SPICILÈGES & MACHINES À ÉCRIRE

A Bohumil Hrabal, le bel écrivain qui aimait tant sa machine à écrire…

Après avoir passée beaucoup de temps – trop de temps – devant le clavier, il nous a semblé utile de rendre un hommage biscornu et sans grand intérêt au clavier d’antan et bruyant…

(…) En 1873, le brevet de l’ancêtre de la machine à écrire est racheté par l’armurier Remington, qui perfectionnera la machine, avec les retours chariot et les sauts de lignes, et entreprendra sa fabrication en série.

(…) Un collectionneur de machines à écrire est un mécascriptophile. Le musée de la machine à écrire de Lausanne possède donc une mécascriptophilie de plus de 500 modèles différents dont une machine japonaise, et une chinoise, de 2 450 caractères chacune ainsi que des claviers coréen, russe, hébreu, grec, hindi, arabe, braille, etc.

Ecrire machine à écrire, même à la machine à écrire, dans d’autres langues…

allemand : Schreibmaschine – anglais : typewriter – catalan : màquina d’escriure – espagnol : máquina de escribir – finnois : kirjoituskone – indonésien : mesin tik – italien : macchina per scrivere – lingala : mángolá – néerlandais : schrijfmachine, typemachine – portugais : máquina de escrever – tchèque : psací stroj.

(…) Les plus anciens écrivains mécaniques sont ceux de Friedrich von Knaus. Son nom est trop oublié de nos jours, et pourtant ce grand mécanicien connut la gloire et la haute protection des rois, quelques-uns de ses contemporains le considérant comme un des plus grands génies qui eussent vécu.

Le comte Emilio Budan, dans une revue italienne, Lo steno dattilografo (1908), analysant une des machines de Knaus, qui écrivait trois copies, la signalait comme la première machine à écrire. Nous sommes, il est vrai, dans des domaines bien différents. Les machines à écrire remplacent l’action ordinaire d’un être humain, tandis que celles des Knaus et des Jaquet-Droz écrivent par elles-mêmes un texte plus ou moins long.

Knaus, après avoir durant de longues années travaillé au problème de l’écriture automatique, construisit, à partir de 1753, successivement quatre machines. Dans les premières, l’écriture est tracée seulement par une main tenant une plume, puis dans la quatrième, par un personnage. Le mécanisme, il est vrai, n’est point dans le corps de l’androïde, mais dans le globe de métal sur lequel il est placé. A cet égard, l’automate de Knaus se révèle d’une exécution plus facile que ceux des Jaquet-Droz qui sont complets par eux-mêmes par contre, celui de Knaus était capable d’écrire un texte considérable qui ne comptait pas moins de 107 mots. Il avait aussi pour lui une antériorité de vingt ans environ.

Après bien des péripéties et des retards, le dernier Écrivain, fut présenté à l’empereur, le 4 octobre1 760 et traça devant les plus hauts personnages de la cour d’Autriche, un texte en français de soixante-huit mots.

Au moment où F. von Knaus présentait son quatrième automate, Pierre Jaquet-Droz avait déjà acquis la renommée, sinon la célébrité; il était revenu d’Espagne où il avait vendu au roi ses extraordinaires pendules. C’est quelques années plus tard qu’il dut avoir l’idée de construite à son tour un androïde écrivain conçu d’une manière toute nouvelle. Pierre Jaquet-Droz, après une minutieuse et savante étude de la question, réussit à créer l’androïde-écrivain le plus perfectionné qui fût. Ce joli bambin, en bois sculpté, haut de 70 cm, a une mine très éveillée et donne une curieuse impression de vie. L’automate est assis sur un tabouret de style Louis XV, devant une petite table en acajou. Il tient de sa main droite une plume d’oie, tandis que la gauche s’appuie sur sa table à écrire. La tête est mobile ainsi que les yeux qu’il peut tourner dans tous les sens. Au déclenchement, l’enfant trempe sa plume dans l’encrier placé à sa droite, la secoue deux fois, puis pose sa main au haut de la page et s’arrête. Une nouvelle pression sur un levier met alors l’androïde en mouvement et il commence à écrire. Il forme ses lettres soigneusement, observant les pleins et les déliés. (Remarquons que c’est le seul automate écrivain possédant cette particularité.) Il respecte aussi les espaces et change de ligne au moment voulu. Après la dernière lettre du texte, le laborieux écolier met un point final, puis s’arrête.

