LE GRAND JEU C’EST NOUS

 

À Thomas de Coincé, aux Péris en mer,  Saint-Pol-Roux,  Gilles Lapouge, lauréat du Prix Caillois, à Reza Afchar Naderi, le mage d’Orient qui est venu à Reims sur les traces de Sadegh Hedayat le poète qui était sur les traces du grand jeu. Et à Pierre Minet, de la première équipe, mon presque voisin.

« Faire le grand jeu » : Expression aventureuse. Y aller tout de go. Foncer et traverser les murs. Voir à travers les murs. Passer outre les murailles de chine et de Navarre. Être un voyant. Se prendre pour une gargouille de cathédrale ou pour Gérard de Nerval le Nyctalope. Dictionnaire des expressions liées à l’imaginaire, éditions de la Salamandre 
Reims La blanche, Décembre
« Et surtout, je ne dors plus la nuit. Toujours couché je sommeille par bribe. Jamais complètement en veille ou en sommeil. Et comme j’ai souvent la fièvre mes nombreux rêves ne se séparent plus guère les uns des autres et mes journée de veille conservent leurs atmosphères et les livresque je lis aussi et le goût des excellentes cigarettes que je fume. »

Chut,
ne me réveillez pas,
je suis à mon bureau,
occupé à lire la Correspondance de Roger Gilbert – Monsieur – Lecomte.
Dans mon dos, Chagall imagine un vitrail.
Dans un fauteuil,  René Daumal s’est assoupi,
tandis que mes amis boivent du vin hors d’âge.
Ils récitent à haute voix.
Ils se prennent pour des poètes.
Moi je n’écris pas, c’est le stylonoir qui s’en charge.
Visite des lieux

le voyant Roger Gilbert-Lecomte chuchote

« Il n’empêche que les lueurs de nos voyants suffisent à indiquer la seule voie qui pourrait sauver l’humanité de son abjection sans bornes. »

Nous sommes les enfants du Grand jeu,
nous avons arpenté la ville,
trempé nos âmes dans le canal et agrandi le monde.
Le grand je, c’est nous.

Eux, ils étaient plusieurs
– René D, Roger & Roger, et Robert, et Pierre, et les autres –
et nous aussi.
Ils étaient poètes et nous aussi.
À Reims.
Dans la ville des sacres.
La ville du Sacré.
Voilà la liste des héritiers et des éthérés.
Le grand Jeu c’est nous.
Tout le monde au spectacle,
à L’Opéra, au Palais Rémois, à la Rich Tavern, au bar de l’aquarium, au dancing des bords de Vesle.
Et le Café-sous-l’arbre, de la Comédie….

Il y a longtemps…
Nous aussi, nous nous prenons pour le Grand Jeu,
nous prenons pour des poètes.
Boulevardier des faubourg,
cynique et donc « l’œil fier comme Antisthène ».
Les voilà.
Monseigneur LubriK, Frédéric, L’olivier, et William T, l’imprimeur-éditeur de Pierre Louys et des autres érotomanes ;
et votre serviteur, Sanssous de Haute-Colline.
Nous chantons à tue-tête avenue de Laon,
et saluons la paix dans la salle de reddition
Nous sommes des chasseurs de signes.
Nous buvons des jéroboams de Morgon pour le nouvel an
et pour notre bon souper de petits garçons.
Et nous récitons La Grande Beuverie :

« Alors il n’y aura plus rien à boire et chacun criera à son dieu : « rends-moi mes vignes ! » et chaque dieu répondra : « rends-moi mon soleil ! », mais il n’y aura plus de soleils, ni de vignes, et plus moyen de s’entendre. « Des soleils et des vignes, il y en a encore. Mais sans soif, on ne fait plus de vin. Plus de vin, on ne cultive plus les vignes. Plus de vignes, les soleils s’en vont : ils ont autre chose à faire que de chauffer des terres sans buveurs, ils se diront : allons maintenant vivre pour nous. Cela, le voulez-vous ? – Non ! gronda l’auditoire. – Avez.vous soif ? – Oui ! confessa l’auditoire. – Eh bien, allons aux vignes ! Mais pour cela, il faut partir comme moi, en délaissant tous les biens de ce monde, en n’emportant que le strict nécessaire. »

