VIEILLE MARCHANDE D’ALMANACHS

VIEILLE MARCHANDE D’ALMANACHS

A Pierre Faucherand de Mont-Gaillard, poète grotesque & Alexandre Balthazar Laurent Grimod de La Reynière, amphitryon inspiré & auteur gourmet de L’Almanach des gourmands servant de guide dans les moyens de faire excellente chère ; par un vieil amateur

 

L’hiver succède au pâle automne
Et les belles couleurs au monotone
Sans Pain
Sans foyer
Sans Vin
Elle demande l’aumône
Au soleil elle quête un rayon
Au riche, un denier
Au roi, la paix
La vieille pie grièche
La harangueuse
Mange plus sur le pouce que sur la table
Vieille marchande d’almanachs

Hier elle perdit son mari péri
Mais n’agonisa pourtant guère
Et put
Sitôt l’enterrement
Boire et reboire à son aise
Et reboire
A hue et à dia
Elle boit
Et marche en grommelant
Cahin-caha
Elle boit comme on mange des harengs
Et vend l’almanach
Comme on vent des harengs
Insultant les arbres et les passants
Vieille marchande d’almanachs et vieux démon
Titubant.

Elle a faim à force de boire
Elle rêve d’une bécasse
Rôtie ou flambée
Et salive en songeant aux grasses cuisses de la bête
A déguster absolument avec une fourchette
« Dans la crainte de dévorer les doigts si ils ont touché la sauce. »
Elle l’a lu dans L’Almanach des gourmands
Vieille marchande de vent.

Plus de vin
Plus de vent
Alors mangeons L’Almanach des gourmands
Elle mange tout
Le papier
L’encre au fumet délicat
Et la dinde mal imprimée
En étouffant
Gourmande
Cuite comme la dinde folle
Vieille dingue
Vielle dinde de marchande

A force de sucer l’encre qui coule comme un jus
Elle mangea sa main
Sans garder l’autre pour demain
Car mieux vaut manger son pouce que la table.
Et comme l’écrit Grimot de la Reynière
Dans L’Almanach
« Le plus grand outrage que l’on puisse faire à un gourmand, c’est de l’interrompre dans l’exercice de ses mâchoires. »

Aussi elle mangea ses doigts
Puis elle mangea son bras
Et se dévora entièrement
Vieille folle de cannibale.

Le lendemain
on retrouva les almanachs
Sans la vieille
Tout tachés de jus de sang.

Moralité :
Ci-git personne
Qui se dévora
A force de trop lire
L’Almanach

* Poème gore, grotesque & auto-anthropophagique de Eric Poindron

giphy

Un commentaire sur “VIEILLE MARCHANDE D’ALMANACHS

  1. Michel Wallon dit :

    Rien de tel qu’un bon almanach accompagné d’un bon vin cuit. Ah ! L’almanach vermouth !

    J'aime

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