Jaquet-Droz et ses collaborateurs ont voulu que leur automate possédât toutes les apparences d’un être humain. A cette époque-là, il s’agissait, non pas d’exhiber un mécanisme de haute valeur, mais de présenter un être artificiel mystérieux, un androïde. C’est pourquoi ce mécanisme qui fait notre admiration fut très rarement montré aux spectateurs. L’effet surtout importait, tandis qu’aujourd’hui, c’est le moyen qui intrigue surtout.

M. F. Wiesendanger, photographe à Wetzikon (Zurich), après avoir étudié la seule description complète qui existe de l’Écrivain Jaquet-Droz, eut l’idée de construire, en 1946, une machine de cette espèce, capable d’écrire un texte comme cet automate. Il n’est donc pas mécanicien de métier, mais possède un esprit d’observation aigu et un véritable talent de constructeur, aidés par une patience et une persévérance dignes d’éloge.

 (…) Mark Twain est censé être le premier auteur à avoir soumis un manuscrit tapé à la machine à son éditeur en 1875. Les Aventures de Tom Sawyer fut rédigé à l’aide d’une Sholes, du nom de l’inventeur de la machine à écrire.

Henri James fut aussi l’un des premiers écrivains à écrire avec une machine à écrire.

Curieuse préface de Théo Varlet à ses Quatorze sonnets

 « Nul ne songe plus à nier, aujourd’hui, la supériorité de la machine à écrire sur le vieux procédé plume-et-encre. La diffusion croissante de cet ingénieux appareil l’a rendu familier à tous et a généralisé l’emploi de l’écriture dactylographiée — ou typée, comme je dirais plus volontiers, à l’imitation des Anglais (et non tapée, qui évoque une image grotesque). Défiances et préjugés ont cédé l’un après l’autre, devant les commodités du système. Réservée tout d’abord à la lettre « d’affaires », la dactylographie a successivement débordé sur les autres domaines, et s’y est imposée, tandis que l’écriture manuelle abandonnait tour à tour la plupart des prérogatives que leur gardait le misonéisme, sous le nom de « convenances ». Presque toutes les catégories de scripteurs et de lecteurs ont reconnu les avantages de la machine : célérité, d’abord (le plus inhabile typeur, avec un peu d’exercice, type deux fois plus vite qu’il n’écrit à la main) ; netteté ensuite (et des écritures manuelles, confuses et mal lisibles, sont en elles-mêmes une impolitesse pire que toutes les dactylographies du monde).

En somme, l’écriture manuscrite et autographe tend à disparaître ; et l’on voit venir le moment où les derniers partisans de ce mode suranné seront les poètes (en tant que poètes) et les femmes (en tant que femmes, c’est-à-dire amoureuses). Les conditions de l’inspiration poétique, je l’admets, sont très spéciales, et l’on imagine difficilement un poète se servant de la machine à écrire pour noter sa première version d’un poème lyrique — alors que maints romanciers travaillent, en premier jet, sur leur typewriter. Mais je crois qu’en voyant d’un mauvais œil l’instrument nouveau et l’écriture qu’il donne, le poète obéit à une répugnance plus profonde. Il aime les choses « naturelles » — et la simplicité de ligne d’un porte-plume, qui en fait une sorte de doigt-à-écrire. La typewriter, outil volumineux et compliqué, rappelle au poète (je parle ici du poète moyen et passéiste) cette civilisation industrielle qu’il se croit tenu d’abhorrer. Elle représente une annexe artificielle du cerveau… Et le poète, lui, écrit directement avec sa belle-âme, chacun sait ça.

Mais je ne crois pas qu’il faille toujours voir un simple caprice — une bouderie à l’égard du Progrès — dans cette répugnance. Elle procède également de causes plus essentielles, et qui la justifient.

