LE PARADISIER, ROMAN FLOTTANT

Le Paradisier de Frédéric Clément vu par Issam Sahli…

J’éprouve quelques difficultés à savoir par ou commencer pour parler du Paradisier, de Frédéric Clément : à la lecture, ce fut un ravissement, et à la relecture également, et il fait partie largement de mes lectures les plus marquantes depuis bien longtemps. Mais c’est un livre inhabituel, un « roman flottant » et finalement presque insaisissable, et je ne sais comment en parler véritablement, sans trop réduire ce qu’il est par des mots maladroits.
Avant Le Paradisier, je n’avais jamais lu d’ouvrages de Frédéric Clément, et j’avoue que j’en savais assez peu sur cet auteur illustrateur : depuis, j’ai regardé sa bibliographie, et force est de constater que bon nombre de ses livres semble bien attirants, étranges et beaux. Un auteur à retenir, et je pense à savourer.

Le Paradisier  nous raconte l’histoire de Raphael Moineau, gardien du musée du Louvres dont la main droite est crispée en forme de tête d’oiseau. Un jour, une plume trouvée dans son musée lui fera entrevoir des secrets qui le mèneront à Naples, pour un voyage des plus étranges.
Je ne donnerais pas ici un résumé plus détaillé du livre : encore une fois car je me verrai obligé d’en réduire bien des aspects, ce que j’aimerais éviter au maximum, mais aussi par ce qu’il es délicieux de se laisser surprendre par l’imagination de Frédéric Clément, qui nous entraine sans peine dans ce voyage, dans ces voyages.

Le livre est écrit sous la forme d’un carnet, forme intime qui laisse les mots se déployer et se développer comme ils le désirent, à travers les phrases comme à travers les pages, donnant à l’œuvre son caractère flottant. Le jeu du mot et de la phrase y est grandiose, les sons résonnent en nous, harmonieux et durables. Le texte prends parfois des allures de concertos. La musique rejoint l’écrit, la peinture, la sculpture. C’est tout un musée de l’art que Frédéric Clément réunit ici, un des musées les plus agréables et réussis qui soit.
A histoire hors norme, prose hors norme, Frédéric Clément le comprend bien, et son Paradisier  en devient plus surprenant, et plus ravissant. Il retranscrit chaque sensation, chaque émotion avec un talent évident, et son lecteur ressent tout cela avec force, tour à tour ravi, étonné, et parfois un peu triste. Au final, il serait bien dur, et bien vain d’essayer d’isoler quelque passage que ce soit de ce texte : il se présente comme uni dans sa diversité et ses changements, et tenter de couper l’œuvre serait à coup sur en couper l’essence. On lit Le Paradisier  d’une traite, sans vouloir s’arrêter, incapable de rompre le charme produit par cet étrange écrit.

Frédéric Clément est aussi l’illustrateur de son roman : il travaille à partir de photographies, agencées, disposées, retouchées pour les sublimer. Ses illustrations deviennent indispensables, tellement elles se lient naturellement au texte. Nous avons le sentiment de voir les pages d’un carnet dans lequel on aurait inséré des plumes, des bribes de souvenirs diverses. Je me suis surpris à rester à contempler un moment ces illustrations, emporté par un évocation d’un de ses éléments.

Au final, c’est une réussite rare que ce Paradisier ; l’auteur nous dépeint en quelques mots des univers, des personnages, des vies passionnantes et belles, il mèle ses mots et ses illustrations pour nous évoquer des souvenirs que l’on s’approprie avec plaisir, et réussit à nous emporter tout au long de son récit, sans temps mort, sans qu’on ait envie de dire du mal de son Paradisier.
Soulignons aussi le très beau travail d’édition : l’effort de mise en page est louable, car il préserve à la perfection l’esprit de l’œuvre, et maintient visiblement les volontés de l’auteur dans l’agencement des mots, des phrases. Il n’y a qu’à voir les trésors d’inventivités déployés pour chaque « Ovo », l’effet est impressionnant. Ajoutons à cela une impression précise sur un papier épais, beau et agréable au toucher, et une couverture des plus réussies, et nous pouvons déclarer sans peine que ce livre est un magnifique objet, au service d’un contenu de même niveau.

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