« L’ARCAMONDE » OU LES ENQUÊTES IMPOSSIBLES

Avant mes égarements dans l’extraordinaire roman de Éric Poindron (je vous conseille d’y consulter l’intéressante bibliographie se trouvant en fin de volume), je ne connaissais en rien les aventures de « L’Arcamonde , cet étrange échoppe d’antiquité dirigée par un bien singulier personnage, Frans Bogaert. Tenant boutique dans la toute aussi mystérieuse et fascinante ville de Bruges, notre héros est non seulement un amateur et un dénicheur de curiosités de toutes sortes, mais également un amateur de bizarreries historiques, de rumeurs improbables et d’énigmes insolubles dont il s’alimente avec avidité. Il ne trouve satisfaction qu’une fois bien repu, c’est-à-dire une fois que les ténèbres s’éclaircissent et que le mystérieux objet dont il vient de faire l’acquisition livre enfin ses secrets.

« Voyez-vous, je possède un second compte en banque qui ne se crédite que de curiosité satisfaite »

Une bien belle phrase qui colle comme un gant à notre antiquaire.

Prenons pour exemple dans ses mystérieux dossiers, la deuxième enquête L’orgue de Quinte  où notre détective fait l’acquisition d’un étrange objet : Un orgue à liqueur, ancienne possession d’un certain Mr Des Esseintes, héros principal du roman de Joris-Karl Huysmans dans son roman A rebours. Un objet des plus singuliers qui l’intrigue fortement et ses investigations vont le mener sur les traces d’un ancien maître verrier, Jean Vincent. Ce dernier créa en fait cette curieuse machine dont le but ultime, était de réaliser la larme parfaite, indispensable à la fabrication d’un cristal unique et d’une pureté incomparable. Mais l’acquisition des douze perles provenant de sources émotionnelles aussi différentes que violentes, seront les prémices de difficultés et de souffrances qui conduiront notre artiste sur le chemin de la guillotine. Une bien curieuse histoire où le Vatican dépêche un de ses agents les plus expérimentés.

On retrouve dans ce roman une forte « odeur » d’un autre texte dont la finalité, avec sa recherche de la fragrance ultime menant à une série de crimes, semble relativement identique, tout en gardant son identité et une forte personnalité. Mais dans cette quête de la larme parfaite recueillie avec un instrument des plus originaux « Le cueille-chagrin », l’auteur fait montre d’une grande originalité, avec une série de forfaits dont le machiavélisme nous laisse complètement coi. Mélangeant avec finesse le réel à l’imaginaire, on se laisse facilement convaincre par cette enquête, tant la plume experte de l’auteur nous emporte dans un tourbillon où tout semble se confondre, dans une suite d’événements où l’on a du mal à différencier le vrai du faux.Une bonne partie de l’intrigue se trouve être résolue dans une sorte de huis clos, au cour d’une nuit orageuse et dont la structure narrative me rappelle les fameuses histoires d’un autre détective : Carnacki.

Bogaert est sans contexte une invention originale qui, grâce l’imagination débordante de Hervé Picart, lui assure une place bien méritée dans le cercle très fermé des « détectives de l’étrange ». Mais ce qui fait la force et la particularité de ce détective hors du commun, c’est son approche du fantastique qui se fera toujours par l’intermédiaire d’un objet insolite. Ici, point de méditation sous les veloutes bleutées d’une épaisse fumée de pipe, ni tout l’attirail de pacotille du chasseur de spectres au rabais, mais une logique implacable et une parfaite connaissance de l’histoire des hommes et de ses petits secrets.Fait déterminant dans son enquête, lui attribuant toute son originalité, ces investigations gravitent toujours autour d’une pièce d’antiquité, relique inestimable échappée de quelques cabinets de curiosité, sulfureux et diabolique.

Dans un style personnel et captivant nous suivons ses différentes aventures avec ce doux petit frisson qui parcourt notre dos et qui me rappelle avec satisfaction le plaisir éprouvé lors de mes anciennes lectures, lorsque je me plongeais dans les aventures de Harry Dickson ou de John Silence. L’auteur fait en outre preuve d’une grande érudition dans le domaine des objets anciens, à croire que, outre ses nombreuses activités, il trouve le temps de tenir boutique dans une échoppe siégeant dans la quatrième dimension.

C’est dans une atmosphère des plus jouissive enfin , qu’il se permet pour notre plus grand plaisir, un petit clin d’œil comme le précise le texte de présentation de l’éditeur ci-dessous, au film Américain des années 50. On ne s’étonnera pas alors de faire la comparaison entre le héros Bogaert/Bogart et du nom de son assistance dans le roman… Lauren. Les écrivains des nostalgiques ?

J’ai vraiment hâte de me plonger dans la prochaine aventure (je ne sais pas pourquoi, j’ai commencé dans le désordre) mais il ne fait aucun doute que la prochaine sera tout aussi palpitante et finement menée. Remercions les éditons du « Castor Astral » d’avoir eu l’excellent idée de nous proposer une collection consacrée à ce sympathique et redoutable « détective antiquaire » qu’il vous est désormais indispensable de découvrir.

Le seul petit point noir, vraiment minime, concerne les couvertures qui me paraissent un peu trop « sobres » et ne sont pas à la hauteur des textes proposés.

« Au cœur de la vieille ville de Bruges, une boutique désuète au nom étrange : L’Arcamonde. C’est le domaine de Frans Bogaert, gentleman distingué et cultivé qui se livre avec autant de flegme que de passion à ses activités d’antiquaire et de brocanteur. Avec l’aide de son assistante, Lauren, qui semble sortie en droite ligne d’un film américain des années 1950, et des instruments sophistiqués que recèle son atelier, Bogaert se livre à la demande à des expertises d’objets hors du commun : un très ancien dé en bois venu des bords de la Baltique et qui demeure invariablement glacé, un orgue à liqueurs qui vous ferait verser des larmes, un cœur-de-gloire issu d’une macabre tradition toscane… Chaque objet l’entraîne dans une enquête passionnante qui révèle des pans secrets de l’Histoire, mais aussi quelques méandres étonnants de l’âme humaine »

Par Jean-Luc Boutel, du blog SUR L’AUTRE FACE DU MONDE 

Volumes du cycle de « L’ARCAMONDE »

Tome – Le dé de l’Atanas

Tome 2 –  L’orgue de Quinte

Tome 3  – Cœur-de-gloire

Tome 4  – La pendule endormie

Tome 5 – La lampe de Providence (vient de paraître)

Est-il possible d’élucider un crime vieux de plus de cent cinquante ans ? Et avec pour seuls témoignages des souvenirs épars inscrits de façon inexplicable dans le corps d’une antique lampe à pétrole ? Tel est le défi qui va entraîner Frans Bogaert dans l’Amérique du XIXe siècle sur les traces d’un magnétiseur suspect et d’un prophète aux allures d’assassin… Mais c’est lorsque cette lanterne magique tisse des liens insoupçonnés entre Lauren, sa mystérieuse assistante, et Laura, sa femme disparue, que le cœur de l’antiquaire s’emballe. Le gentleman de Bruges doit dès lors enquêter parmi les spectres, dans un étrange réseau d’indices hypnotiques où la réalité s’égare, avec en ghost star l’ombre décharnée d’Edgar Poe au crépuscule de sa vie. Entre histoire littéraire et meurtres fantastiques, un invraisemblable voyage dans la vieille ville de Providence avec un Bogaert s’improvisant pour l’occasion génie de la lampe.

Et pour découvrir le Blog de L’ARCAMONDE,

les personnages, histoires, intrigues, et tout l’univers de la série,

on s’aventure ICI

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s