TOUR DE POÈTES…

« (…)

Un chant d’oiseau s’éleva square des Innocents.

Un autre retentit à la Tour Saint-Jacques.

Il y eut un long cri rue Saint-Bon

Et l’étrange nuit s’effilocha sur Paris. »

Robert Desnos, Fortunes

J’étais de nouveau près de vous, ma belle vagabonde, et vous me montriez en passant la Tour Saint-Jacques sous son voile pâle d’échafaudages qui, depuis des années maintenant, contribue à en faire plus encore le grand monument du monde à l’irrévélé. Vous aviez beau savoir que j’aimais cette tour, je revois encore à ce moment toute une existence violente

s’organiser autour d’elle pour nous comprendre, pour contenir l’éperdu dans son galop nuageux autour de nous :

À Paris la Tour Saint-Jacques chancelante

Pareille à un tournesol

ai-je dit assez obscurément pour moi dans un poème*, et j’ai compris depuis que ce balancement de la tour était surtout le mien entre les deux sens en français du mot

tournesol, qui désigne à la fois cette espèce d’hélianthe, connue aussi sous le nom de grand soleil et le réactif utilisé en chimie, le plus souvent sous la forme d’un papier bleu qui rougit au contact des acides.

André Breton, L’amour Fou

* A Paris la tour Saint-Jacques chancelante

Pareille à un tournesol

Du front vient quelquefois heurter la Seine et son ombre glisse imperceptiblement parmi les remorqueurs

André Breton, Le Revolver à cheveux blancs

Il faudrait pouvoir visiter la tour Saint Jacques et contempler Paris de son sommet comme le faisait autrefois un certain fondeur de plomb. Il faudrait aussi ressembler à ses corbeaux qui tournent autour comme dans une gravure de Charles Meryon. Il faudrait, analphabète, demander secours l’alchimiste Nicolas Flamel, brave homme qui avait installé son échoppe d’écrivain public. Il faudrait écouter les vents qui se font rumeurs et déclament encore les vers et les déraison de Nerval, qui fréquentait les endroits sombres et se pendit presque à son pied. Il faudrait, L’amour fou en bandoulière, relire Breton lorsqu’il se prend pour un poète. Il faudrait se souvenir que la Tour Saint-Jacques raconte toute l’histoire de Paris, ou presque.

« Quand je levai les yeux, la nuit était partout. La tour gothique et insolite était un phare au cœur de la ville. Je n’étais plus à Paris. Je sentais les embruns citadins de la bièvre enfuie, les échos du large, j’étais au milieu du lac souterrain et caccophinque, je me chahutais sur la Montagne Sainte Geneviève, à la recherche d’autres traces, dans les pas d’autres poètes. D’autres fantômes. »

Un commentaire sur “TOUR DE POÈTES…

  1. Bruno Mazoyer dit :

    Un ami : « …m’a t-on dit ,que l’on entend la nuit le bruit des châines et pour tout te dire, je l’ai entend moi-même ,de ma chambre de bonne ,rue….celle qui longe le jardin de la tour,place du châtelet… »

    J'aime

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