« VALPÉRI », UN CHEF D’ŒUVRE MÉCONNU

« La Classe des raffinés et des dandys. »

Charles Baudelaire.

Au cœur du XVIIIe siècle libertin, Valpéri a quinze ans lorsqu’il découvre la bibliothèque de son oncle libertin et « l’orageuse puissance des souffles embrasés de la volupté ».  Lorsqu’il quitte le château de son père en Champagne pour la capitale, son goût pour l’aventure le conduit naturellement au truculent cercle des Navarrois où règnent le stupre et la décadence. Ce sera l’apprentissage du divertissements, de l’alcool, des jeux et des duels. Avec ses compagnons, le gentilhomme connaîtra des situations aussi périlleuses qu’extravagantes. Dès lors, seule lui importe la recherche du plaisir et de l’action.  « Il y a dans ce récit un si contagieux entraînement que le lecteur, électrisé, croit sentir brûler dans ses veines la fièvre de l’action. La main qui s’est crispée sur la garde d’une épée a seule le secret de cette âpre poésie. »

Animé par une soif de l’absolu, doté d’un esprit vif et cruel, d’une extrême élégance et d’une fascination pour la chair féminine, d’un regard, enfin, où l’on voit parfois passer l’ombre du diable, la singulière nature de Valpéri ne cesse de déconcerter au fil de ces péripéties. Jeu, ivresse, débauche, manipulations, duels : il ne recule devant rien. Sa soif de l’absolu demeure pourtant  inassouvie… Pourtant, le mystère de ses origines et la certitude de l’existence d’un monde caché l’amènent peu à peu à vouloir percer bien d’autres secrets…

Que peut encore désirer un héros aux allures d’anti-héros ?

Dans une langue élégante et teintée d’humour, ces mémoires dévoilent les aventures d’un gentilhomme qui oscille entre humeur sombre et gaieté inquiétante. Mélange réussi de Sade, des Liaisons dangereuses de Laclos et de littérature gothique, ce roman étourdissant sent le soufre et l’irrévérence.

Que le lecteur qui s’apprête à pénétrer dans l’univers de Valpéri, gentilhomme « es licence » sache à quoi il s’expose. Rien de grave ici – au sens où ce mot évoque une sorte de raideur monotone ou un sérieux accablant. Au contraire, tout le génie littéraire de Paul de Molènes est mis au service de la jubilation. Qui ne se délecterait d’une telle extravagance et de si folles aventures? Lire Valpéri, c’est rencontrer un remède à la morosité dans une contagieuse allégresse. Véritable récréation, apologie de la légèreté et de l’insouciance, la lecture de ce chef d’œuvre est, de bout en bout, dominée par le plaisir : réjouissons-nous !

Paul de Molènes (Reims, 1821-1 Limoges, 1862) débute en littérature sous le patronage de Chateaubriand. Il contribue à la Revue des Deux Mondes et au Journal des débats, puis fait paraître un premier roman, Les Cousins d’Isis, suivi de Valpéri, son chef-d’œuvre, avant de s’engager dans une carrière militaire. Homme d’épée et de belle plume, ses contemporains Baudelaire et Barbey d’Aurevilly louent son talent. Une chute de cheval provoque sa mort aussi prématurée que tragique pour la littérature.

N.B. Signalons que l’ouvrage contient une préface et un dossier critique deNorbert Gaulard.

Illustration de Casajordi

Quelques critiques de contemporains…

« C’est un caprice à la Charolais ; on y tue de gaieté de cœur, on y fait le mal par désœuvrement. C’est la débauche d’un gentilhomme qui a soupé avec Cagliostro et qui croit au magnétisme ; c’est un livre fait pour être relié en rouge et pour donner de grands frissons ; c’est une rêverie épouvantable et charmante ; c’est une extase de Watteau dans un cimetière. » Louis Ulbac

« Quand Paul de Molènes mourut, si jeune encore, ses contemporains le regrettèrent comme on regrette un talent interrompu dans le plus beau moment de son éclat. Son nom avait retenti. » Jules Barbey d’Aurevilly

« M. de Molènes appartenait, dans l’ordre de la littérature, à la classe des raffinés et des dandys. Tout en lui, même le défaut, devenait grâce et ornement. On lui rendra justice plus tard ; car il faut que toute justice se fasse. » Charles Baudelaire

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