RÉSIDENCE DANS LE PHARE HANTÉ

Le phare hanté de Tévennec bientôt transformé en résidence d’artistes

Fui par ses gardiens, le mystérieux phare de Tévennec au nord du raz de Sein, au large du Finistère, est maudit selon une légende tenace. Mais une association de passionnés insensibles aux superstitions souhaite faire une résidence d’artistes de ce lieu isolé en pleine mer.

« Tévennec est unique et mystérieux, c’est sa position qui en fait un des hauts lieux de recueillement en mer », affirme Marc Pointud, l’enthousiate président de la Société nationale du patrimoine des phares et balises (SNPPB).

L’association qui veut réhabiliter les 65 m2 du logement cherche un mécène pour financer le projet estimé à moins d’un million d’euros. Ses membres ont déjà signé avec l’administration une autorisation d’occupation temporaire de dix ans, pour redonner vie à cette maison-feu difficile d’accès et de sinistre réputation.

Construite sur un minuscule îlot où bouillonne le puissant courant du raz de Sein, la modeste bâtisse constituée d’un petit logement et d’une tour coiffée d’une lanterne, a des allures de chapelle délabrée, posée sur un rocher noir, où seule vit une colonie de farouches cormorans.

Le phare de Tévennec est damné, selon la légende. Ses gardiens, quand ils ne l’ont pas fui avant, y sont devenus fous ou ont péri de mort violente, ne cesse-t-on de raconter depuis l’automatisation du feu en 1910.

Depuis, les rumeurs les plus lugubres courent sur Tévennec, comme les appels kerz kuit, ou « va-t’en » en Breton, du revenant du premier gardien qui auraient rendu fous ses successeurs, affirme-t-on aujourd’hui encore à l’île de Sein voisine.

Le mythe le plus sombre évoque un naufragé qui aurait trouvé refuge sur l’îlot, bien avant la construction de la maison-feu. Le marin y serait mort de faim malgré cris et gestes désespérés pour attirer les rares bateaux de passage.

La légende veut que son spectre hante le site, faisant entendre ses râles. Mais un plongeur a découvert un siphon, une roche creuse rendue bruyante par la marée qui y pénètre.

C’est en 1874 que l’administration des Phares et balises a édifié la maison-feu à quelques encablures du phare de La Vieille, un secteur semé d’écueils terrifiants à fleur d’eau.

En 35 ans, vingt-trois gardiens dont quatre femmes se sont succédé dans les lieux jugés si inhospitaliers que certains ont demandé leur mutation quelques semaines après leur débarquement à l’exception, d’un qui a tenu 15 ans de 1881 à 1896, révèlent les archives des Phares et balises.

Cette rotation importante a renforcé la mauvaise réputation du lieu, et la légende sur la « damnation » de Tévennec n’a cessé d’enfler après le départ du dernier gardien et de sa famille en décembre 1910, relèvent Jean-Christophe Richou et Francis Dreyer dans Histoire de tous les phares de France paru en 2005 (éditions Ouest France).

Permissions et promotions, les Phares et balises ont pourtant tout tenté pour maintenir les gardiens dans la maison-feu jusqu’à y installer femme et enfants avant de se résoudre à automatiser la lanterne – une première en France – faute de candidat.

« Tévennec est fantastique et propice à la créativité », affirme Marc Pointud. Mais l’artiste candidat à l’isolement devra obligatoirement être membre de l’association et accompagné lors de son séjour dans le phare, avertit-il. Car les passionnés de la SNPPB restent prudents: il s’agit de prévenir tout  « pétage de plomb »du créateur isolé.

© Arnaud Blain pour AFP

Le Mystère du phare hanté, un film du très grand Michael Powell

2 commentaires sur “RÉSIDENCE DANS LE PHARE HANTÉ

  1. Anne B dit :

    L’heureux élu ou l’artiste téméraire qui osera se jeter corps et âmes perdus dans cette troublante aventure ne pourra qu’aimer l’expérience du danger. Quelle étrange énergie doit se dégager de ces lieux où les règles et les contraintes sociales sont affaiblies ou abolies.
    La lumière doit être fantastique, les flots terribles, l’eau dévastant les passages du temps…
    Magnifique déesse blanche, idole du bien et du mal, figure de beauté dans un monde fracassé et surnaturel. Sortilèges, flux compacts, spectres, humains déformés, cauchemars chromatiques, visages baconiens ne pourront pas échapper à la seule âme qui acceptera ce pari, ce pacte avec quelque chose qui ressemble au néant, à la dissolution de toutes formes humaines. L’insolante musique des vagues, l’humidité comme éternellement fixée sur la peau, sous la peau, dans les yeux, dans la bouche….
    Un contact avec l’au-delà ?
    Dans un lieu aussi prodigieux qu’est t-il possible de chercher, de trouver ? Une autre vie, comme nimbée d’une lumière blanche, le fond désolant de l’humanité mis à nu ?
    Mais parfois sera t-il possible d’apercevoir dans une lumière bleue, se détachant d’un fond obscur, l’éclat d’une peau satinée, la sensualité spontanée d’une gestuelle…
    En serais-je capable ? Capable d’accepter la mélancolie et l’effroi de visages qui ne me regardent pas, une vie flottant dans un miroir qui se heurte à son double ?

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  2. Sophie K. dit :

    J’adore les phares, pour ma part. Mais je pense que, fantômes ou pas, il doit falloir avoir le coeur bien accroché les soirs de tempête sur celui-là… En tout cas, c’est tentant !

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