Le dodo n’était peut être pas pas si dodu !
Le dodo, ou dronte, ou Raphus cucullatus, oiseau de l’île Maurice disparu vers la fin du 17e siècle, est l’une des plus célèbres espèces animales exterminée par l’action de l’homme. Pourtant, de nombreux aspects de sa biologie demeurent obscurs, à commencer par son poids. Beaucoup de représentations artistiques du dodo le montrent comme un oiseau très gras, presque obèse, et il a été souvent admis que son poids devait être élevé, dépassant les 20 kilogrammes. Une étude associant le musée d’Elbeuf-sur-Seine, le Laboratoire de géologie de l’ENS (CNRS-ENS) et le laboratoire Mécanismes adaptatifs : des organismes aux communautés (CNRS-MNHN), parue dans la revue Naturwissenschaften, suggère un poids nettement moins élevé et remet en cause l’idée du dodo obèse.
Le dodo est en quelque sorte un fossile ultra récent. Il s’est éteint au 17e siècle, mais la plupart des os conservés dans les musées viennent d’un site daté d’environ 4000 ans. Le dodo a certainement été victime des activités humaines, mais sans doute pas uniquement de la prédation directe de l’homme, même s’il est certain que les marins et colons hollandais (et autres) ont consommé des dodos en abondance. Il est vraisemblable que les animaux introduits par l’homme (chiens, porcs, chats, singes) ont joué un rôle important en détruisant, suivant les cas, les adultes, les jeunes ou les oeufs. C’est ainsi que c’est achevée la vie de ce bel oiseau, représenté assez dodu dans les gravures anciennes.
Cette étude a pour point de départ la « redécouverte » d’un ensemble d’ossements de dodo conservés dans la riche collection d’histoire naturelle du Musée d’Elbeuf-sur-Seine (Seine-Maritime). Donnés au musée par le naturaliste mauricien Paul Carié en 1923, ils n’avaient jamais attiré l’attention des scientifiques et ne figurent dans aucune des diverses listes d’ossements de dodo publiées dans divers ouvrages récents. C’est à l’occasion d’un inventaire des vertébrés fossiles du musée d’Elbeuf que l’attention a été portée sur cette collection rare et qu’une étude minutieuse des ossements a été entreprise1. Les résultats surprenants a conduit les protagonistes de l’étude à examiner la question très controversée du poids du dodo.
En effet une récente étude suédoise portant sur plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux actuels a permis d’établir une relation, exprimée par des équations, entre le poids moyen de l’animal et la longueur des os de ses pattes. Pour évaluer le poids du dodo, les longueurs des os de dodo du Musée d’Elbeuf ont été utilisées, ainsi que de nombreuses mesures prises sur des ossements de dodos conservés dans des musées du monde entier. A partir des équations établies pour les oiseaux actuels, un poids moyen de 10,2 kg a été obtenu pour le dodo. Ce poids est significativement inférieur à des estimations datant des années 1990, obtenues suivant d’autres techniques, qui allaient jusqu’à 22 kg. Suivant la nouvelle étude, le poids moyen du dodo aurait été à peu près celui d’un dindon sauvage, oiseau dont la taille est similaire à celle du dodo.
Cette nouvelle estimation permet de penser que les rares représentations anciennes du dodo, faites d’après nature, qui le montrent comme un oiseau relativement svelte, sont plus réalistes que celles, plus connues, qui le dépeignent comme excessivement gras. Les auteurs de ces dernières ont eu pour modèles des dodos captifs amenés en Europe, qui avaient probablement été suralimentés, à quoi s’est ajoutée une exagération de la grosseur de l’oiseau au fil des reproductions par des artistes successifs. Il est possible aussi que ces représentations aient eu pour point de départ des dodos se livrant à une parade durant laquelle ils gonflaient leur plumage et leur jabot. Toutefois, on sait si peu de choses sur le comportement du dodo que cette hypothèse demeure hautement spéculative.
L’étude a été menée par Delphine Angst dans le cadre d’un mémoire de maîtrise, sous la direction d’Anick Abourachid et d’Eric Buffetaut.
© D’après un document du CNRS

