L’EXPOSITION ENCYCLOPÉDORGANIQUE

A Daniel Maja, bien sûr

Et à Miss Coco Fronsac, bien entendu

C’est le 19 décembre 1912, en son appartement du 17 rue Guénéguaud, que le marchand Augustin Corvet, d’ordinaire spécialisé  dans les petits maîtres et la peinture dite « pompier », organisa une exposition « encyclopedorganique » – intitulée avec sobriété L’Exposition ; exposition, soit dit, à faire tourner de l’oeil plus d’un bourgeois et même d’un carabin. Ce soir là, le professeur Cornélius Coriolis – surnommé « le Sâr à la française  »- y démontra, oh stupeur, que l’on pouvait remplacer  un instant un coeur humain par une pomme empoisonnée ; et que, durant l’expérience, la jolie « volontaire » pouvait encore fredonner à l’occasion et  réciter  quelques poèmes délicats et néanmoins grivois : La vieille marchande d’almanachs, par exemple, une gaillardise bien troussée de Faucherand de Mont-Gaillard, dit Sieur de Mont-Gaillard. Une fois la coeur remis à sa juste place, comme par magie magique, la jolie « volontaire » était en mesure de reprendre ses broderies et ses commérages ! Les « pièces humaines »- et assez macabres au demeurant – exposées au public, aussi conquis qu’ébahis, avaient été achetées – ou volées ça et là – dans les réserves vétustes de musées désuets et provinciau condamné à la fermeture.

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Ce soir là, donc, à défaut du tout-Paris, on put y croiser un autre « certain tout-Paris » : Les anarchistes des beaux quartiers, quelques taxidermistes du Museum, les prosecteurs de l’école de médecine, Le prince Zalewski,  le neveu de Robert Houdin, Le prince Youssoupov (l’assassin de Raspoutine), des curieux zélés, des Russes blancs en goguette, un couple princier d’extrême Orient spécialisé dans la photographie savante, Bénédict Masson (le relieur d’art de l’Île saint Louis qui devait être guillotiné quelques années plus tard pour des meurtres atroces qu’il n’avait pas commis), l’historien François Régulus-Deslunes, Rodolphe Trouilloux et Jules Dommage (voir documents), quelques noceurs du Cabaret du néant, quelques comédiens du Théâtre du Grand Gignol et les étranges tireurs de cartes du « Cercle Ésotérique Oswald Wirth ». L’assemblée était à la fois bigarrée, savante et joyeuse. Erik, alias, le si tristement célèbre « fantôme de l’opéra », que devait immortaliser Gaston Leroux dans son célèbre roman, aurait été présent que nul ne s’en serait étonné. Peut-être, du reste, était-il présent ; allez savoir avec les fantômes !

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Après les explications scientifiques, les conversations badines et les expériences ésotériques défiant l’imagination, les invités se lâchèrent un peu : Ils burent à même les tonneaux et firent ripaille des viandes froides. Certains, les plus curieux, allèrent jusqu’à ouvrir les vitrines pour, au plus près, « tater la marchandise ». Puis, dit-on, certains « boucs-en-train » invitèrent les empaillés, les écorchés et les femmes de vertus minuscules à danser force polkas et mazurkas endiablées. D’après, Firmin Félix, présent à la grande noce, un jeune reporter de L’Excentrique, un journal qui donnait dans le sensationnel, « La soirée extravagante et savante fit grand bruit et l’on ne s’ennuya guère ! » Durant toute la nuit ou presque, les singuliers convives achetèrent tant et tant que le marchand Augustin Corvet se fit la promesse de ne plus jamais vendre de peinture, qu’elle fut vanités ou trompe l’oeil. En collectionneur, et en presque « artiste », il venait de trouver sa voie… Il devait rapidement ouvrir un étonnant et itinérant musées des horreurs qu’il déplaçait à sa guise sur les routes de France. Toutefois, comme toutes les histoires, ceci est une autre histoire.

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N. B. Au centre, les historiens et les spécialises du « Paris macabre » reconnaitront sans peine, catalogue à la main, Rodolphe Trouilloux (1), celèbre collectionneur malfaisant de « petites » demoiselles, vivantes ou empaillées ». La Femme à barbe au dernier plan – ou plus exactement son buste – n’est autre que la célèbre Hélène Martinet dit la « comtessa cocotte », qui fut à la fois chanteuse à l’opéra comique – c’est en tout cas ce qu’elle se plaisait à raconter –, gourgandine à toute heure, artiste peintre de jolie renommée, spécialisée dans les portrait dit « de maladies de peau », et gargottière  à Bercy le reste du temps.

Dans l’image première, l’homme à la cravate rouge, à gauche du squelette, est Jules Dommage, chirurgien réputé qui possédait, dit-on une collection de plus de trois cents mains emprisonnées dans le formol. Le jeune homme portant casquette rouge est son assistant et fit souvent parler de lui, en mal, il s’entend. Surnommé Le petit Jaunet à cause de sa livrée couleur canari qu’il ne quittait jamais, il fut soupçonnés plusieur fois d’être le pourvoyeur de nombreuses mains qui, dit-on, n’avait pas perdu l’usage de leurs doigts. Mais vous connaissez les rumeurs et les vilaines langues.

Nicolas de Lemonial (Arrière petit-fils de Nicolas de Lemonial, 1733-1796, le célèbre collectionneur de farfadet), ami de Cornélius Coriolis, que l’on reconnait dans la première image à gauche, était le directeur des éditions du Gouffre. Il fut souvent confondu avec Félix Fénéon, l’anarchiste et célèbre critique picturale. Ledit soir, Il s’offrit, à défaut de couleuvre, le buste d’un célèbre avaleur de sabres.

(1) – Rodolphe Trouilloux (1887 -1922) fut clerc de notaire, puis avocat avant de monter une agence de détective dont le slogan publicitaire était : « Avec Trouilloux, la peur n’est jamais là, mais le résultat est au rendez-vous. » Il dut fermer son agence à la suite de la disparition inélucidée de plusieur de ses clients. On retrouva son corps dans la Bièvre alors qu’il était, d’après ses proches, en train de mettre la dernière main à ses mémoire. Mémoires qui du reste ne furent jamais retrouvées. Il est aussi l’auteur d’un rare Traité de la délation (éditions Cortex Frères) que l’on voit très rarement passer dans les salles des ventes.

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A défaut de couleuvres…

2 commentaires sur “L’EXPOSITION ENCYCLOPÉDORGANIQUE

  1. denise miège-simansky dit :

    j’y étais sous forme d’araignée mais on me distingue mal ici

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  2. Paterne Germain dit :

    Après la publication sur le site du respectable Eric Poindron, de révélations sur le comportement ahurissant et scandaleux d’un mien ancêtre : Rodolphe Trouilloux, j’ai convoqué un conseil de famille dans mon cabinet de curiosités. Pour rétablir toute la vérité, même si elle n’est pas entièrement bonne à dire, Raymonde, Arsène, Ludivine, Anselme Trouilloux et moi-même (qui ne suis pourtant qu’un cousin bien éloigné) avons décidé de révéler à la face du monde, grâce à de précieuses archives toujours inédites, le comportement étrange et souvent indigne de Eric Moindron, persécuteur de notre ancêtre mais néanmoins inventeur de talent…….pour la suite :

    http://parissecretetinsolite.unblog.fr/2008/12/05/tel-quil-fut-eric-moindron-persecuteur-de-mon-ancetre/

    Cher Ami, le saviez-vous ? vous avez un comportement étrange et souvent indigne. Perséverez, je vous en prie.
    Merci et cordialement.
    Germain.

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