BELLES ÉTOILES

Bonsoir mon cher Eric,

J’avais évoqué auprès de toi le désir de t’écrire une lettre pour te donner mes impressions à la lecture de ton livre : Belles étoiles, mais cette vie folle que nous menons, fût-on archiviste ou poète, libraire ou contempteur d’étoiles – ce que tu fis pendant un long temps parce que tu regardais justement de belles étoiles, celles qui surviennent tard dans la nuit, parce que sous leur lointaine lueur un petit peuple de vagabonds, d’errants célestes, comme se plaisait à les nommer cet autre voyageur Jack Kerouac, ou tout simplement de marginaux familiaux qui ne veulent passer les nuits dans le cocon, fût-il de cette nature, préférant la vastitude et la solitude des champs et des prés nocturnes. Et je me souviens, dans mes propres pérégrinations, en marche vers le soleil de minuit, alors que je m’étais positionné en marge de cette société, dans laquelle quelque temps auparavant j’évoluais tranquillement, tel un véritable « square » selon l’expression méprisante de nos amis anglo maniaques, avoir rencontré à Charleville un homme d’une quarantaine d’années – de mémoire car il y a déjà longtemps ! – qui préférait dormir dans un couloir de cinéma plutôt que de demeurer la nuit entière chez sa soeur – apparemment tous les deux étaient célibataires…

Comme quoi il n’y a pas seulement les héritiers de Stevenson ou de Jacques de Compostelle, cet hidalgo religieux, qui cheminent dans notre vieille Europe, dans notre ancien royaume ! Je t’imagine bien d’ailleurs avec ce baudet, animal si méconnu et pourtant si mythique, qui s’appelle Noée d’ailleurs, ânesse post-diluvienne, telle celle de Stevenson, et ton ami, vous baguenaudant sur des routes poudreuses et escarpées. Mais aussi vous accrochant à votre but, pugnaces, décidés, malgré le déchaînement des éléments… « nous, humbles promeneurs, nous construisons à l’intérieur, en creusant roches et souvenirs. Nous cherchons le Nord dans nos consciences. Connais-toi et le chemin t’aidera à te connaître…Chemin faisan, chemins sauvages… Tous les gardiens de la montagne. Derrière le visible, il existe l’invisible comme une draille de l’esprit. » Voyage initiatique, à la découverte et à l’échelle de l’univers, même s’il demeure confiné dans une partie de notre hexagone. Apprentissage des distances et des haltes, des nuits propices à la méditation, de la rencontre de la beauté dans sa nature et son mystère. Au fil des jours, au fil des kilomètres, au fil des contacts savoureux…Tu fais mouche souvent dans des phrases qui découpent le roc en tranches, qui font valdinguer la morosité dans des crevasses où elle s’écrase. Je te cite encore : « Suivre un poète dans la montagne, c’est tenter de revenir à la nuit des temps ; redevenir quelque temps, jusqu’au bout du temps – en somme le temps dont on dispose – un nomade, un sauvage. » Je songe parfois à Kenneth White (un autre « voyageur ») et ses Lettres de Gourgounel mais aussi au poète Basho que j’imagine bien t’accueillir au sommet de la montagne pour te montrer l’infini de l’horizon, alors qu’une pluie fine irise les arbres et le sol, que brouterait ton ânesse. Mais il faudrait que je relise ton livre pour mieux m’imprégner de son style qui épouse ton itinérance et en ramasser les brillants galets, les solides silex, les pierres brutes et dures, joyaux de parure, avec la main de l’homme…

J’y songerai mais même si tu écris : « La lenteur, notre première richesse », je ne suis pas sûr de fixer dans le définitif ma lecture fugace. Quoi qu’il en soit ou qu’il en sera, c’est du bel ouvrage, tout comme les étoiles qui t’ont guidé jusqu’au port.

Bien sincèrement,

Francis L.

 

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