SAVOIR VIVRE…

Au comte Jan Nepomucen Potocki,

… qui mit fin à ses jours à l’aide d’une petite balle d’argent, façonnée à partir du couvercle de sa théière – bénie par un prêtre, et polie par ses soins.


Le pessimisme atteint quelqu’un qui attend la pluie ; moi je suis trempé jusqu’aux os.

Léonard Cohen

Mon ami G. L. n’a plus le goût à rien, à  commencer par le goût à vivre. Il cultive son indolence avec une rigueur féroce. Lorsqu’ il lit, c’est pour mieux s’endormir sur la volumineuse Anatomie de la mélancolie de Richard Burton ou le Pseudodoxi epidemica de Thomas Browne qui lui sert alors d’oreiller revêche. Ses cauchemars sont ses seuls loisirs et le jeu du pendu son dernier centre d’intérêt. Jusqu’à ce triste jour, c’était avant hier, où la grande idée lui est venue. Puisqu’il a tout raté, il ne ratera pas sa sortie. Un sucide, mais quelque chose de grandiloquent, voilà ce qu’il va imaginer. Un acte désespéré dont on se souviendra longtemps. Aussi mon ami G. s’est décidé – un effort pour lui – à recenser les suicides possibles. Les barbituriques, c’est un peu trop chimique, les armes à feux, c’est bruyant ; Quant à la noyade, il déteste l’eau froide. Bien sûr, il y a les suicides romantiques, mais c’est à son goût un peu trop… romantique. Après une courte réflexion, il décide de se rendre à la bibliothèque de son quartier, certain qu’il trouvera là une documentation des plus précieuses.

–  Bonjour Madame, Je cherche des livres rares sur le suicide…

– Au fond là-bas, il y a un rayon sciences humaines, puis ce sont les arts du cirque, ensuite c’est les rayons des livres la question.

Une fois sur place, mon ami s’aperçoit que le rayon est vide. Pas un seul livre sur le sujet qui l’obsède ! Un peu interloqué, il retourne voir la bibliothécaire et lui fait part de son étonnement.

La bibliothécaire le regarde, désabusé :

– Oui, hélas, je sais cela, ce sont des lecteurs sans scrupules, ils ne rapportent jamais les livres !

Depuis mon ami ne fréquente plus les bibliothèques.

Avant de passer à l’acte, le « curieux gardien » vous recommande la lecture de :

Le Suicidologe de François de Négroni et Corinne Moncel, éditions Le Castor Astral

Tout le monde garde en mémoire les suicides de Van Gogh, Sénèque ou Mishima, mais qui se souvient de ceux de Pythagore, Zavatta ou Tchaïkovski ? Pour la première fois dans un dictionnaire, plus de 1 500 suicidés célèbres sont recensés en un insolite Who’s who. Réunis par le hasard de l’ordre alphabétique, rois, bandits, stars du cinéma, écrivains, milliardaires, anarchistes, savants, champions, etc., témoignent à la fois d’une aventure singulière et d’un moment de l’Histoire. Écrit avec verve et impertinence, Le Suicidologe évite l’ordinaire monotonie des notices biographiques. Il ose surtout démystifier les approches compassées et emphatiques dont est généralement gratifié le suicide depuis le romantisme européen.

© Les égarement de Eric Poindron

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