LE PARADISIER, ROMAN FLOTTANT

Par Jean-Luc Boutel

Il existe ici bas des choses rares et précieuses, des livres objets, des livres curieux, que l’on parcours avec avidité et un plaisir intense, tant le rythme de ses phrases nous font oublier, le temps d’un battement d’aile, tout le chaos du monde qui nous entoure.

Je viens de découvrir un petit livre jaune, aussi délicat qu’un oiseau, qui possède un étrange pouvoir, celui de vous faire percevoir un monde que vous ne connaissiez pas, qui existe mais qu’il vous est impossible d’imaginer sans la présence magique de quelques plumes colorées, abandonnées au fil des pages/voyages qui nous entraînent dans une Italie sublimée.

L’auteur est un amateur, collectionneur de mots, un photographe des lettres, qui d’un instantané bref et puissant capture toute la magie de ces instants précieux et fugaces qu’il est impossible au commun des mortels d’exprimer par des phrases sobres et simples.

Clément utilise le langage comme une palette de couleur et on se laisse emporter par la fulgurance de ces mots rapides qui parsèment ce livre/musée avec le rythme lent, paisible et réconfortant d’une eau fraîche qui vous coule le long de la gorge par un après midi torride.

Il joue avec les mots avec une simplicité et un rythme incroyable, son texte, c’est aussi une partition, un morceau de musique et souvent je me suis surpris à répéter plusieurs fois à voix haute certains passages, tellement sa lecture donne l’impression d’une chanson, un langage simple mais riche en même temps, qui nous va droit au coeur et qui fait mouche à chaque coup.

Sa prose subtile, s’écoule, roule en boule dans notre imaginaire sans cesse attisé et d’une manière obsédante, à l’image de ce petit caillou d’un seul mot, bien lisse et qui glisse dans sa bouche comme pour lui rappeler que la réponse à toutes ces questions ne se trouve que dans la combinaison parfaite de ces trois lettres : OVO.

Raphaël Moineau, Raphaël comme le peintre ou l’ange et Moineau comme l’oiseau, est frappé d’une curieuse infirmité, reliquat d’un moment de folie qui lui dicta la destruction au cutter de toutes ses toiles. Main recroquevillée et crispée en forme de patte d’oiseau. Comme il faut bien travailler, il se retrouve gardien au Louvre et la découverte de mystérieuses plumes aux abords de toiles de grands maîtres Italiens, vont le conduire dans une Italie magique et mystérieuse à la recherche de créatures toutes aussi mystérieuses : les Anges. Car, par un incroyable concours de circonstances il découvre qu’en regardant au travers de ces plumes finement fendues, il perçoit un monde extraordinaire, celui des gardiens, ces créatures angéliques qui veillent sur nos personnes depuis l’aube des temps. Un parcourt enchanté, plein de poésie, fait de rencontre extraordinaires, à la recherche de précieux indices et de précieuses plumes dans une ville, Naples dont le château de l’œuf, lieu unique de la rencontre décisive, lui rappelle d’une manière permanente, ce mot qui ne cesse de l’obséder depuis le début de son aventure : OVO.

Roman fantastique, roman initiatique, d’une sensibilité extrême, d’un homme à la recherche de sa raison d’être, de son identité. Est-il lui-même un ange, le fil conducteur d’une légende qui se transmet au gré des personnes qui en sont les acteurs principaux ? Un roman où l’on fait des rencontres inoubliables, acteurs mystérieux et souvent involontaires d’un destin qui semble leur échapper, d’un univers à peine dévoilé qu’il ne comprennent pas. Comme ce Federico Festa , « Angélographe » qui ne trouve de repos que dans sa chasse photographique de cette fascinante créature ailée.

 Roman flottant, roman fascinant, tout un univers qui baigne dans une ambiance onirique et d’une grande beauté, qui nous transporte d’une manière incroyable, pages après pages. Il ne nous sera possible que de reprendre notre souffle lors de la  vision des quelques illustrations de l’auteur, abandonnées là au rythme des plumes rencontrées, comme pour vouloir donner plus de poids à cette troublante aventure.

On arrive alors à la dernière page, complètement bouleversés de tant d’élégance, de finesse et de sobriété. Après avoir goûté à un tel nectar de phrases et de mots, il est difficile de revenir à la réalité et c’est le souffle court mais le cœur léger que l’on repose cet ovni bibliophilique avec une seule envie, de se plonger aveuglément et sans retenues dans toute l’œuvre de Frédéric Clément :

« Alors ovo. Je note. Je remonte le temps. Sur le tempo  des envols d’avions, je pèse mes mots. »

 Le paradisier, roman flottant de Frédéric Clément. Editions le Castor Astral. Collection « Curiosa & Caetera.

Jean-Luc Boutel, est le créateur de SUR L’AUTRE FACE DU MONDE le blog des amateurs d’anticipations anciennes.

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