SINUEUX IMPROBABLE

JE VOYAGE SINUEUX IMPROBABLE

Je voyage sinueux. Improbable.
Jusqu’à Culmont, France, pays des sorcières.

Après les inséparables, les oiseaux pihis
Dont parle, il me semble, Kostrowitzky-Apollinaris
Et Victor Segalen le médecin des confins chinois
J’ai croisé les oiseaux des bois
Oui l’oiseau
Improbable ou quasi,
Avec cette crête indéfinissable et brune
Je suis presque sûr que
Quelque part, Reverdy
Le poète ami et simple
Les a rencontrés
Les oiseaux et mes songes.

J’ai vu l’animal derrière ce vitrail d’une église de province.
Des silences, des gris
Et des ombres discrètes
Le vitrail d’un maître Gérard
Petit animal que je surnomme Garamond
Et pour lui rendre hommage
A défaut de le « baptiser » Saint Thomas
J’écris de cette façon.
Classique ou qu’import

Et l’oiseau m’a chuchoté
« les hommes naissent libres et égaux de rêver
Et de s’aventurer ».

Alors j’ai dessiné les ailes de l’oiseau qui parle
Et les noms inscrits
Mes morts à chérir,
Mes petites croix
Mes copains d’autrefois
Celui-là et celui-là.
« L’Ardeur »
Chany le berger
Les décédés à cause de celle qui rôde.
Et moi vivant
Qui rameute la cohorte des souvenirs
A défaut de pleurer.
Me voilà sans eux
– sans ailes –
A exhiber leur mémoire
et leurs faits d’âmes.
Je me souviens toutefois que l’un d’eux faisait pousser des tomates sur son toit
Et qu’elles grandissaient jusque à cathédrale
Le bonhomme soudait comme pas deux
Chantait comme un enfant
Et buvait les chopes
et les autres jusqu’à l’infini.

Et son fils
Ses fils
C’étaient mes frères.
En veux-tu encore de la pute au milieu du bois
ou du Reggiani….

« C’est notre bon copain », a dit Hemingway,
le « vieux », à l’oiseau,
Celui qui se souvient de tous ses camarades de courses
Et peut-être des vents de la pampa.

J’ai dit à l’oiseau que j’avais tenté d’étudier la métaphysique
Et qu’à, chaque fois, le bonheur m’avait interrompu.
Comme l’oiseau, et comme le vieux,
J’étais né dans une ferme argentine
Ou à Londres
Ou à trente ans
Entre misère et nostalgie
Et m’étais mis à écrire.

Alors ils sont revenus les comparses
Le chaman d’antan
Le tchoutchke d’Ouelen
Le singe du pont neuf
Le tailleur d’ardoise,
La femme élégante qui buvait des whiskys allégés avant de se parfumer
Le Gainsbourg des beaux quartiers
Et l’étudiant des Beaux-Arts.
J’étais la guigne avec ma mémoire,
Le chef d’orchestre des fantômes
De quelques vagues qu’ils s’agissent.
Presque la fin des aventures.
Le gardien mortifère des télégrammes.
J’aimerais que ce télégramme…
La rue de Verneuil est remplie de taches qui s’effacent…

« Ne me demande pas pourquoi, je suis vivant quand tu écris»,
A dit l’oiseau avant de s’envoler.
Singulière et lumineuse Journée
Ai-j’ai pensé.

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