Le poète n’aime pas de typer ses vers, parce qu’il sait la perte mystérieuse de « potentiel émouvant » que subit un poème lorsqu’il est transcrit en caractères impersonnells — typo ou dactylographiques. L’imprimerie, pour lui, n’est qu’une nécessité fâcheuse, à laquelle il faut bien se soumettre, mais à seule fin d’atteindre le public, et à défaut de mieux. Pour se relire lui-même, ou pour l’usage des vrais amateurs de poésie, toujours il préférera le manuscrit de sa main — l’autographe.

C’est que le poète est un peu, vis-à-vis de sa pensée rythmée, dans le cas d’une femme amoureuse. Et celle-ci sera déçue, choquée, de recevoir une lettre d’amour typée. Voire, elle refusera de lire. Il lui semble que le visage de l’amant s’est revêtu d’un masque — qu’il lui parle d’une voix étrangère et sans timbre… La sensibilité féminine et l’intuition poétique aboutissent, chacune de son côté, à des conclusions parallèles ; et, s’appuyant sur celles-ci, l’on peut poser : — Ces modes d’expression suprêmes de l’âme, le poème et l’épître amoureuse, perdent nettement de leur valeur, privés du surcroît de personnalité que leur confère l’écriture manuelle autographe.

Les accents les plus lyriques et passionnés subissent une diminution d’efficace, non doublés du geste qui les renforce et les colore. Et l’écriture est un geste — qui, généralement, échappe au contrôle de la volonté dissimulatrice — geste fixé sur le papier, qui fait de l’épître ou du poème, pour celui qui les lit, comme une délégation de la présence du scripteur. Tel un visage, l’écriture possède une physionomie ; et les femmes, pas pluis que les poètes, n’ont attendu l’invention de la graphologie pour s’en apercevoir. L’oeil d’une amoureuse discernera dans l’allure du graphisme épistolaire la sincérité plus ou moins grandes des phrases manuscrites — ou en tout cas, dans quelle disposition d’âme se trouvait le scripteur, au moment où il écrivait.

De même un lecteur fervent — amoureux de la poésie et de ses nuances subtiles — regrettera de ne posséder un poème que sous sa forme imprimée — ou, voire, que sa copie dactylographiée, même typée et dédicacée par l’auteur… C’est, je crois, à ce sentiment que correspondent en partie la recherche des autographes (elle dégénère vite en manie collectionneuse, mais peu importe) qui exista de tout temps, et l’initiative récente qui consiste à publier, en reproduction d’autographe, des manuscrits de poètes.

Il est curieux de constater que cette tendance simule un retour en arrière, vers l’époque d’avant Gutenberg, et qu’une fois de plus, la spire asecndante du progrès repasse sur la génératrice initiale. Mais il s’agit là, en réalité, d’une sélection nécessaire dans l’aveugle industrialisation, qui avait cru pouvoir, sans inconvénient faire entrer sous la formule typographique, indistinctement toutes les formes de la pensée. On s’aperçoit enfin du déchet que cette frénésie simplificatrice comporte, dans les domaines les plus délicats du verbe. Et les dernières acquisitions techniques de l’héliogravure servent ainsi à rattraper ce que contient de précieux et d’irremplaçable le mode primitif de l’écriture personnelle — ce que la copie par des scribes ne savait d’ailleurs pas plus conserver que, depuis, la typographie.

Je crois être un des premiers poètes français qui se soit servi couramment, dans ses relations épistolaires et dans ses travaux littéraires, de la machine à écrire. J’ai peut-être abusé en ne laissant, de la plupart de mes vers, aux futurs collectionneurs, que des copies dactylographiques… La présente plaquette réparera quelque peu cette erreur : elle offre, même aux contemporains, quatorze sonnets sous leur vraie physionomie personnelle — quatorze épîtres amoureuses à Psyché, avec le halo complet de l’inspiration originale — avec le duvet natif que laisse à ces fruits idéaux la forme du manuscrit autographe. »

Lille, Mercure de Flandre, Mai 1926

 (…) Quand vous quitterez votre clavier, nous vous invitons à lire Histoire de ma machine à écrire de Paul Auster, Actes Sud.

