CABINET DA-END 02 OU LA NOUVELLE « CHAMBRE DES MERVEILLES »

CABINET DA-END 02 OU LA NOUVELLE « CHAMBRE DES MERVEILLES »

Depuis presque la nuit des temps, le caillou ou la pierre trouée est un « aimant à  bonne fortune ». Il est amusant d’imaginer le premier homo sapiens ramasser ce caillou et le conserver pour son étrangeté, sa rareté, peut-être, son pouvoir magique et, avant tout, sa beauté. Il est plus étonnant encore si le même homo sapiens ramasse un second caillou troué pour le déposer à côté du premier dans une caverne sombre. On peut imaginer que la première collection de l’humanité est née ainsi. Une collection, certes, mais aussi, le premier cabinet de curiosités, à savoir une collection insolite et fantastique. Aujourd’hui encore, nous sommes nombreux à ramasser les cailloux troués, car, comme l’écrivait un promeneur célèbre,  « une cœur bat dans chaque pierre du chemin. » L’esprit de la collection est peut-être tout entier dans cette citation. On ne collectionne pas seulement pour montrer ou pour surprendre l’autre, on collectionne pour comprendre et pour vivre.

Quand je suis entré pour la première fois dans la galerie DA-END, caverne sombre et raffinée, c’est cette toute première émotion que j’ai retrouvée.

Dans Penser/Classer, l’écrivain Georges Perec écrit : « Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment je pense quand je veux classer ? (…) Tellement tentant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique ; une loi universelle régirait l’ensemble des phénomènes : deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, animal et végétal, singulier pluriel, droite gauche (…) Malheureusement ça ne marche pas, ça n’a même jamais commencé à marcher (…). N’empêche que l’on continuera encore longtemps à catégoriser tel ou tel animal selon qu’il a un nombre impair de doigts ou des cornes creuses. »

Je ne sais si mes amis de la galerie DA-END ont pensé à Georges Perec en imaginant cette nouvelle exposition CABINET DA-END 02 mais il est certain que j’ai pensé à eux en relisant Perec. Non, « classer » ne « marche » pas, en revanche, « imaginer » permet encore mieux d’imaginer. Les artistes et les oeuvres ont tout naturellement trouvé leur place dans cette galerie rare sur les murs, les étagères et les recoins, inventant de nouveaux échos, des lumières impromptues, des juxtapositions judicieuses, des incohérences qui deviennent cohérentes. Les œuvres se chuchotent, se répondent et les cœurs se mettent à battre à l’unisson comme cette première pierre trouvée sur le premier chemin.

Débarrassé de mes idées préconçues, je continue à me projeter dans CABINET DA-END 02 et si mes yeux s’habituent à l’absence de lumière, les installations, les crânes « revus et corrigés » se mettent à « me  faire de l’œil ». Les « danses macabres » deviennent jubilatoires et contemporaines, et les Memento mori n’ont pas dit leur dernier souffle.

La caverne DA-END devient Wunderkammer, ou chambre des merveilles du XXIe siècle. Les œuvres ont changé et nous ont transformés. Me voilà encore chez Ulysse Aldrovandi, l’homme-monde, le naturaliste forcené, le voyageur, le polyglotte, le bel esprit qui incarne presque à lui seul l’esprit Renaissance. Me voilà chez les témoins et chez les relais. Me voilà chez les héritiers du cabinet de curiosités. Re-Naissance. Les artistes présentés ne nous rapprochent jamais du vivant mais, au contraire, inventent un nouveau vivant. Un renouveau.

Cabinet DA-END 02 est à la fois un hommage aux siècles anciens et une véritable réflexion – proposition, oserais-je dire -, picturale, artistique, esthétique, nouvelle. Le parti pris DA-END existe désormais, s’affirme depuis deux ans et se résume dans cet événement annuel : artistes jeunes, confirmés ou inclassables ; oeuvres singulières, ambition d’imaginer une nouvelle collection, un fonds nouveau. Ici la peinture fait sa mue, l’installation épouse son siècle, le sculpteur ne renie rien. Les médiums évoluent, les techniques se modernisent, les préoccupations ne sont plus celles des temps anciens. Sculptures en verre et sculptures en porcelaines, crânes et masques, huiles et dessins,  photomontage et collages, automates et installations nous interrogent toujours sur le temps qui passe. L’humain est là, au cœur de cet étrange dispositif artistique, entretenant un dialogue entre l’aujourd’hui et l’autrefois.

Remarquable aussi la participation des taxidermistes, antiquaires, Galeries d’Art Tribal, Galeries d’Art Contemporain, collectionneurs, qui viennent prêter quelques pièces insolites et remarquables le temps de l’événement, contribuant ainsi à l’élaboration de ce cabinet protéiforme, rare et éphémère. L’échange et le partage d’une certaine idée de l’Art aujourd’hui sont, en effet, les fondations de CABINET DA-END 02.

Le cabinet des curiosités fossilisé n’existe plus. CABINET DA-END 02 lui rend hommage pour mieux le transfigurer.

Au cœur des œuvres nouvelles, et presque œuvre à mon tour ; je deviens collection.

Entrer à la galerie et découvrir CABINET DA-END 02, c’est accepter de redevenir un dandy sauvage, un œil en éveil, vierge de tout jugement et en quête de nouveaux sens.

du 10 mai au 25 juillet 2012, 17 rue Guénéguaud, 75006 Paris

Découvrir DA-END 02 

« Le chaman » de Coco Fronsac 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s