DES DANGERS DE L’ENCRIER

L’écrivain Georges de Scudéry et sa soeur Madeleine, beaux esprits du XVIIe siècle, voyageaient de compagnie dans le midi de la France. Ils étaient descendus dans l’auberge d’un bourg charmant situé sur le cours du Rhône, bonne auberge de petite ville, fréquenté par des marchands et des voyageurs . Après le souper, on leur attribua une chambre à deux lits. C’était l’époque des foires et la maison était pleine et bruyante. Ne pouvant s’endormir nos gens de lettres en vinrent à parler de littérature. Mademoiselle de Scudéry écrivait alors son monumental roman Artamène ou le Grand Cyrus, attendu avec impatience par ses admirateurs. Hésitante parfois, elle reçevait volontiers les avis de son frère.
Scudéry frère lut un peu, réfléchit et dit à haute voix :

– Et si on assassinait le prince Masare (*) ?

Madeline s’étonna…

– Oui soeurette, ce serait du plus bel effet. Un couteau, des poisons, non, une corde !
Mademoiselle prônait la clémence mais le frère insistait et le faisait savoir : le trépas, le trépas ! Chacun d’eux tenait bon et cherchait à faire prévaloir le dénouement qu’il préférait;
Durant ce temps, dans la pièce voisine, quelques commerçants un peu trop curieux, et tenus éveillés par le bruit qui régnait dans l’auberge, ne perdait miette de la véhémente conversation. Ils tendaient l’oreille.

– Et si on assassinait le prince ?

Non »bons » commerçant se crûrent témoins d’un odieux complot. A la hâte et sans bruit, Ils s’en vont, à peine habillés, quérir les sergents de la maréchaussée. Les gens d’armes enfoncent la porte où, leur a-t-on dit, complot se trame. le poète s’offusque et fanfaronne ; sa soeur tente de s’expliquer. En vain. Voilà notre fine fleur des lettre enchaînée et emmenée prestement dans la cellule la plus proche.

Les Scudéry eurent tout le mal du monde à se disculper : il leur fallut jurer, montrer les manuscrits et jurer encore. L’unique tort de la justice était seulement d’être étranger au tout Paris des arts et aux littéraires et précieux délassement de l’hôtel de Rambouillet.

Oui la littérature mène à tout, à condition de s’en sortir… ou tel est mépris qui croyait pendre.

(*) –  qui n’était autre que le héros du roman de soeurette.

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