Il est question ici d’amitiés. Entre un écrivain et un peintre. Entre un écrivain et sa machine à écrire. Entre un peintre et l’obsession que lui inspire la machine à écrire de l’écrivain.

Il est question aussi d’une collaboration : entre l’histoire, racontée par Paul Auster, de sa machine à écrire âgée de plus de vingt-cinq ans et l’intervention bienvenue quoique parfois déconcertante de Sam Messer dans cette histoire.

« L’un après l’autre, tous mes amis se sont branchés sur Mac ou IBM. Je commençais à avoir l’air d’un ennemi du progrès, le dernier réfractaire païen dans un monde converti au digital. Mes amis se moquaient de moi pour ma résistance aux mœurs nouvelles. Quand ils ne me traitaient pas de grippe-sou, ils me traitaient de misonéiste et de vieux bouc entêté. »

L’Olympia de Paul Auster a été l’agent de transmission de tous les romans, récits et autres écrits qu’il a produits depuis les années soixante-dix, une oeuvre qui, dans les lettres américaines actuelles, est l’une des plus variées, des plus créatives et des mieux accueillies par la critique.

Musclés et obsessionnels, les dessins et peintures que Sam Messer a réalisés tant de l’écrivain que de sa machine ont, comme l’écrit Auster, « métamorphosé un objet inanimé en un être doué de personnalité et d’une présence au monde ».

Paul Auster pris d’une angoisse sur l’avenir de la machine à écrire (la sienne est une Olympia des années 60 fabriqué en Allemagne de l’Ouest) a ainsi commandé 50 rubans, venus de tout le pays, derniers restes d’un objet qui apparaîtra bientôt seulement dans les collections.

« Je me sers de ces rubans avec toute la parcimonie dont je suis capable, en tapant dessus jusqu’à ce que l’encre soit invisible sur la page. Quand j’arriverai au bout de ma réserve, je n’ai guère d’espoir qu’il en existe encore. »

Petites annonces

Vends machine a écrire année 1950-1960 bon état de fonctionnements marque : TYPER enlèvement demandé au domicile – Machine à écrire ancienne Underwood pour décoration ou collectionneur. Bon état. – Machine à écrire ERIKA, très bon état, avec valise de transport rigide. En état de fonctionnement après un légère révision. Vends machin à écrire (jamais servi) pour se prendre pour un écrivain américain. – Achète machine à écrire pour le plaisir de posséder encore une machine à écrire. »

Adjugé

L’écrivain  Cormac McCarthy a vendu sa machine à écrire, une Olivetti Lettera 32 en acheté en 1963 pour 50 dollars. Elle l’aura accompagné durant presque 50 ans et c’est sur celle-ci que l’écrivain a écrit tous ses livres. McCarthy a accepté de s’en séparer quand un ami lui a proposé de lui acheter une nouvelle Olivetti. Valeur est évaluée entre 15 000 dollars et 20 000 dollars (environ entre 10 000 euros et 13 000 euros). Les produits de la vente ont été reversés à l’institut de recherches scientifiques Santa Fe Institute du Nouveau-Mexique (l’État natal de l’écrivain).

Et l’écrivain d’indiquer : « J’ai tapé sur cette machine à écrire chaque livre que j’ai écrit, dont trois qui n’ont pas été publiés. Dont tous mes projets et correspondances. Ce que j’estimerais à environ 5 millions de mots sur une période de 50 ans ». L’écrivain affirme aussi ne jamais l’avoir lavée si ce n’est avoir soufflé la poussière avec un tuyau de station-service.

Extrait de Blaise Cendrars, L’Homme foudroyé.

 A l’étage, il y avait deux chambres, une grande et une plus petite. J’installai ma machine à écrire dans la grande et mon lit dans la petite. Je poussai la table devant la double-fenêtre et me mis immédiatement à écrire, trois lignes, les trois premières lignes de mon dernier chapitre, histoire de me souhaiter la bienvenue et bon travail dans cette maison. Puis je bouclai tout et descendis à La Redonne chercher une femme de ménage car la maison n’avait pas été habitée depuis vingt-cinq ans.

