POUR OU – ET – CONTRE ?!

Rasoir bibliopathonomade

Eric Poindron est sans doute un véritable amoureux des lettres et des livres mais il propose avec De l’égarement à travers les livres une œuvre trop bizarre et inclassable pour être honnête.

Un bibliopathonomade rémois (comprenez un amateur de livres qui s’y perd littéralement) est approché par une mystérieuse société secrète, le Cénacle troglodyte, qui consciente de ses dons entend lui confier la mission de résoudre des énigmes littéraires. Voici notre narrateur embarqué dans une quête littéraire qui le conduira à s’intéresser à Lewis Carroll, à Voltaire et à des auteurs mal connus qui ont pour point commun de placer le mal et le diable au cœur de leur narration.

Ne vous attendez toutefois pas à une enquête construite à la Da Vinci Code, cet ouvrage ne mène nulle part et on le referme en se posant cette douloureuse question : « Mais pourquoi en fait ? ». Edifié comme une énigme, instruit et érudit, le récit ne suscite qu’un ennui respectueux.

Certes on apprend des choses, certes on se dit que le Diable était déjà au XIXème siècle quelqu’un de très moyennement fréquentable mais le roman (ou plutôt l’essai tant son auteur s’amuse à brouiller les repères du lecteur entre réel et imaginaire, fiction et témoignage) ne convainc jamais.

La plume est pourtant alerte et malicieuse, renseignée et intrigante. Le style est bien là, nourri de références… mais on ne crée pas le désir et le halètement en construisant un roman aussi tarabiscoté que son intrigue… Une véritable énigme littéraire qui donne furieusement envie de crier « Dan Brown, reviens, ils sont devenus fous ! »

Par François H-L pour Prix Virilo

Belsha a écrit :

Voilà le genre de critique qui me laisse perplexe.

Car vous dites de ce roman qu’il est un « véritable énigme littéraire » (mais quel éloge pus grand peut-on faire à un livre?).

Et en plus vous écrivez que « La plume est pourtant alerte et malicieuse, renseignée et intrigante. »

Mais pourtant vous concluez que le livre « ne convainc jamais »… Mais pourquoi donc ? Aucun argument n’est donné, tous les arguments de cette critique, au contraire, donnent une furieuse envie de le lire! Etonnant, non?

Vos appels à Dan Brown et votre nostalgie de Da Vinci Code suggèrent qu’avant d’écrire des critiques vous devriez peut-être vous enfermer pendant une quinzaine d’années à lire de la vraie littérature ? Comment sérieusement aimer un livre aussi opportuniste, prévisible, cousu de fil blanc ?

Et je parle même pas de votre conclusion: « Une véritable énigme littéraire qui donne furieusement envie de crier « Dan Brown revient, ils sont devenus fous ! » »

Le problème de Dan Brown, c’est justement que ses livres n’ont strictement rien d’une énigme, qu’il manque singulièrement de folie, tant ses romans sont calculés au millimètre près, tellement leur auteur est rationnel et raisonnable…

Donc, j’ai compris, je cours vite acheter ce livre !

S’il est effectivement mauvais, je posterais ici même une critique un peu plus convaincante….

Philippe de Prix Virilo a écrit :

Bonjour Belsha.

Nous vous remercions pour votre conseil d’enfermement. Nous avons déjà cloîtré François au pain sec, dans le cabinet noir. Cependant permettez moi d’apporter ces clarifications :

Je ne crois pas qu’aucun juré du Prix Virilo considère Dan Brown comme étant « de la grande littérature contemporaine ». Ce qui est ici notre quête, souvent ingrate. Dan Brown est tout au plus un scénariste populaire efficace.

Mais je pense que les arguments « contre » sont très clairement exprimés dans cette critique. Un bon roman a parfois besoin d’un bon scénario, ou au moins d’un bon projet littéraire, d’un propos, ce dont semble manquer cruellement ce livre, et que nous soulignons par nos incantations à Dan Brown, avec certes une ironie peu claire.

Départissons nous des expressions « toutes faites », une « oeuvre inclassable » n’est pas nécessairement exceptionnellement bonne, et une énigme littéraire n’est pas spécialement une œuvre de littérature, en tout cas c’est ce que je pense. L’érudition et le style peuvent parfois tourner à vide. C’est même un onanisme culturel d’auteur qui peut s’avérer frustrant pour le lecteur. Et n’offre qu’un « ennui respectueux », ce qui n’était certainement pas l’intention de l’auteur. Voilà pourquoi cet objet n’atteint, pour nous, pas son but malgré un certain talent. De même qu’une captatio benevolentiae n’a pas pour vocation de durer péniblement tout un livre.

Ceci étant dit, nous lirons avec plaisir votre critique, qu’elle suive ou non notre sentiment.

