J’AI DANSÉ AU BAL DES FANTÔMES

Par Christine Bini

Cinq saisons et un jour : de l’automne à l’automne suivant inclus, et de 23 heures à plus, Eric Poindron embrasse sous la forme poétique tous ses papillons et ses fantômes. Entendons par là les amis d’hier et d’aujourd’hui, morts ou rigolant ici et maintenant. Ayant pour points communs la littérature et l’art ; pour fraternité un rien, ou un tout, de brindezinguerie ou de vraie folie, un fort penchant pour le fantastique et les mondes cachés à dévoiler ; et pour convergence la région du champagne. Car Poindron amène à lui, et chez lui, tous ses copains. Ses camarades. Ils sont tous là : de Gourio qui signe la préface à Griette et Lapouge, en passant par Caillois, Massin, Jarry, Cabral, Pessoa et tant d’autres.

A ces copains-là, Eric Poindron fait un signe d’amitié littéraire et tendre. Il faut dire aux gens qu’on les aime, et au-delà des siècles, et au-delà des civilisations aussi. Un écrivain se bâtit sur le dos des textes des autres, et son territoire est d’autant plus vaste que vaste est sa bibliothèque, physique ou mentale. La bibliothèque d’un écrivain, c’est son carnet d’adresses. Pour Poindron, c’est un carnet de bal, car il a le sens de la fête, et du partage. Les artistes convoqués dans ce recueil ne forment pas à proprement parler une « ronde », ce qui aurait rendu l’ensemble apprêté, et peut-être égocentrique. Poindron ne se met point au centre de l’assemblée, même si le « je » est omniprésent. Le terme de « bal » est tout à fait approprié pour cet ensemble d’une douce alacrité, ou les figures dessinées par les danseurs-écrivains-poètes-artistes sont autonomes, formant un tout dont l’harmonie repose, justement, sur la juxtaposition des différences.

Pourtant, ils ont tous quelque chose en commun, les invités du bal : ils appartiennent à la confrérie des rêveurs et des voyageurs de commettes, des mauvais-genres et des empêcheurs de penser en rond. Poindron donne, dans ce recueil, la définition contraire du panthéon. Définition en creux, bien entendu. Les vivants et les morts sont conviés à la fête, sans pompe, en toute complicité.

C’est peu dire que je me suis sentie à l’aise dans ce bal de fantômes. Y retrouver Marcel Béalu, Jean-Henri Fabre et Antonio Machado m’a émue, comme une surprise de happy few. Mais le plus émouvant pour moi, sans doute, reste l’évocation que Poindron fait de Nerval, et l’hommage au nageur que fut Lord Byron :

« Lord Byron était boiteux
Pied difforme et pied-bot
Lord Byron adorait la natation
Lord Byron était poète
La natation fut sa plus grande poésie »

Eric Poindron, Comme un bal de fantômes, éd. Le Castor Astral, coll. « Curiosa & cætera », 1er juin 2017, 256 pages.

Christine Bini est essayiste et chroniqueuse littéraire -La Règle de Jeu.
Ecrivain de fiction sous le nom de Christine Balbo.
Elle anime le blog LA LECTRICE À L’OEUVRE à découvrir en CLIQUANT ICI

 

 

 

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