Non, les os du dodo ne sont pas tous faux
Le Museum de La Rochelle possède l’un des rares squelettes en France du célèbre oiseau conté par Yannick Jaulin au théâtre Verdière.
A quelques battements d’ailes – pour celui qui en est pourvu – du théâtre Verdière, où Yannick Jaulin conte depuis mardi les aventures fantastiques du dodo, les restes de l’un de ces volatiles, disparus il y a quatre siècles, reposent entre quatre vitres au Muséum d’Histoire naturelle de la Rochelle (MHNLR).
Osons le dire : la pièce MHNLR 0.641 est exceptionnelle. Ces ossements vieux de plusieurs siècles constituent l’un des trésors les plus précieux du musée rochelais, qui fait partie des rares établissements en France à conserver un squelette de dronte de l’île Maurice, ou raphus cucullatus, connu du grand public sous le nom de dodo.

Guillaume Baron, responsable des collections du muséum, face au squelette du dodo rochelais
« La mare aux songes »
Dans la galerie de zoologie, il trône, hélas, aux côtés des espèces disparues ou en voie de disparition, comme la tourte voyageuse d’Amérique du nord et l’hémignathe à long bec d’Hawaï. Le squelette contient, pour moitié, de vrais os. L’autre moitié est constituée de pièces reproduites d’après la carcasse d’un dodo conservée au musée de l’île Maurice.
« Une partie du crâne est originale, une partie du bec aussi, ainsi qu’une aile… », énumère Guillaume Baron, responsable des collections du muséum de La Rochelle, qui dispose de la liste des pièces reproduites du squelette, acheté en 1932 à l’entreprise Émile Deyrolle, fournisseur de musées.
Le conservateur rochelais, le docteur Étienne Loppé, avait déboursé 4 000 francs, une somme rondelette à l’époque, pour acquérir cette pièce rare, dont on ne connaît pas l’origine, sinon la provenance.
« On sait que ce squelette vient de la mare aux songes, le gisement principal de restes de dodos sur l’île Maurice. C’est une zone humide, où le dodo a sûrement vécu longtemps, avant d’être exterminé au XVIIe siècle, à cause de l’appétit des Européens, mais aussi de l’introduction d’espèces exogènes : le rat, le chat et le cochon. Avant eux, cette espèce, proche parent du pigeon, n’avait jamais connu d’autres prédateurs et ne possédait aucun moyen de défense », explique Guillaume Baron.
Dans sa vitrine, le squelette fait face à un autre dodo, totalement factice mais non moins remarquable. Le Muséum d’histoire naturelle d’Orléans a fait don à La Rochelle, en 2002, de la réplique fidèle d’une sculpture réalisée en 1901 au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, sous la direction du professeur Émile Oustalet, auteur d’un article sur le dodo. Le peintre Henry Coeylas a même immortalisé ce moment sur une toile.
© Frédéric Zabalza pour Sud Ouest – photo de Xavier Léoty
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A la recherche du dodo de Harri Kallio, Actes Sud
Immortalisé par Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles, le dodo, étrange et sympathique oiseau incapable de voler, continue de hanter l’imaginaire collectif malgré sa complète disparition intervenue à la fin du XVIIe siècle.
Passionné par l’histoire singulière du dodo, Harri Kallio, photographe et sculpteur, a mené une rigoureuse enquête afin de reconstituer l’itinéraire et le destin d’une espèce définitivement éteinte. Usant de différents techniques et pratiques de la photographie (scientifique, appliquée, documentaire, de reportage), il parvient dans une démarche totalement inédite à faire « revivre » en situation un animal qu’il ne nous sera pas donné de revoir.

Par une étonnante recrétion du passé s’installe la troublante illusion que ses curieuses créatures vivent et prospèrent tout comme autrefois dans leur domaine de l’île Maurice. On retrouve les dodos parmi les rivières et les montagnes, les vallons luxuriants et les épaisses forêts de leur paysage natal, coulant des jours paisibles dans une parfaite inconscience de la colonisation humaine qui a mené à leur extinction il y a plus de trois cents ans.

