VÉLOCIPEDIQUES & COQUECIGRUES

Cette fois-ci, nous pouvons être sûrs que le bon temps va revenir : la semaine dernière j’ai vu repasser les grues et j’ai rencontré des vélocipèdes sur les routes.
Pour les grues, c’est chaque année la même chose. Mais pour les vélocipèdes, il y en a toujours davantage ; c’est étonnant ce que cette clique pullule de tous côtés. C’est encore pire que les lapins !
Heureusement qu’elle ne fait pas autant de tort aux habitants de la campagne. Maintenant, en été, par les beaux jours, si vous faites un tour, vous rencontrez à tous moments des hommes à roulettes. Les routes en sont couvertes et, à l’instant où vous entendez l’alouette chanter en s’élevant, c’est soudain derrière vous des « tutûtes » (*),  » tutûtes, qui vous font sursauter ; et, comme la foudre, c’est un homme à roulettes qui passe à vos côtés.
Je ne veux pas de mal aux vélocipèdes, bien loin de là. Mais cela me fait de la peine de les voir gâter le paysage.
Avant l’invention de ces mécaniques-là, les campagnes, le dimanche, étaient endormies au soleil ; on n’entendait que les oiseaux et les ruisseaux.
Comme il faisait bon se promener alors, un livre à la main ou une bonne amie à son bras !
Pour se reposer, on entrait boire du lait dans la première ferme venue. C’était bien meilleur que le verre de bock qu’on trouve dans toutes les maisons des villages depuis qu’il passe des vélocipèdes ; les paysans savent bien que le bock est le lait des hommes à roulettes !
Oh oui ! ils gâtent la campagne, car ils ont fait changer jusqu’aux enseignes des cabarets : on n’y lit plus, à présent, que des « Repos des cyclistes » ou bien « Aux vélocipédistes ».

6HsurLpElle est bien au diable, allez, la vieille branche de sapin pendue au dessus de la porte et qui jadis servait d’enseigne aux cabarets. Mais laissons-là les hommes à roulettes, car je commencerais à en dire du mal…

Parlons d’autre chose.

(*) – Les « tutûtes », sont un peu l’équivalent des « gling-gling » ; tout dépend des sonnettes (Note du gardien).

 Message du 30 Mars 1895, par Jean-François Rekin

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