HISTOIRE D’EAU

Puisque la météo fait sa vilaine et que la coupe est pleine, j’ai déniché un nouveau livre rare qui vous permettra de « canoter » en restant au sec. Un éditeur contemporain, LE CANOTIER, spécialisé dans le canotage, proposant force titre alléchant et, notemment, le Voyage-exploration d’un artiste graveur sur l’Arroux en 1866. Les lettrés, les curieux et les frileux n’auront donc plus de raison de ne pas se jeter à l’eau…

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Jean Fabre, L’homme qui écrit sur l’eau  

Exploration de l’Arroux. Voyage en pirogue. Eaux-fortes, de Philip Gilbert Hamerton (Paris, Cadart & Luquet, éditeurs, avec 36 eaux-fortes)

Une société de canotiers s’est récemment formée en Angleterre, & le but de ses membres est de se faire part mutuellement de leurs voyages. Chaque membre du club possède une petite embarcation, extrèmement lgère, & ne portant qu’une seule personne, qi ui la gouverne à l’aided’une pagaye… Dans leurs pirogues, les membres du Canoe-club ont déjà exploré d’immenses longueurs de rivière. Un cours d’eau parfaitement inconnu, & et offrant des difficultés imprévues, a pour eux un charme particulier. L’Arroux, qui passe par Autun & se jette dans la Loire à Digoin, possédait, il y a un an tout ce qui pouvait attirer un membre du Canoe-Club. Personne ne l’avait encore descendu en bateau ; ses paysages étaient charmants & ses rives pleines d’un intérêt historique & légendaire. Descendre l’Arrroux était bien réellement une exploration, & un aqua-fortiste ne pouvait se dispenser d’ajouter à son mince bagage de canotier une boîte de cuivre vernis. Le résultat du voyage est aujourd’hui offert au public, & dédié par l’auteur à ses confrères du Canoe-Club. Je n’ai pas la prétention de savoir dessiner la figure, & les conseils de mon ami Marilier ont seuls pu donner quelque valeur à mes personnages. Je tiens à le remercier ici. P.G.H. » (estrait de la préface).

La postérité retient de Philip Gilbert Hamerton qu’il fut critique d’art et salue The Portfolio, an artistical periodical comme étant un ouvrage de vulgarisation et de référence de la fin du XIXème siècle. Pourtant, Hamerton aura beaucoup entrepris, et dans bien des domaines. Orphelin de mère à la naissance, élevé par une tante toute de douceur et d’ambition, il fait des études pas si classiques où le français et les arts d’agrément trouvent place. Son début d’âge d’homme le voit errer de Paris à l’Ecosse où il tombe sous le charme absolu du Loch Awe. Un recueil de poèmes invendu ruinera ses premiers espoirs littéraires, mais c’est pourtant avec  A painter’s camp  (1862) qu’il va acquérir une notoriété durable dans le monde des arts et lettres britanniques. Il épouse une Française, fille d’un ancien député bourguignon, et après une tentative difficile de vivre sur le Loch Awe, le couple décide de venir s’installer en France. C’est près d’Autun qu’ils s’installeront en 1863. Trente années en Morvan le verront multiplier les ouvrages d’art dont Etching and etchers en 1868 et sa revue The Portfolio, mais aussi des romans, des essais, des critiques, des articles dans les « magazines », des récits de voyage… S’y ajoutent quelques ouvrages sur la vie et les moeurs en Morvan et en France, mis en parallèle avec la société anglo-saxonne. Son public est probablement plus américain que britannique ; notons, pour l’anecdote, que le Président Woodrow Wilson fut – ultérieurement – un de ses plus fervents admirateurs. Il entretint avec Robert-Louis Stevenson une correpondance suivie – on peut d’ailleurs rapprocher les deux auteurs en mentionnant le merveilleux texte de Stenvenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes, quasi contemporain (1878) de celui d’Hamerton. Hamerton démultiplia sa vie d’auteur avec celle d’un dessinateur de la nature et d’un graveur. Mais c’est aussi un amoureux de l’eau et un inventeur. Créer, construire, naviguer, sont les délassements qui rassurent son psychisme fragile. Il devient un spécialiste des catamarans, fournissant la revue « Le yacht » de mille informations. Du Loch Awe à la Saône, il se fait ingénieur maritime et expérimente nombre de voiliers dont il a conçu les plans. Au fond du jardin de sa maison coule le Ternin, ruisseau affluent de l’Arroux, rivière se jetant dans la Loire. Et voilà Hamerton constructeur de « panières » à naviguer. Novateur de la voile, il est aussi pionnier du « canoé » d’eau vive. Son esprit fertile fait naître le canot en lanières de papier encollé, très fin, très plat, qui permet de se faufiler sur le moindre petit cours d’eau et donc le Ternin. C’est ainsi, après « a river voyage in a basket » que naît le projet de « The unknown river » : descendre l’Arroux sur tout son cours, et s’arrêter pour graver quelques-uns des maillons de « ce long collier aux reflets enchanteurs ». Il emportera plusieurs dizaines de plaques de cuivre qu’il gravera, à toute heure et par tout temps. Après la parution d’une première version, A canoe voyage dans laFortnightly review en février 1867, il envisagera de reprendre son périple pour de nouvelles gravures, plus grandes, plus travaillées. Aucune illustration n’accompagnait ce qui, plus qu’une véritable relation, est une somme d’impressions et d’anecdotes. Une sélection de trente-six gravures fut éditée la même années dans un portfolio, mais Hamerton n’était pas satisfait de sa prose et pensait que certaines eaux-fortes auraient mérité plus de travail, et le portfolio ne fut vraisemblablement jamais distribué. Il publia en 1869 la nouvelle version de son récit dans la revue d’art quil venait de lancer, The Portoflio, accompagné des 36 illustrations originales. Le travail sur les nouvelles gravures fut entamé à l’été 1870, mais aussitôt interrompu par la guerre. La folie de « l’espionnite » qui envahit la France à la veille de la guerre contre la Prusse le dissuadera d’aller plus loin. Les gravures originales seront gardées, telle quelles, en 1871 dans l’édition définitive de The unknown river. Avec une variante, toutefois : l’une des planches ici présente (la rencontre avec les enfants) ne fut jamais édité, ni dans l’édition de 1869, ni dans celle de 1871. Elle permet surtout de mettre un nom sur  » l’aide dessinateur  » de Hamerton, un certain Marilier, qui signe chacune des planches, dans l’édition du portfolio ici présenté, où figure un personnage.

