MORPHY LE FOU HUMANISTE

Paul Morphy est considéré comme le premier joueur d’échecs moderne. Quelques unes de ses parties peuvent avoir une apparence vieillotte, car il ne s’occupait guère des systèmes positionnels devenus en vogue, après les travaux de Staunton, Paulsen et Steinitz, et chez les grands-maîtres d’aujourd’hui. Il jouait les parties ouvertes de façon quasi-parfaite, ce qui lui permettait de battre rapidement ses adversaires. Il pouvait conduire d’autres types de partie avec succès, connaissant la plupart des principes modernes du jeu.

Morphy aurait déclaré qu’il ne jouerait plus de parties sans donner un pion et un coup à son adversaire (dans un match entre deux maîtres de même force, un pion suffit souvent à assurer la victoire). Après son retour à la maison, il se retire de la compétition et joue très peu en public.

Il se concentre alors sur sa carrière en droit. Malheureusement, il ne peut commencer, car la guerre civile américaine éclate en 1861 et perturbe les activités de La Nouvelle-Orléans. Opposé à la sécession, il refuse de servir dans l’armée confédérée. Après quelque temps, il quitte la ville et se rend à Paris, où il demeure le temps que celle-ci se termine.

Son opposition à l’esclavagisme ainsi qu’à la guerre le rend impopulaire dans sa ville natale la Nouvelle Orléans, et il ne peut en conséquence y pratiquer le droit. Toutes ses tentatives d’ouvrir un bureau de droit échouent, car les seules personnes qu’il y rencontre viennent pour parler d’échecs. Financièrement à l’aise grâce à sa famille, il passera le reste de sa vie à ne rien faire. Malgré les demandes de ses admirateurs, il refuse de jouer aux échecs car il ne s’agit pas d’une occupation sérieuse selon lui. En effet, à cette époque, le jeu d’échecs est une activité pour amateurs qui ne sied pas à des gentilhommes. Les joueurs professionnels dans les années 1860 étaient vus comme des parieurs professionnels et autres joueurs peu louangés. C’est seulement à partir du XXe siècle, notamment avec la venue de Wilhelm Steinitz, qui en a fait une étude scientifique, et Emanuel Lasker, qui exigeait des enjeux élevés, que ce jeu est devenu respecté.

Les dernières années sont tragiques. Déprimé, il vit reclus chez sa mère oui passe son temps à déambuler dans le quartier français de la ville, parlant avec des personnes invisibles. Il souffre également de délires de persécution et de paranoïa.

Il est aussi prêt à affronter dieu en lui accordant un pion d’avance et le trait – les pièces blanches !

Il meurt – retrouvé par sa mère – dans sa baignoire, d’une attaque cérébrale, à l’âge de 47 ans. Jamais le mot échec ne fut, hélas, si bien employé. Longtemps un autre génie – et dément – Bobby Fisher devait confier tout ce qu’il devait à Paul Morphy.

Un peu comme les derniers jours d’Emmanuel Kant, de Thomas de Quincey, Lovecraft, Gérard de Nerval, Poe ou Robert Walser., Morphy s’acquina la tragédie et emprunta les vilains chemins qui égarent. Il y avait de l’écrivain chez ce génie-là… Et beaucoup de fantômes…

« Aidez vos pièces, elles vous aideront ! »

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