Belsha a écrit :

Merci d’apporter des précisions que justement la critique en question n’apporte jamais. Vous parlez d’une « érudition et d’un style qui tourne à vide », « d’onanisme culturel », des clichés généralistes certes (« expressions toutes faites »), mais quand même plus parlants que le « ne convainc jamais », « ennui respectueux », ‘ouvrage qui ne mène nulle part » de l’auteur de la critique.

A aucun moment il ne discute l’intrigue, les thèmes de l’ouvrage, sa construction, ses métaphores, ses thèses ni même ses personnages ou son style. Il nous dit que ce livre est « trop bizarre pour être honnête », mais jamais il nous dit pourquoi et comment cette bizarrerie parait artificielle ou mensongère. Ses éloges complaisants sur « la plume pourtant alerte et malicieuse, renseignée et intrigante font penser à une bon élève de collège à qui on aurait appris qu’il faut nuancer toute critique par quelques remarques « constructives ». Or, on tombe ici en plein paradoxe: comment, en effet, pourrait-on écrire un ouvrage sans intérêt, une histoire qui mène nulle part, etc., etc., avec une « plume alerte et intrigante », comme si on pouvait séparer la forme du fond, comme si on pouvait raconter une histoire ennuyeuse de manière passionnante!

Ce qui reste, c’est votre remarque: le livre s’avère « frustrant » pour le lecteur… comme si un auteur était un prestataire de service qui aurait comme devoir de satisfaire les envies de son client, le lecteur. Désolé, mais certaines des plus grandes œuvres de la littérature mondiale sont des livres éminemment frustrants, horriblement, désespérément frustrants même !… et c’est là tout leur intérêt ! Que diriez vous d’autre de Finnegans Wake, voire de L’homme sans qualités, ou même le Don Quixote ou de Grandes Sertões: Veredas de Guimarães Rosa (« Diadorim » en français), voire de Moby Dick  !!! Je ne prétends que De l’égarement à travers les livres soit un tel chef d’oeuvre, et à vrai dire j’en doute fort! Mais ce qui est certain, ce que votre critique ne le démontre pas, loin de là : à l’état actuel de choses, c’est la critique qui ne « convainc pas », et non pas le livre !

Lucie a écrit :

Personnellement la simple évocation de l’intrigue suffit à me faire comprendre le type d’ouvrage dont il est question. Qu’il soit « érudit » ou non ne change rien à l’affaire : les romans à sociétés secrètes, il en paraît treize à la douzaine, qui espèrent tous secrètement surfer sur la vague nommée Dan Brown.

Dès lors cette comparaison me semble justifiée. Comme l’est mon envie de ne pas m’intéresser à ce livre. La vie est trop courte.

Antoine Barral a écrit :

Vous faites erreur, Lucie, je déteste les Danbrowneries, mais j’ai lu De l’égarement… et je vous assure qu’on est à mille lieues de ce genre.

La comparaison est même insultante ! On ne surfe pas du tout sur cette vague !

C’est un petit bouquin tout en finesse et en érudition souriante !

Jugez donc par vous même !

François Denivet a écrit :

Bonjour,

Vous faites bien de critiquer ce livre. Trop d’éloges feraient rougir son auteur, et il en a récolté déjà beaucoup. A la lecture de votre critique, je me demande si vous ne vous êtes pas vous-même égaré, car le livre ne raconte pas une enquête menée par un détective menacé de mille dangers, même si le héros narrateur devient détective « littéraire ».

Le rapport avec le Da Vinci Code me semble bien lointain pour ne pas dire inexistant.

Il s’agit davantage d’une déambulation dans un monde littéraire qui mène le lecteur (par le nez ?) à se questionner sur sa propre crédulité, dans l’incapacité qu’il est à démêler le vrai du faux. L’auteur nous convie à une flânerie conduisant à l’égarement. En pénétrant dans ce livre on ressent la même joie légèrement teintée de frayeur et de circonspection que celle éprouvée après avoir parcouru quelques pas dans un labyrinthe, finalement on s’interroge sur soi-même face à l’étrange et au mystère.

Et on se prend à rêver qu’existe réellement ce Cénacle troglodyte, avec cette bibliothèque merveilleuse, et pourquoi pas que les histoires de fous littéraires qu’Eric Poindron nous sert ne sont pas si folles.

Prix Virilo a écrit :

Merci beaucoup pour cette réponse.

Ce livre n’a en effet aucun rapport avec Dan Brown, ni même Umberto Eco si on souhaite élever le débat (le pendule de Foucault).

Mais ce n’est pas ce que nous disions dans cette critique ma foi bien mal comprise. L’allusion au Da Vinci Code était ironique et tenait simplement à signifier un certain manque. Nous disions simplement que cette flânerie érudite ne nous a pas transportés, qu’elle nous a moins égarés ou perdus que lassés. Mais nous admettons bien volontiers que ce livre ait plu. Et nos félicitations pour votre critique.

