VOLUBILE & INCLASSABLE

Journal. Est-ce véritablement un journal ? Les diaristes et les lecteurs de diaristes seront peut-être déboussolés. le Journal Volubile de Enrique Vila-Matas – publié chez Christian Bourgois et offert par mon ami Mathieu, le fils de l’éditeur – ressemble moins à un journal qu’à un livre de Enrique Vila Matas. Quoi de plus normal, peut-être ? Ici, vous ne saurez rien de l’auteur, mais vous apprendrez tout de lui. « Quand je voyais Marcel Duchamp jouer aux échecs au café Meliton de Cadaqués, je ne savais pas que cet homme avait renoncé à la peinture et fait de sa vie une oeuvre d’art. » Si Vala matas n’a pas abandonné la littérature – et il le prouve avec ce Dietario Voluble – il se rapproche peu à peu et sûrement du joueur d’échecs observé. « Je ne nie pas qu’il y a longtemps que je suis tenté de m’inscrire dans le champs Duchampien, mais je crois que si je ne le fais pas, j’aurais besoin d’un écrivain qui soit témoin de tout, qui emboîte mes pas et le raconte c’est à dire que je devrais embaucher un écrivain qui raconte comment j’ai renoncé à l’écriture , comment je me suis appliqué à faire de ma vie une oeuvre d’art, comment j’ai cessé d’écrire sans en souffrir. . Deux possiblités : 1) je passe une petite annonce et cherche un écrivain disposé à raconter ce que j’ai fait après avoir renoncé à l’écriture ; 2) je l’écris moi-même  : j’invent un écrivain embauché  qui emboîte mes pas après mon renncement et écrit pour moi un journal dans lequel il simule misériocordieusement que je n’ai pas renoncé à l’écriture. » Sacré Vila-Matas, une fois encore, et comme dans ses romans, l’écrivain pulvérise les codes, se moque des frontières littéraires et tord le coup à la fiction. La fiction c’est lui. Le journal se fait essai et les confidences – supposées – se font romanesques. l’écrivain fait peut-être semblant de s’interroger, mais nous pose à coup sûr des questions. il convoque aussi : Kafka ou Sebald,  l’Internet ou Julien Gracq. Il s’arrête aussi sur le voyage – et ses voyages – et sur les livres l’on offre. mais chaque fois chaque fois, il coupe le fil d’Ariane qui relie l’auteur à son lecteur. Entrez dans le journal et débrouillez-vous ! Si vous vous égarez, souvenez vous que j’en suis l’auteur et non le gardien. Et surtout, comme le Bartelby de Melville –  i would prefer not to, le  frère de lait de l’auteur -, n’attendez rien de l’écrivain magicien, vous savez ce qu’il vous répondra.

« AVRIL

 La tristesse. Et le thème des fantômes couchés et autres pionniers de l’avenir affleurant à la première heure de cette nuit.

« – Votre jeune ami, dit Chamfort, ne connaît rien au monde, il ne sait rien de rien.

– Oui, répondit Rivarol, et il est déjà aussi triste que si il savait tout. »

La progression de l’ignorance – tout comme la littérature préfabriquée – fait peur à Vila-Matas, alors il l’écrit, glissant ici et là des métaphores qui n’appartiennent qu’ à lui. Serait-ce un journal métaphysique ? Après lecture, sur laquelle on peut – méditer – revenir longtemps, on pourra croire, assurément, qu’il s’agit d’un sacré journal. Et d’un sacré écrivain.

2 commentaires sur “VOLUBILE & INCLASSABLE

  1. Anne B dit :

    Et le dernier Vila-Matas, « Chet Baker pense à son art » est à lui seul un enivrant vertige de livres, de citations réelles ou inventées, de photos, de musiques. Dans quel degré de fiction nous entraîne t-il ? Où sommes nous ?
    Une fois encore Enrique Vila-Matas enchante, étonne.
    Une nuit toute en luminescence…

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