ACCUMONCELLEMENT

« Le cabinet de curiosités d’Eric Poindron », vu par l’écrivain Georges Flipo

 J’ai eu une grand-mère dont la maison était si grande que je n’ai jamais pu la visiter. En fait, elle n’était peut-être pas si grande, ce sont mes souvenirs d’enfance qui doivent me jouer des tours, mais la circulation en était d’une extrême complexité. Je reste convaincu que l’architecte avait construit des plans dont la seule vocation était de perdre à jamais, dans ses escaliers à double révolution, ses triples portes et couloirs inutiles, tout cambrioleur imprudent. Plusieurs d’entre eux ont traîné pendant des années entre ces murs, gémissant le jour et hurlant la nuit, implorant le pardon. Mais les consignes étaient claires « Ils ont été assez malins pour entrer, qu’ils soient assez malins pour sortir ».

On rôdait de chambre en chambre, inquiet de rencontrer leurs fantômes. Chaque pièce avait son odeur, son mobilier étrange : senteurs d’encens et meubles chinois, vitraux arts déco et commodes empire, parfums de pommes d’hiver et mobilier provençal, je ne sais plus si c’est mon imagination qui a recréé tout ça. Ce que je sais, c’est que ce passé-là me remonte à la tête, en grandes bouffées poussiéreuses, quand je me promène chez Eric Poindron, dans son cabinet de curiosités.

Old-Books-and-Globe copie

N’allez pas le visiter, partez vous y perdre, c’est bien plus amusant. Il y a dans ce blog un délicieux dandysme négligemment entretenu, une esthétique de la vieille chose qui surprend. On se croit à la déballe des puces, à la prime aurore, quand les marchands ne savent pas plus que leurs visiteurs ce qu’ils vont sortir du coffre. On tombe sur des questionnaires auxquels personne ne répond, sur des rubriques à brac, sur des chroniques feuilletons dont chaque épisode semble trimestriel, sur de soudains coups de cœur que le passant est invité à partager (c’est ainsi que nous nous sommes connus, nous avons tous deux la même passion pour l’irremplaçable Jeeves de P.G. Wodehouse), sur des listes de liens classés selon des codes indécryptables, menant vers des sites qui paraissent soudain maléfiques. On clique au hasard, pas trop fort, pour ne pas faire voler la poussière, on se faufile entre des collections d’objets anciens qui n’ont en commun que leur absence de point commun. On se dit qu’il se fait tard, qu’il serait temps de rentrer, qu’on a son propre blog à nourrir. Mais l’on reste.

Pourquoi ? J’ai fini par en comprendre la raison : je visite ce blog comme je fouinais chez ma grand-mère, j’ai et j’avais la certitude qu’un tel accumoncellement doit forcément cacher quelque chose : un trésor.

Si vous en sortez vivant, revenez ici nous dire ce que vous avez pensé de la visite. Si vous avez trouvé le trésor, n’en parlez pas, ne laissez aucun indice, il faut que chacun le trouve tout seul. Et, bien entendu, défense de l’emporter.

1005447_276510469153790_1979276853_n Georges Flipo est venu à l’écriture presque par hasard après une carrière « linéaire » dans la publicité. « Tout est allé très lentement, puis soudain très vite », explique-t-il, l’air surpris de son succès. Il alterne nouvelles et romans, fiction et littérature policière, sans jamais se départir d’une certaine bonhomie et d’un fameux sens de l’humour… (Le Salon littéraire).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s