Anne B a écrit :

C’est sur l’écran lumineux de mon ordinateur, en tapotant sur les touches silencieuses qu’il me vient l’envie à moi aussi de rendre compte de cette ode des fantômes, de cette danse avec les farfadets qui nous entraîne presque silencieusement dans les couloirs clairs-obscurs de cerveaux illuminés et étrangement vivants dans leurs « égarements à travers les livres ». Le numérique nous prive de l’aspect esthétique de ces grandes feuilles de papier que mon imagination se permet de voler, d’inventer au fil des relectures. J’y vois des signes typographiques surchargés d’ajouts rédigés à la plume, annonçant tous ces héros bien vivants qui hantent des pages jaunies déplaçant le mystère, la folie, le doute , la certitude et la rêverie dans des lieux insensés. Des manoirs vrais, des châteaux faux qui s’élancent « au pays des merveilles », et se cachent dans les tiroirs magiques de l’univers mental de l’écrivain et de celui du lecteur. Les couloirs tapissés d’arcanes que nous traversons, ressuscitent les inconnus célèbres d’un autre temps, on les devine, on les sent, ils approchent…chut ! Ils font du bruit, ils respirent… La curiosité de l’enquêteur étreint la sensibilité du rêveur. Ton livre, Èric est un étrange et beau corps à corps avec le temps, une illusion vraie, un chuchotement de l’ailleurs, un être dont les paroles muettes deviennent des appels, des acteurs farfelus qui occupent la scène des bibliothèques perdues. Des pierres sortent des vies, des pierres sortent des livres.

Bonne lecture à ceux qui marchent en rêvant, qui rêvent en marchant, à ceux qui aiment le mystère, à ceux que le mystère aime.

Arnaud D. a écrit :

J’ai moi aussi malheureusement lu ce livre, qui est vraiment sans intérêt.

J’aime bien ce que font les éditions du Castor Astral, habituellement. Mais là, c’est affligeant (un éditeur fait un mauvais livre par an, c’est tombé sur celui-là).

Alors pourquoi ce livre d’un certain Eric Poindron est mauvais ? Eh bien parce que c’est bavard, (un peu) érudit, (très) prétentieux, sans intérêt… Mais surtout parce que c’est mal écrit ! Un style ampoulé, qui se veut savant, avec une intrigue qui n’en ai pas une.

Bref, un de ces bouquins dont on n’a pas entendu parler… et pour cause !

Aussi, amis scrupuleux, le « curieux gardien », et néanmoins auteur, aimerait avoir votre avis…

Illustration de Casajordi

Pour découvrir le PRIX VIRILO, c’est ICI

Francois Denivet anime le blog PAPIERS RECYCLÉS

Antoine Barral, auteur de Les Philopyges anime le blog  LES PHILOPYGES

3 commentaires sur “POUR OU – ET – CONTRE ?!

  1. Nicolas Esprime dit :

    J’espérais mourir d’ennui, ai failli mourir de faim, me suis endormi avant. Ainsi sauf est le suspens.

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  2. albine S dit :

    De l’égarement à travers les critiques. Quel plaisir de voir à quel point les livres déchainent encore les passions. Ecrivons pour ou contre, peu importe, l’important est de lire. Amis critiques, juste un petit détail, sans importance, certes, mais tout de même, il est souhaitable d’émettre des critiques d’ouvrages, ayant plu ou ennuyé, sans faire de fautes. Cela vaut bien une « écriture ampoulée ».
    Et si le travail d’un auteur dérange, c’est que le pari est gagné ; il vous aura, le temps de quelques lignes, mis le cerveau en émoi. Après tout, n’est-ce pas là une bien digne mission ? De l’égarement, toujours de l’égarement…

    Albine

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  3. Nicolas Esprime dit :

    p. 82 »
    p. 96 tords le coup
    p. 139 Lofecraft
    p. 143 la bibliophile n’est pas une science exacte
    p. 158 , Il
    p. 173 des champs, au loin, qui avaient sauvé des farfadets, par sa seule volonté
    p. 178 — Je fais comme toi […] — Rien […]
    p. 178 un épine
    p. 182 comme s’il ne faisaient qu’un
    p. 185 il ne souvenait plus
    p. 191 superstitions Excommunié

    Le curieux gardien recommande aux amateurs de coquilles cet extrait de la critique de Sophie Hébert, pour nonfiction.fr, « le quotidien des livres et des idées » :
    « Mais l’arroseur est parfois arrosé : parler de livres à des bibliomaniaques (dont je suis) n’est pas sans risque, et je ne peux que regretter quelques coquilles dans ce livre sur la passion déraisonnable et irraisonnée des livres (p. 143 sans doute faut-il lire “bibliophilie” et non “bibliophile”, p. 148 c’est Michel “Roethlel” qu’il faut écrire et non “Rothel”, p. 155 “Louvres” et ‘‘Louvre” cohabitent malaisément dans la même page, p. 178 “un épine” nous semble une formule erronée, etc.). Passons. »

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