QUE D’EAU…

La baignade, n’est pas un sport, c’est un état d’esprit. Et puisqu’il vous reste encore quelques jours avant les frimas et les premières brumes pour faire le grand saut ou la planche, c’est le moment de vous baigner en connaissance de cause..

De l’entrée dans l’eau

(…) Je ne puis souffrir cette entrée pusillanime, qui se fait par degrés successifs, et après qu’on s’est frotté les parties les plus susceptibles de froid. Je crois qu’elle est aussi pénible pour le nageur lui-même, qui sent mille fois pour une le combat du froid de l’eau, avec la chaleur de son corps, que désagréable à l’oeil du spectateur qui souffre en le voyant souffrir. (…) Ce qui mérite surtout une grande attention, c’est l’endroit où l’on se jette ainsi ; il ne peut jamais y avoir trop d’eau, souvent il n’y en a pas assez

De la Manière de flotter sans mouvement.

Il faut se placer sur le dos, les jarrets tendus ou non, et embrasser avec ses deux pieds, ou simplement les deux orteils, un poteau, une corde, pourvu qu’elle soit soutenue à fleur d’eau, et tout en demeurant étendu, on pourra se balancer, dormir, les yeux, la bouche et les narines libres. On apprend bientôt de soi-même à conduire son haleine de manière qu’elle ne fasse pas obstacle.

Je crois être le premier qui, d’après cette manière de se soutenir, ait imaginé de cheminer en flottant. Je me suis attaché une vessie à l’orteil d’un pied, et reposant l’autre sur celui qui était attaché, je me suis abandonné dans cette attitude au courant. Ma tête qui ne pouvait enfoncer, et mes pieds ainsi soutenus, auraient été transportés une demi-journée, sans fatigue, comme sans danger, sur un élément rendu officieux contre sa volonté.

C’est une fable, qu’il y ait des hommes qui ne puissent enfoncer dans l’eau, quelque mouvement qu’ils fassent. Nos pieds (cette loi n’excepte personne) ouvrent à notre corps un passage qu’il est obligé de suivre. On peut seulement, en ménageant bien son haleine, en aspirant lentement, et respirant vite, se soutenir sur l’eau, les pieds enfoncés ; mais on dépend du premier flot qui dérange, de la plus légère inquiétude qui trouble.

Au reste, c’est un jeu, comme le fait que je vais raconter, en témoin oculaire.

J’ai vu quatre jeunes gens qui avaient chargé de nourriture et de vins, une table un peu épaisse et bien large, suivre gaiement et sans peine le courant de l’eau ; ils tenaient les quatre coins de la table, buvaient, mangeaient, et paraissaient sans inquiétude pour leur repas mobile.

Ces amusemens sont agréables, peut-être ne faudrait-il pas les faire à jeûn, si l’on ne voulait s’exposer à terminer bientôt sa promenade.

Pour faire le triton, il faut s’étendre sur la surface de l’eau, la battre successivement du gras de la jambe, du coude de chaque main étendue ; l’eau bouillonne autour du nageur, et il ressemble à un Dieu marin qui sème autour de lui le bruit, et fait jaillir les eaux.

On peut en faire autant sur le ventre, c’est alors de la pointe du pied et de la main qu’on frappe l’eau.

Pour la Croix de Saint-André, on s’étend sur le dos, comme si l’on voulait faire la planche, on écarte les jambes et les bras ; le corps représente une croix en sautoir ou de Saint-André. Si les pieds s’enfoncent, un léger coup donné par eux à l’eau, les replace sur sa surface.

Pour se mettre sur l’un ou l’autre côté, il ne faut que le vouloir, et se tourner comme on le ferait dans son lit ; il n’y a pas de quoi s’effrayer, si l’on avale un peu d’eau. Mais je crains que ma leçon n’ait besoin d’être confirmée par l’expérience ; quand on apprend, on est intimidé de faire un pas, même dans l’attitude la plus commune.

De la Manière de sauver un homme qui se noie.

Porter du secours à notre semblable, est le fruit d’un instinct qui ne laisse guère lieu à la réflexion. Voici pour vous qui pouvez allier l’un et l’autre.

Gardez-vous bien de vous approcher assez de l’homme que vous voulez sauver, pour qu’il puisse vous saisir par la jambe, le bras ou le corps ; il ne vous lâcherait plus, et vous en péririez avec lui. Prenez-le d’une main avec précaution par les cheveux, et nagez de l’autre, ou poussez-le par le dos vers le rivage.

Vous qui savez plonger, vous pouvez descendre sous l’eau, le lancer par le pieds, devant vous, et continuer, en remontant reprendre votre haleine, jusqu’à ce que vous l’ayez conduit à bord.

Jeunes gens, toujours prêts, par votre carrière d’imprudence, à affronter des dangers, si je vous ai enseigné à vous rendre maître d’un élément redoutable, je ne dois pas vous cacher qu’il est perfide, tôt ou tard il sait attraper sa proie, ou plutôt l’eau est au nageur, ce que le feu d’une bougie est au papillon : l’un et l’autre viennent d’eux-mêmes y chercher leur tombeau.

Ne courez de péril que celui qui sera indispensable ; baignez-vous, nagez, c’est un attrait ; la santé vous le conseille, ainsi que votre plaisir ; mais que ce soit en des endroits sûrs, ou avec des précautions qui vous rendent les dangers peu redoutables.

Que ceux qui ne savent pas nager, ou qui dédaignent de s’en instruire, redoutent même jusques aux bords.

Extrait du Manuel du nageur ou de la pratique de l’art de nager.

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