SHERLOCK HOLMES CENSURÉ

Des écoles américaines bannissent Sherlock Holmes, jugé anti-mormons.

Ce n’est ni le fait que Sherlock Holmes joue du violon à toute heure chez Mme Hudson, sa logeuse, ni le fait qu’il prenne de la cocaïne qui a fait bannir Une Étude en rouge d’une circonscription scolaire américaine de l’Etat de Virginie. Jusqu’ici sur la liste de lecture des sixth-graders (équivalent de la classe de sixième) des écoles gérées par l’Abermale County School Board, le récit la première aventure de Sherlock Holmes a été bannie pour sa représentation des mormons, relate le blog Nation Now du Los Angeles Times. Le blog précise :

« Ce ne sont pas les deux meurtres sanglants qui ont posé problème. C’est la manière dont le livre décrit le mormonisme. […] Pas besoin d’être un détective renommé pour voir que le livre ne présente pas les mormons sous leur meilleur jour : il suggère que les adeptes de cette religion sont prêts à commettre des meurtres pour protéger leurs idéaux. »

On peut lire par exemple au chapitre 10 :

« L’homme qui résistait à l’Église disparaissait sans laisser de trace. En vain sa femme et ses enfants l’attendaient : il ne revenait pas dire comment ses juges secrets l’avaient traité. Lâchait-on un mot, commettait-on une imprudence ? on était anéanti. Et les colons ne connaissaient pas la nature de cette puissance terrible dont ils sentaient constamment la menace suspendue sur leur tête ! Leur vie n’était que crainte et tremblement. »

Selon le journal USA Today, un autre passage qui pose problème est le début du chapitre 10, lorsqu’un des personnages, John Ferrier, exprime ses craintes concernant la doctrine mormone :

« [John Ferrier], entêté, s’était d’ailleurs promis de ne jamais marier sa fille à un Mormon: une telle union ne lui semblait pas un mariage, mais une honte et un déshonneur. Sur ce point, il était inébranlable, quelle que fût son opinion sur le reste de la doctrine mormone. Il ne s’en ouvrait à personne : à cette époque, il ne faisait pas bon émettre une idée non orthodoxe dans le Pays des Saints ! »

On trouve à l’origine de cette procédure de bannissement la demande d’une mère d’élève, raconte le Daily Progress, un quotidien de Virginie. Pour elle, le livre « était utilisé pour introduire les élèves au genre du roman à énigmes et au personnage de Sherlock Holmes. Mais Une Étude en rouge est une introduction inexacte des enfants à la religion américaine ».

Le livre avait déjà attiré la controverse, relate The Atlantic Wire. En 1923, Sir Arthur Conan Doyle, alors en visite dans l’Utah, avait été interpellé par courrier sur sa description de l’organisation des Saints des Derniers Jours :

« Sir Arthur a répondu qu’à l’avenir il n’écrirait sur les Saints des Derniers Jours que ce qu’il verrait lors de sa visite. Mais il avait insisté : “tout ce que j’ai dit […] a été fait sur des bases historiques, et je ne peux le retirer, même si, comme c’est une œuvre de fiction, les descriptions sont souvent exagérées par rapport à un travail historique”. »

Le « curieux Gardien », « holmesolâtre » comme il se doit, en frofite pour vous reommander la lecture de Une Étude en rouge dans une nouvelle traduction moderne et vivante de Béatrice Vienne :

Écrit dans le sang de Sir Arthur Conan Doyles, aux épatantes éditions Anatolia

Écrit dans le sang (1887) marque la toute première apparition publique du détective Sherlock Holmes. C’est dans ce livre qu’on assiste à la première rencontre entre Sherlock Holmes et son Boswell, le docteur John H. Watson, dans un laboratoire d’hôpital. (« Je l’ai trouvé, je l’ai trouvé ! », tels sont les premiers mots, tout à fait caractéristiques, que prononce le détective.) Les deux hommes décident de partager un appartement. Très vite, Watson, médecin de son état, en convalescence à Londres et sans le sou, va se trouver mêlé, sans vraiment le vouloir, à une sombre histoire de vengeance et de meurtre, un double assassinat.

Si l’on compare ce portrait du jeune Sherlock (il n’a que vingt-sept ans lorsqu’il fait la connaissance de Watson) au reste de la série, il est évident que la personnalité du Maître n’a guère changé au fil de son étonnante carrière. Sa manie du secret, ses habitudes bohèmes et sa piètre opinion de la police officielle sont déjà en évidence ici ; et même s’il n’est fait pour le moment qu’une simple allusion à sa toxicomanie, ses autres vices et ses vertus ne tardent pas à être révélés au lecteur.

Peut-être la publication de cet ouvrage ne remplit-elle pas au début les poches de son auteur, mais il avait bel et bien planté le décor de ce qui allait devenir l’une des plus grandes réussites littéraires de tous les temps.

Conan Doyle avait vingt-sept ans lorsqu’il écrivit ce roman. Médecin généraliste à Southsea, il avait déjà publié des nouvelles dans divers périodiques de l’époque. Le roman que voici fut finalement publié dans le Beeton’s Christmas Annual 1887, après avoir essuyé bon nombre de refus.

Conan Doyle devait écrire cinquante-six nouvelles ayant Sherlock Holmes pour héros, mais la série originale ne comporte que quatre romans, dont Écrit dans le sang est le premier. Il fut suivi en 1890 par Le Pacte des quatre, réédité aussi aux éditions Anatolia.

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