PLEIADE, LUSTRE, FANTÔME & OPÉRA

« La salle éclate en un prodigieux tumulte. Retombés sur leurs sièges, les deux directeurs n’osent même pas se retourner ; ils n’en ont pas la force. Le fantôme leur rit dans le cou ! Et enfin ils entendent distinctement dans l’oreille droite sa voix, l’impossible voix, la voix sans bouche, la voix qui dit :

« Elle chante ce soir à décrocher le lustre ! »

D’un commun mouvement, ils levèrent la tête au plafond et poussèrent un cri terrible. Le lustre, l’immense masse du lustre glissait, venait à eux, à l’appel de cette voix satanique. Décroché, le lustre plongeait des hauteurs de la salle et s’abîmait au milieu de l’Orchestre, parmi mille clameurs. Ce fut une épouvante, un sauve-qui-peut général. Mon dessein n’est point de faire revivre ici une heure historique. Les curieux n’ont qu’à ouvrir les journaux de l’époque. Il y eut de nombreux blessés et une morte.

Le lustre s’était écrasé sur la tête de la malheureuse qui était venue ce soir-là, à l’Opéra, pour la première fois de sa vie, sur celle que M. Richard avait désignée comme devant remplacer dans ses fonctions d’ouvreuse Mame Giry, l’ouvreuse du fantôme. Elle était morte sur le coup et le lendemain, un journal paraissait avec cette manchette : Deux cent mille kilos sur la tête d’une concierge ! Ce fut toute une oraison funèbre. »

Gaston Leroux, Le Fantôme de l’opéra

Lustre_Op_ra_077

N. B. Le 20 mai 1896, la rupture d’un contrepoids entraîna la chute du grand lustre de l’Opéra Garnier sur le public durant une représentation du Faust de Gounod. Il y eut de nombreux blessés et une concierge passionnée d’opéra trouva la mort. Cet événement tragique devait inspirer Gaston Leroux pour son célèbre roman. 

90-1

Un lecteur scrupuleux et bien intentionné m’envoie quelques éclaircissement au sujet dudit lustre qui fit jadis les beaux jours de la littérature populaire et policière. Retour en arrière, sur le méfaits d’un certain Erik, dit « Le Fantôme de l’opéra » et les incohérences de la littérature :  

Faisant une recherche pour mon modeste site sur un certain Vallier, je suis tombé sur votre blogue, et plus particulièrement sur Le Fantôme de l’opéra que vous semblez côtoyer plus que de coutume.

Il vous intéressera peut-être de savoir que Colette fait deux fois mention de « L’Affaire du lustre et de la concierge. » La première fois, elle écrit dans le chapitre « Journaux »  » d’Aventures quotidiennes » (1924) : « Rappellerai-je la nouvelle de la chute du lustre, au théâtre de l’Opéra, catastrophe transmise aux peuples haletants en ces termes inimitables : « Pan ! Trente mille kilos sur la tête d’une concierge ! » » (p. 141 du T. III des Œuvres dans « La Pléiade ».) Dans ses notes (p. 1330-1331), Madame Marie-Christine Bellosta faisait référence au passage cité de Gaston Leroux et avouait ne pas avoir retrouvé l’article de journal (en 1991).

La deuxième fois, c’est dans L’Étoile Vesper (1946) : « Un jour que le lustre de l’Opéra s’abattit dans la salle, – sans faire d’ailleurs plus d’une victime – Vallier en donna la nouvelle sous ce titre : Pan ! Trente mille kilos sur la tête d’une concierge ! (p. 789 du T. IV des /Œuvres/ dans « La Pléiade ».) Dans ses notes de 2001 (p. 1386), Madame Francine Dugast cite la date du 20 mai 1896 pour la chute et celle du 21 mai 1896 pour l’article, dans « Le Matin » :

« Le véritable titre est ainsi libellé : « Cinq cents kilos sur la tête d’une concierge », suivi du sous-titre : « Le contrepoids du lustre central – Un plafond qui crève – Un mort, deux blessés – C’est la faute à l’électricité. »

La dernière phrase, évoquant le mari de la victime, donnera une idée de l’ensemble : « Et le pauvre mari, un vieux à face glabre d’ancien cocher de bonne maison, s’écriait en levant les bras au ciel : « Pourquoi aussi a-t-elle voulu aller au théâtre ?» »

30 000 kilos pour Colette, 200 000 pour Gaston Leroux. En réalité (???), 500.

Ne me parlez plus de la mémoire des écrivains !

Le texte de Gaston Leroux donnant des détails inédits, je me permettrai d’y faire référence lors de la mise à jour de LES ERREURS DE LA PLÉIADE – COLETTE  et vous en avertirai. Ce sera fait sous peu, sauf contretemps.

Aussi je ne saurai vous conseiller d’aller – vite et souvent – sur le site de STÉPHANE DE BECKER sous titré :

C’est presque parfait mais il y a… … des imperfections des La Pléiade

la_loge_du_fantome_by_galaad_phantom-d3f89nd

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s