Comme le souligne Hamerton dans la préface des livraisons : « Je n’ai pas la prétention de savoir dessiner la figure, & les conseils de mon ami Marilier ont seuls pu donner quelque valeur à mes personnages. Je tiens à le remercier ici. P.G.H. »

Cette préface n’a jamais été reprise dans les éditions de 1869 et 1871 et ce texte restait tout simplement inconnu. Cet exemplaire est celui offert par Hamerton à son complice, ce qui renforce la thèse d’une distribution sinon quasi-confidentielle, du moins très restreinte. Exemplaire apparemment unique à ce jour ; aucun exemplaire de ce tirage et sous cette forme n’est recensé, après de longues et vaines recherches, dans les bibliothèques françaises, anglaises ou américaines. Il est plus que probable que la diffusion du recueil n’eut jamais lieu, sans doute pour des questions de coût ou par le souci de perfection d’Hamerton, qui souhaitait reprendre ses illustrations.

La première édition française du texte est toute récente : elle est l’oeuvre de Daniel Margottat (Philip Gilbert Hamerton, La Rivière inconnue, Limoges, éditions du canotier, 2006).  Ce recueil de 1867 lui était – outre la citation qu’il en fait – parfaitement inconnu et, à vrai dire, faisait figure de merle blanc (*).

(*) – En bibliophilie, un merle blanc est un ouvrage qui existe mais que les bibliophiles n’on jamais vu. Ils peuvent parfois le rechercher jusqu’à l’obssession (note du gardien).

Voyage-exploration d’un artiste graveur sur l’Arroux en 1866 de Philip Gilbert Hamerton, traduction Daniel Margottat, éditions Le canotier

Philip Gilbert Hamerton, artiste et critique d’art anglais, s’installe en 1863 près d’Autun. Curieux de tout et passionné de navigation, il entreprend en 1866 de descendre l’Arroux jusqu’à la Loire avec un petit canot à pagaie double. Il est le premier à effectuer ce parcours.
La rivière inconnue rapporte les péripéties de son itinéraire nautique. Lorsqu’il est seul à bord, Hamerton s’enthousiasme pour les paysages que la rivière dévoile au fur et à mesure, pour l¹histoire de la vallée et pour les charmes de cette navigation hasardeuse. À terre, il observe les usages des riverains : les meuniers, les aubergistes, et bien d’autres personnages hauts en couleurs.
Tout au long du trajet, il tient son journal et réalise une série d’eaux-fortes. À chaque occasion, il s’arrête et grave ses plaques de cuivre. Son voyage est celui d’un artiste.
Les deux versions que hamerton a publiées de son texte sont rassemblées dans ce livre (la première, Un voyage en canot, a été traduite ici par Louis Pillon). Mais, d’une version à l’autre, les anecdotes ne sont pas toujours reprises, ni les descriptions. Ainsi, au fil des lectures, la vallée de l’Arroux se dévoile par petites touches, se remettant à peine d’une inondation catastrophique et juste avant que la guerre de 1870 n’éclate.
Mais la rivière inconnue est aussi un étonnant récit d’aventure lorsqu’il est question de rapides ou de naufrages. Parce que Hamerton est un pionnier du canotage ; toujours il imagine et expérimente dans ce sport balbutiant.
De façon surprenante, ce témoignage unique, merveilleusement éclairé par ses trente-sept gravures, était resté – presque  – inédit en français.

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2 commentaires sur “HISTOIRE D’EAU

  1. Francesca dit :

    M’étant fait jadis quelques frayeurs en canoé, ce livre m’allèche mais je crains pour mes finances limitées et le trouver en bibliothèque doit être impossible (BNF peut-être ?).

    J'aime

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