LABYRINTHIQUE

Forcément, ces lettres mises bout à bout, qui forment des mots, qui forment des phrases, qui forment des paragraphes, des pages, des chapitres, des livres… on s’y perd. Borges parlait, dans l’une de ses plus belles nouvelles, du « jardin au sentier qui bifurque » : le livre, le plus subtil des labyrinthes. C’est dans ce labyrinthe qu’Eric Poindron aime à se perdre, par métier, et par passion. Et comme il connaît bien le lieu, il en a même fait un guide, sous la forme d’un roman à secrets : De l’égarement à travers les livres

L’histoire d’une maladie rare, la bibliopathonomadie, d’un malade étrange devenu, par l’entremise d’un homme étrange, l’agent d’une société secrète, le Cénacle troglodyte, en charge d’enquêter sur, et dans, les mystères littéraires… Un peu à la manière d’un Jasper Fforde – père de Thursday Next, la première détective de la littérature –, Eric Poindron emmène son lecteur dans des univers littéraires, en quête de mystère, car des mystères, il y en a. Des hasards de l’inspiration aux marges des manuscrits, des questions restent en suspens, que le narrateur de l’ouvrage s’attache à éclairer. Ainsi, les prophéties de Jacques Cazotte voisinent avec le commerce des farfadets. L’ombre de Lovecraft plane au côté de Lewis Caroll, et Thomas Carnacki papote avec son créateur, William Hodgson… Un roman plutôt bien fréquenté, pour amateur de littérature fantasque et fantastique, et de petites histoires nichées au sein des grandes œuvres littéraires.

Il y a des livres qui donnent envie de lire, parce que la passion de lire y est comme matérialisée : Borges allumait ce feu parmi ses lecteurs, et encore récemment, Alberto Manguel, dans La Bibliothèque, la nuit, savait donner à ses contes de bibliothèques célèbres un parfum de thébaïde. Eric Poindron s’inscrit dans ce courant, discret mais efficace. A le lire, on se surprend à noter des titres, des noms, on se rêve dans un salon, avec un fauteuil profond, du temps et un beau livre… On imagine cette bibliothèque secrète où aboutissent tous les livres étranges. Si Collin de Plancy, le père du Dictionnaire infernal, semble inspirer l’ouvrage, c’est par ce goût pour une histoire secrète, contenue par bribes dans les livres, et qu’une société étrange tente de reconstituer… On se laisse facilement porter par le style et, de chapitre en chapitre, on finit par croire, à son tour, au Cénacle et à sa bibliothèque ultime…

Une lecture jouissive, bourrée d’hommages, et destinée à tous ceux qui ont le goût des énigmes, de la lecture, des livres et du rêve éveillé…

 Gilles Ferragu pour Parutions.com

De l’égarement travers les livres de Eric Poindron, Le Castor Astral, collection « Curiosa & caetera »

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