« Ce furent là les seules et uniques lignes que je devais écrire à l’Escayrol malgré les sommations de mon éditeur qui s’impatientait… Un écrivain ne doit jamais s’installer devant un panorama, aussi grandiose soit-il. J’avais oublié la règle. Comme saint Jérôme, un écrivain doit travailler dans sa cellule. Tourner le dos. On a une page blanche à noircir. Ecrire est une vue de l’esprit. C’est un travail ingrat qui mène à la solitude. On apprend cela à ses dépens et aujourd’hui je le remarque. Aujourd’hui, je n’ai que faire d’un paysage, j’en ai trop vu ! « Le monde est ma représentation ». L’humanité vit dans la fiction. C’est pourquoi un conquérant veut toujours transformer le visage du monde à son image. Aujourd’hui, je voile même les miroirs. Tout le restant est littérature. On n’écrit que « soi ». C’est peut-être immoral. Je vis penché sur moi-même. « Je suis l’Autre ».

… (je relus)… les trois premières lignes du dernier chapitre de mon livre écrites le jour de mon arrivée à l’Escayrol… Je bourrai ma pipe. Je n’avais aucune envie de me remettre au travail et de noircir jusqu’au bout la page prise dans le rouleau de ma machine à écrire et qui commençait à jaunir depuis plus d’un mois que le soleil du Midi lui tapait dessus par la fenêtre grand’ouverte. Je frottai une allumette. Je tirai une grosse bouffée de fumée… Et je me remis devant ma machine à écrire. Je relus encore une fois ces trois fameuses lignes. Puis je levai les yeux. Un grand paquebot blanc suivait comme un joujou de publicité la ligne même de l’horizon… Je courus sur la terrasse…

Citation

La machine à écrire est de tous mes ouvrages celui qui m’a donné le plus de travail. Douze fois, j’ai dû dénouer et renouer le fil de l’intrigue. Albert Willemetz m’a donné le moyen de dénouer le dernier nœud. C’est pourquoi je lui demande d’accepter une dédicace reconnaissante.

Jean Cocteau, 

15 janvier 1941

Témoignage

Je me rappelle surtout de sa machine à écrire. Une olympia qu’il avait acheté en 1964, et dont il ne s’est jamais séparé. C’était fascinant de le voir travailler parce qu’il tapait avec se deux index? mais avec quel rapidité. le reste du temps il le passait à déambuer dans la maison, à tourner en rond , en pensant sans doute à son prochain livre. Isa Dick-Hackett, fille de de Philippe K. Dick.

Improvisation

 « La machine à écrire naît des amours capricieuses d’un clavecin inspiré et d’une tendre mitrailleuse-jouet. Ses traits dominants sont le clavier et un vacarme complexe. Par cet amour, le clavecin a déposé ses airs, et la mitrailleuse ses inoffensives fureurs enfantines. Les lettres que vous lisez sur les touches sont ce qui reste des anciens mélodrames, des comédies pastorales où le clavecin, complice consentant, se trouva impliqué ; un charmant don de noces. Incidemment, c’est pour cela que la machine à écrire raconte volontiers des romans et forme des projets épistoliers.

Dans l’âme du dactylographe – entendu au sens le plus large – se cache un soliste des touches ; il est consanguin du pianiste, du claveciniste, de tous ceux qui vivent de et pour un clavier.

Extrêmement attirant est le clavier ; devant les touches noires aux lettres blanches, les doigts s’agitent, comme des danseurs avant un ballet. Ainsi se passaient les choses, lorsque le claveciniste s’asseyait, seul, à son clavier. Il ne cherchait ni portée, ni métronome ; il voulait juste un clavier, et un public silencieux. Ses doigts parcouraient précipitamment exacts les touches candides et nocturnes : ils improvisaient. Des générations durant, l’air du monde frissonna de délice à ces volatiles improvisations que nous n’écouterons jamais. Si seulement Mozart avait pu graver sur un rouleau mobile de papier à musique les caprices d’une main dansante !

