NEIGE DE LÀ-BAS

 

A Isla Louise, Illusionniste & ambassadrice des carrosses

 

 

Un soir d’hiver

A l’époque où les hivers existaient

L’enfant Marc Chagall s’est mis à lire

À haute voix

Ses Mémoires à venir

Dans un estaminet famélique de Vitebsk

Puis un violoniste est monté sur le toit dudit estaminet

Et s’est mis à faire danser les flocons de neige

[…]
Puis presque flocon à son tour

Le violoniste s’est envolé

L’enfant Chagall

L’a observé

Rapetisser

Puis disparaitre

Etonné

Ou à peine
Devant la soupe familiale

L’enfant Marc

A dit à sa mère

Maman je voudrais être peintre.

Tu le vois, maman, je suis un homme comme les autres

*

 

À force de « trop » peindre

Il se mit presque à croire à son talent

Ce n’était pas tant la peinture qui le fascinait

Mais ce qu’elle cachait

Derrière ses intentions

La couche invisible

Inavouée

Entre la toile et les pigments

Il aimait cette idée

Que l’artiste abuse de ses émotions et leurre son regard

Ce que cache le « repentir du peintre » est l’enfance du peintre
Le « repentir » est un fantôme qui ne s’ignore pas

 

EXOPOÈME

 

 

Pour Nina Gealach

– Qu’est-ce que tu fais là ?
– Comme toi, je voyage et j’encourage les étoiles, aussi.

Nina Kepler-47 c.
Nina-no de Kepler-452 b
exopoème

Demande-leur si on peut aller là-bas
24 étoiles par seconde
Cosmos à peine
Une lanterne musicale
Des étoiles qui chantent

Nina-no de Kepler-452 b
Calibre Kaliban

Mysterium Cosmographicum
La musique tourne
tourne
tourne dans l’inconnu(e)
Charles-Valentin Alkan, Marche funèbre pour la mort d’un perroquet.

Nina Kepler-47 c.
Kairaban l’entêté
Bosphore et voie lactée

Parce que la nuit
veilleuse élégante & nullement chagrine.
adoucit
aussi
le chuchotements des étoiles
en une petite musique de chambre
Nocturne Derviche
Comme le vent à l’âme
Ou le regard de l’autre

Nina-no de Kepler-452 b
Compas & planisphère

Quand il neige, levez le nez,
tandis que Kepler le savant s’agite
En poétiques expériences sexangulaires
Et souriez mon étoile
Incandescente
Incandescendante

A l’univers tout entier

Nina Kepler-47 c.
Fée-folle et feu(e)

Là-Bas
Tout là-haut
Quand les étoiles
S’imaginent
sans alignement
Kaléidoscopiques

Nina-no de Kepler-452 b
Exopoème

Croyez aux étoiles
Folles et légères
Chantonnez leur murmures
qu’elles vous soient bienveillantes

Collectionnez les astres Aux allures de petits chemins
croyez en vos justes et impudiques étoiles
et si vous croyez à une étoile
qui n’existe pas
cherchez-la
c’est la bonne

 

L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE D’ÉRIC POINDRON

 

Florence Trocmé est la présidente de la commission poésie du Centre national du livre.

Poezibao, le journal permanent de la poésie conçu et réalisé par Florence Trocmé. Un almanach poétique, l’actualité de la poésie, des portraits, des notes de lecture, des interviews, des comptes rendus d’évènements…

CURIOSA & CAETERA

 

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AUX ÉDITIONS LE RÉALGAR

 

 

Lettre ouverte aux fantômes… d’Eric Poindron

Aucun amateur de fiction ne résiste aux fantômes. Ils sont là, qu’ils existent ou n’existent pas. C’est cette idée – cette évidence – qu’Eric Poindron développe dans sa lettre ouverte.

Le long titre de son texte expose exactement son projet : les fantômes croisés ici sont familiers (les siens, les nôtres), universels (les leurs) et peut-être imaginaires (leurres). C’est sans doute dans l’Angleterre victorienne qu’ils se sont le plus évidemment manifestés, et notamment en littérature. Fantômes chez Chesterton, chez Lewis Caroll, et aussi chez Dickens, qui fait naître son David Copperfield un vendredi soir.

« Vu le jour et l’heure de ma naissance, la garde de ma mère et quelques commères du voisinage […] déclarèrent : 1° que j’étais destiné à être malheureux dans cette vie ; 2° que j’aurai le privilège de voir des fantômes et des esprits. Tout enfant de l’un ou l’autre sexe assez malheureux pour naître un vendredi soir vers minuit possédait invariablement, disaient-elles, ce double don. »

Les fantômes de Poindron sont cocasses et réfléchis, ils apparaissent parfois contre leur volonté et ne veulent pas déranger. Faut-il avoir peur d’eux ? A-t-on jamais pensé qu’eux aussi, sans doute, avaient peur de nous ? Si les histoires de fantômes effraient, que font aux fantômes les histoires de vivants ?

Eric Poindron ne cherche pas à convaincre de l’existence des fantômes. En excellent connaisseur du terrain de l’imaginaire et de la fantaisie, en amateur éclairé des choses obscures, et en ami complice de son lecteur, il convoque Nerval le poète, John B. Frogg le détective de l’occulte et Harry Kellar le magicien.

La lettre ouverte de Poindron est autant un savoureux exercice de style qu’une invitation à découvrir ou redécouvrir des auteurs hantés par le thème.

Eric Poindron, Lettre ouverte aux fantômes, les miens, les vôtres & peut-être les leur(re)s, éd. Le Réalgar, avril 2017, 24 pages.