INVENTAIRE À LA GRENIER



Il y a une odeur d’autrefois dans le grenier. Et un poème de Pierre Reverdy.

Le grenier est un secret. Qui craque. Qui parle à voix basse. Qui y met encore les pieds ?
Il y a le dé à jouer, soudé et fabriqué par mon père. Ses compas de marine, une lampe creuse avec des poissons.
La gravure d’une ancienne abbaye – XVIIe siècle –, des malles, plusieurs malles, et un carillon en mauvais état.
Et des « Contrerimes », comme un poème de Paul-Jean Toulet.
Il y a aussi les cartes d’état-major de la forêt et de l’enfance ; et une gondole miniature qui fait encore de la lumière. Et le couteau à « enter » de mon grand-père ; l’archet et le moulinet de l’autre grand-père. Et un poème de René Guy Cadou.
Il y aussi tous ces vieux fers à repasser, qui servent de serre-livres pour qui le sait. Il y a cette horloge de table Ingrham Electric endormie à tout jamais. Et les mots précieux de Valéry Larbaud.
Et ce caméléon empaillé, et tous ces trois-mâts gigantesques.
Et le verbe en couleur de Saint-Pol-Roux.
Un train rouillé et un sémaphore. Et un poème de Blaise Cendrars.
Et des paquets de photos où des fantômes posent devant la grande maison blanche et dominicale.
Et quelques numéros de la revue presque surréaliste belge Phantomas.
Un cadre avec un beffroi, aussi, et des plumes de paon.
Il y a des odeurs de conversations et de secrets, des encres gelées et un sablier. Et les nostalgies émerveillée et précieuses d’André Hardellet.
La pleine lune apparaît au milieu des nuages bleus et roses quand les couleurs n’ont plus d’heures.
Ça scintille en noir et blanc, même dans les eaux de nuit, et de peine de lointain.
Nous ne voyons rien et pourtant nous regardons, la rage au large. Nous rêvons comme on contemple.



Cette entrée a été publiée dans POÉSIE.

Un commentaire sur “INVENTAIRE À LA GRENIER

  1. daniel maja dit :

    Je pensais à toi hier, sortant tout ébouriffé des deux tomes de « lignes de fuite » livre autobiographique de mon professeur à Estienne, Albert Flocon, ami de Bachelard, ex du Bauhaus de Dessau, prof de perspective aux Beaux-Arts de Paris qui a ressuscité la perspective curviligne, mathematicien, bibliomane et phile, graveur, peintre… un humaniste de la Renaissance, curieux de tout.. Merci pour ce bel inventaire

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