Improvisation : la machine à écrire possède ce don difficile, de capturer l’improvisation. Il y eut des improvisateurs pianistes, violonistes, chanteurs, poètes aussi : n’en reste que le témoignage stupéfait de quelques spectateurs. D’autres improvisèrent des discours : des catastrophes en résultèrent. Mais la toute petite, l’humble machine à écrire est aujourd’hui le clavier naturel de l’improvisateur. Exiguë, futile et svelte est l’improvisation : un peu futée et un peu bête aussi, un jeu pathétique, insulte suave ou gracieuse vulgarité ; elle est enfin, instantané, tout de suite disparu, le son d’un rire déjà oublieux de ce dont on riait. »

Improvvisi per macchina da scrivere, de Giorgio Manganelli. Trad. de Giorgio Manganelli (Milan, Leonardo 1989)

 Extrait de mon Journal

En début d’après-midi, je découperais quelques articles – sur Cendrars, Jean Marc Lovay, Le Magasin Pittoresque ou la médecine, un peintre aimé ou une photographie intrigante – Curzio Malaparte devant sa machine à écrire, avec un loup, masque de bal costumé sur le visage – que je rangerais dans « les boites » ; « la boite à poésie », dans le « faux livre », dans la boite « à lire en urgence», dans la boite « à relire » ; ou que je glisserais avec soin entre les pages des livres. Les bourreaux avec les bourreaux et les poètes avec les poètes, il s’entend. Ce sont mes bibliothèques secrètes, mes ressources imaginées… Une simple phrase entendu peut permettre de reprendre la marche lente de l’écriture.

(…) Comment ne pas évoquer aussi le jeune Siménon qui, en 1928 décida de visiter la France par les Canots et els rivières. Il acheta, pour ce, une embarcation de cinq mètres équipée d’un moteur, et un canoë pour son équipement et sa tente. il fit embarquer son épuse  » Tigy », Henriette Liberge, dit « Boule », sa cuisinière et le chien Olaf et la machine à écrire sur laquelle il tapera au grand air. Siménon se servira de ses six mois entre deux berges pour écrire, entre autres, Le Charretier de la Providence, dont l’action se passe en Champagne, entre écluse et coteaux…

Ce mot reçu…

Ah, les touches de machines écrire ! Pour moi, ce sont autant de guéridons minuscules avec juste ce qu’il faut de place pour la pulpe d’un doigt de taille raisonnable.

Pour ma part, je suis très attaché à ma Smith Premier Noiseless Portable, que je pratique encore. Enfin…, je ne sais si c’est moi qui la pratique ou l’inverse. Daniel Debessières

(…) Et ces mots de Ödön von Horváth si proches de ceux de Diogène… « Je n’ai rien, sauf ce que j’ai sur le dos, et la valise avec une vieille machine à écrire portative »

(…)  En 2011 la dernière usine de fabrication de machines à écrire vient de fermer ses portes. La dernière au monde. La firme Godrej and Boyce, à Bombay, avait commencé son activité dans les années 1950, quand le Premier ministre Jawaharlal Nehru avait décrit la machine à écrire comme un symbole de l’indépendance émergente de l’Inde et de son industrialisation. Elle vendait encore quelque 50 000 machines/an au début des années 1990, mais moins de 800 l’année dernière

Et pour conclure…

Et moi qui garde tout ou presque, à commencer par par les histoires de machines à écrire,  j’ai complètement dispersé ma collection de machine à écrire…

Et pour conclure, encore…

Le Clavecin n’est en aucune façon une machine à écrire !

 A suivre… 

Un commentaire sur “SPICILÈGES & MACHINES À ÉCRIRE

  1. catherine hugue dit :

    J’ai jeté une de ces machines qui pourtant fonctionnait encore mais elle avait usé mes doigts et ma patience
    Pourquoi m’envoyer vos articles monsieur ? Vous ne vous souvenez pas de moi ? Catherine H,

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