent avec eux, supplantant leur valeur marchande, devant son prix, quelquefois, nous avons hésité à faire l’acquisition de l’un d’eux, finissant néanmoins par l’acheter. Le temps passé, ce qu’il nous coûté a été oublié ; il ne vaut que par la joie qu’il nous procure, dé lesté de toute relation avec l’argent, pour ainsi dire purifié. Notre sentiment à son endroit prend alors sa vrai consistance, car les livres vieillissent en notre compagnie, certains accusant visiblement les avatars de leur existence, blessés, ridés, défraichis, démantelés ; la route des expérience a laissé ses marques, mais intacte est la richesse initiale – au vrai, elle s’est même en général accrue, les bons livres bénéficiant d’une complicité avec les bons lecteurs. »
Et pour ceux qui le prendrait encore le poète pour un poète :
« Septuagénaire, nombre de jeunes gens m’adressèrent des lettres témoignant de leur admiration pour mon travail littéraire. Plusieurs aussi se présentèrent à ma porte, que je reçus courtoisement malgré ce qui pouvait m’en coûter en fatigue, estimant qu’un écrivain n’est pas indéfiniment autorisé à se dérober à l’attention d’un public qu’il a su toucher par es livres. Au début, je ne démêlai guère dans ces entretiens à bâtons rompus ce qui avait réussi à m’attirer tant d’hommages flatteurs ; ce ne fut qu’après un certain temps que m’apparut l’inexplicable confusion : discrètement, ou avec une aisance volubile, selon leurs tempéraments respectifs, chacun de mes interlocuteurs insistait sur la beauté formelle de mes œuvres poétiques – or il se trouve que, de ma vie, jamais je n’ai écrit un seul poème. »
En plus des Carnets, le curieux gardien vous recommande la lecture de Rag-time, Londoniennes et Poèmes ébouillantés (Gallimard Poésie)

Merci,inconnu,qui touchez ce soir par ces lignes,mon chemin psychique.
En vous souhaitant une nuit poétique et reposante.
Anne
Lisez Calaferte ou vous êtes (presque) immoral !
Il a été à n point, moment "rêvé" de ma vie mon écriavain de chevet !
Pardon "un point"
Alors comme ça, il y a les bons et les mauvais lecteurs!