WILLIAM THÉRY, ÉDITEUR & SINGULIER

J’ai rencontré l’éditeur rémois William Théry grâce à l’écrivain Paul Léautaud. Après avoir lu toute son oeuvre, ou presque, mon étude de l’acariâtre écrivain devait immanquablement me mener aux rayons des biographies. Un libraire zélé m’apprit que Léautaud qui avait si souvent étrillé ses contemporains, tous ces contemporains, faisait à son tour, dans une étude documentée et partiale, l’objet des pires cruautés. L’auteur, un dénommé Auriant avait bien connu le « petit commis » du Mercure de France et, dans son Paul Léautaud, une vipère lubrique, s’en donnait coeur joie. En découvrant le livre au allures de règlement de compte, j’appris que ce dernier avait été imprimé à Reims. Et c’est ainsi, pour la première fois, que j’entendis parler des éditions à l’écart. J’achetai le livre et me promis, lors de mon prochain séjour rémois, de rendre à visite à cet éditeur méconnu avec lequel je m’imaginais partager quelques passions. C’était en 89 – le billet de train encore glissé dans l’ouvrage en guise de marque-page faisant foi. 1989. La précision s’impose car, en cette presse fin de siècle, j’allais faire la connaissance d’un éditeur singulier animé par les agités « fin de siècle », ceux du XIXe cette fois.
William Théry était installé rue du Docteur Thomas, dans le quartier de mon enfance, non loin du dojo où j’avais pratiqué durant de longues années le karaté. L’éditeur avait « envahi » une ancienne boutique avec vitrine et grille d’usage pour y installer ses encombrantes machines, ses massicots, ses pots d’encres et ses tonnes de papiers qui, parfois même, jonchait le sol. William Théry était plus qu’un éditeur, il était aussi imprimeur, renouant ainsi avec une tradition historique. Il inventait, « composait », imprimait. Il faisait tout. Avec goût et ; avec soin. Nous devîmes très vite ami et, chaque fois que je revenais à Reims, je passais presque tout mon temps chez l’éditeur fantasque. Il fallait souvent lui donner un coup de main, et avec un ami, nous lui servions d’assistant. Quel honneur. L’éditeur, dans sa grande largesse nous récompensait en nous offrons ses œuvres à l’encre encore humide. Extrait d’Aphrodite de Pierres Louÿs, lettres de Huysmans ou de Léon Cladel, étude sur Gérard de Nerval – dont je demeure éperdument amoureux, photos licencieuses début de siècle. Un trésor. Alors que je vivais, et pour de vrai, la bohême à Paris, sous la protection invisible de Henri Murger, et appliquant à la lettres les règle du dilettantisme, les longs moments chez l’éditeur « excentrique » furent plus qu’en partie « mes éducations ». Théry était un farceur, un érudit léger, un «mécanicien de la littérature, un érotomane, un buveur élégant, un honnête homme et un personnage de roman. J’ai taché de ne jamais l’oublier et de prendre modèle.
Puis William Théry a déménagé. Je l’ai perdu de vue, mais j’ai continué à collectionner ses livres.
Longtemps après, je suis devenu éditeur. L’ami William y est sans doute pour quelque chose.
Je n’ai toujours rien contre le bon docteur Thomas mais je demande si il accepterait que l’on débaptise sa rue afin d’écrire à la place « Rue William Théry, éditeur Rémois, XXe siècle ».

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Un commentaire sur “WILLIAM THÉRY, ÉDITEUR & SINGULIER

  1. Francesca dit :

    Quelle belle reconnaissance… et quelle belle idée à soumettre sans barguigner aux conseillers municipaux rémois !

    J'aime

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