JE VOYAGE SINUEUX

IMPROBABLE

pour Thomas Lardeur

Je voyage sinueux. Improbable.

Jusqu’à Culmont, France, pays des sorcières.

Après les inséparables, les oiseaux pihis – dont parle, il me semble, Kostrowitzky et Victor Segalen le médecin chinoiseux – j’ai croisé les oiseaux des bois. Improbable ou quasi, avec cette crête indéfinissable et brune. Je suis presque sûr que, quelque part, Reverdy, le poète ami et simple, les a rencontrés ; les oiseaux et mes songes.

J’ai vu l’animal derrière ce vitrail d’une église de province. Des silences, des gris et des ombres discrètes, le vitrail d’un maître (Gérard L.) – petit animal que je surnomme Garamond. Et pour lui rendre hommage, à défaut de le « baptiser » Saint Thomas, j’écris à cette façon. Classique ou qu’importe…

Et l’oiseau m’a chuchoté : « les hommes naissent libres et égaux de rêver ; et de s’aventurer ».

Alors j’ai dessiné les ailes de l’oiseau qui parle ; et les noms inscrits. Mes morts à chérir, mes petites croix, mes copains d’autrefois. Celui-là et celui-là. « L’Ardeur », Chany le berger, les décédés à cause de celle qui rôde. Et moi vivant qui rameute la cohorte des souvenirs à défaut de pleurer. Me voilà sans eux – sans ailes – à exhiber leur mémoire et leur fait d’âmes. Je me souviens toutefois que l’un d’eux faisait pousser des tomates sur son toit et qu’elle grandissait jusque cathédrale. Le bonhomme soudait comme pas deux, chantait comme un enfant et buvait les choppes, et les autres jusqu’à l’infini.

Et son fils, ses fils, c’étaient mes frères. En reveux-tu de la pute au milieu du bois ou du Reggiani….

« C’est notre bon copain, a dit Hemingway, le « vieux », à l’oiseau, celui qui se souvient de tous ses camarades de courses et peut-être des vents de la pampa.

J’ai dit à l’oiseau que j’avais tenté d’étudier la métaphysique mais que, chaque fois, le bonheur m’avait interrompu. Comme l’oiseau, et comme le vieux, j’étais né dans une ferme argentine, ou à Londres, ou à trente ans, entre misère et nostalgie, et je m’étais mis à écrire.

Et ils sont revenus les comparses, le chaman d’antan, le tchoutchke d’Ouelen, le singe du pont neuf, le tailleur d’ardoise, la femme élégante qui buvait des whiskys allégés avant de se parfumer, le Gainsbourg des beaux quartiers et l’étudiant des Beaux-Arts. J’étais la guigne avec ma mémoire, le chef d’orchestre des fantômes. De quelques vagues qu’ils s’agissent. Presque la fin des aventures. Le gardien mortifère des télégrammes. J’aimerais que ce télégramme… La rue de Verneuil est remplie de taches qui s’effacent…

« Ne me demande pas pourquoi, je suis vivant quand tu écris» , a dit l’oiseau avant de s’envoler.
Sale race, j’ai pensé.

A Paris, avec l’ami David.

Durant un souper de mezzés et le vin qui accompagne, Lebanon wine, Bekaa valley. A goûter du soleil et à bavarder.

Photographie de  Brice Portolano

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