TRÉPAS À PAS

Baudelaire avait une obsessionnelle et sainte peur de ne jamais mourir et de connaître le désespoir suprême jusqu’à la nuit des temps ; en écho conceptuel, Jean Starobinski imagina la notion d ‘« immortalité mélancolique » , où quand le spleen, porté à son comble, sait ou croit savoir que la mort n’y changera décidément jamais rien.

Il n’y a guère, Isaac Bashevis Singer, l’écrivain qui conversait avec les fantômes, dit un jour à l’immense critique Edmund Wilson qu’il croyait en l’existence d’une forme de survie après la mort. Wilson, sceptique et définitif répondit que la survie ne l’intéressait guère. Non, non, ça suffit comme ça, merci. Singer rétorqua, définitif à son tour : « Si une survie a été prévue, vous n’aurez pas le choix de toute façon… »

A partir de 1858, après avoir perdu son épouse, l’écrivain Irlandais Sheridan Le Fanu se retire du monde et se réfugie, inconsolable, dans sa vaste demeure de Dublin.
Il va désormains se consacrer entièrement, uniquement, à l’écriture. Il s’approche de plus en plus en plus près du précipice des Créatures du miroir et de son côté « autre ». Le Fanu devient un écrivain de la nuit et du double. Son univers se peuple de fantômes et d’étrange personnages appartenant à « l’autre monde ». Il écrit le plus souvent de minuit aux premières lueurs de l’aube, assis dans son lit, un cahier ouvert sur les genoux, à la lueur de deux bougies allumées sur sa table de chevet. Et il ne s’endort qu’avec l’angoisse de retrouver les cauchemars qui le hantent ou les écrits abominables qu’il vient d’imaginer.
Dans L’Auberge du Dragon volant, Le Fanu faire dire à son protagoniste : « il me semble seulement qu’au fur et à mesure que nous avançons dans la vie, ce sont nos illusions qui changent ; mais nous restons toujours les mêmes fous. »

Les chats observent les présences invisibles, mais ne disent mot, quand nous manquons de clairvoyance.

Et si les fantômes n’étaient pas les autres, mais plutôt ceux qui restent ; même si nous l’ignorons ; ou faisons mine de l’ignorer.
Oui, là est la véritable question…

« Que dis-tu des fantômes ?
– Regarde, les voilà qui viennent. »
Charles Nodier, « Smara ».

Ou en êtes-vous ; ou en sommes-nous ?

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