La bande à Daumal/ la diaspora ardennaise
Les meneurs de revue.
L’éther et tous le (s) tremblement (s) / le bar du Cirque, quel cirque mes enfants !
Ils nous l’ont pris.
Détruit le petit bistre au cœur de la – les – promenades – ou manque des tilleuls verts, mais jamais un bock, à défaut de limonade.
Ça me manque comme ça manque à d’autre…
Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, nous y trinquions avec Nicolas de Saint-Merry et, devinez ?…
Paul Fort, Joseph Delteil, l’âne de Guingois du côté des mirabelles
et les anges qui ricanent…

Reims la blanche, la cité des stryges et des cathédrales.
La Belle Hautbois dormant,
la belle est réveillée.
Arrêtez de vous plaindre et de répéter.

Reims.
La fière et la coquine à la fois,
qui laisse les entreprenants escalader les dessus de soi et les dentelles de sa cathédrale. Philippe P. et Sylvain T. s’élèvent dans les airs.
Sur le parvis Sébastien M., alias frère Roger, attrape les fantômes-araignés qui, en haut des tours, agitent des lanternes semblables à des sémaphores d’amitiés sous les yeux incrédules de Jeanne d’Arc l’insomniaque.
Le bruit de la neige, ou presque, comme l’écrit Gilles Lapouge, de passage à Reims

Le grand Jeu c’est nous.
J’ai encore pensé à Daumal qui écrivait dans Le Mont Analogue

: « Il est vrai que pour nous, c’était difficile de ne pas être surpris à chaque minute par (…) le troupeau de licornes, que nous avions prises d’abord pour des chamois, qui bondissait sur un contrefort dénudé de l’autre versant, ou le lézard volant qui se jetait, devant nous, d’un arbre à l’autre en claquant des dents. »

J’en ai vu des licornes. /Le grand jeu c’est nous.
L’autre soir, René Daumal est descendu de sa toile
et a fichu un sacré chantier dans le musée.
Au matin, le gardien a retrouvé ses mots non signés,
griffonnés à la hâte
et à la plume sur le mur lépreux du musée :

« Le Grand Jeu ne cherche que l’essentiel »

Avec les frères-amis., sur le parvis où dansent les stryges.
La nuit est blanche et noire.
Et Noire surtout comme la neige.

Au palais du Tau, ils nous avaient promis une nuit blanche.
Les grilles sont fermées.
Le grand jeu c’est nous.
Mes amis-poètes récitent à haute voix.
Ils se prennent pour des poètes.
Moi je n’écris pas,
c’est le stylonoir qui s’en charge…

Ils sont là aussi les Nerval,
les Nezval,
les Reza
et les autres…
Et Daumal aussi
qui écrit sur les tours de cathédrales.

« Il est vrai que pour nous, c’était difficile de ne pas être surpris à chaque minute par l’écureuil bleu, l’hermine aux yeux rouges dressée comme une colonne au milieu d’une clairière d’émeraude éclaboussée d’oronges sanglantes, le troupeau de licornes, que nous avions prises d’abord pour des chamois, qui bondissait sur un contrefort dénudé de l’autre versant, ou le lézard volant qui se jetait, devant nous, d’un arbre à l’autre en claquant des dents. »

Frère Manteau fait des photos. Juché sur le cheval de Jeanne d’Arc, je récite les amis…

Et voilà la vie, la vie, la vie chér.i.e ! ah ! ah !

multicolore

[… ] n’aie pas honte de te conduire comme ces hommes que nos savants appellent des primitifs et des animistes.
Sache seulement, lorsque tu te rappelles ensuite ces moments-là, que ton dialogue avec la nature n’était que l’image, hors de toi, d’un dialogue qui se faisait au-dedans. 
René Daumal

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