POÈTE TOI-MEME !

L’assassinat de la poésie est commis sans conscience
mais en conscience
par les tristes crapules qui la décortiquent
à la vilaine manière d’une autopsie.

La poésie n’est pas un système de pensée
La poésie est une science inexacte

La poésie est une princesse
Le poète est un manouche

Le poète cherche la langue
Le poésie parle toutes les langues

La poésie gronde
Le poète funambule

La poésie est une neige blanche
Le poète est une pie noire

La poésie raconte les enfants qui jouent
Le poète est un enfant qui joue

La poésie croit à l’insolence
Le poète est insolent

La poésie n’a pas de prix
le poète offre la poésie

La poésie irise le cosmos
Le poète croit que la lune existe

Le poète est un souffle
La poésie
Une oscillation
Entre un sens
Et un son

 

CURIOSITÉS

 

Un plateau d’huitres est presque un cabinet de curiosités.
Une machine à écrire de Sholes & Glidden recouverte de motifs floraux semblable à de la marqueterie pourrait être un cabinet de curiosités.
Bien que savamment tachetée, la peau de la girafe n’est pas tout à fait un cabinet de curiosités.
Un cimetière n’est pas un cabinet de curiosités ; la tombe d’Edgar Allan Poe, à Baltimore, est encore moins un cabinet curiosités.
Le Brouillard du 26 octobre – de Maurice Renard – est un cabinet de curiosités grandeur nature, et pour cause !
La typographie est presque un cabinet de curiosités.
Les souterrains de la ville de Lyon ont parfois l’apparence d’un cabinet de curiosités.
Le cabinet sanglant de Barbe-bleur n’est ni un cabinet d’anatomie – plus pâle que celui des squelettes blanchis – ni un cabinet de curiosités.
Le labyrinthe est une collection de cabinets de curiosités.
Un confessionnal n’est pas un cabinet de curiosités.
Le voyage – tous les voyages – autour de la chambre peuvent devenir un cabinet de curiosités.
Le Tour du jour en 80 mondes de Julio Cortázar (Gallimard, 1969) est un cabinet de pensées curieuses et divergentes mijotées « comme un fond de cuisson ».
Le pigeon-marsupial, aperçu par le jeune Victor Hugo – et confirmé par Charles Nodier – lors du sacre de Charles X, en 1825, qui niche dans les tours de la cathédrale de Reims, est assurément un cabinet de curiosités volant.
La machine à écrire Sholes sur laquelle Mark Twain écrivit Les Aventures de Tom Sawyer est un cabinet de curiosités qui fait du bruit.
Le Codex Gigas ou Bible du Diable est peut-être plus étrange qu’un cabinet de curiosités.
La machine à écrire sur laquelle écrivait Abdul Karim qui fut à la fois, le confident, le serviteur et l’ami de la reine Victoria est, parfois, un cabinet de curiosités à ciel ouvert.
Le cinéma et la poésie – Venezia central – de l’artiste-orchestre F. J. Ossang sont un seul et même cabinet de curiosités.

 

Fragments de curiosités & lumière d’été

807

Aussi incroyable que ça paraisse, le « Dulcis inexpertis » de François Régulus-Deslunes (éditions Le nouvel Esculape) comporte exactement 807 pages !

53 300 000, c’est le nombre d’occurrences trouvées en tapant « 807 » sur le plus célèbre des moteurs de recherches (le 10/11/2009 à 19 h 06).

208 000 000, c’est le nombre d’occurrences trouvées en tapant « 807 » sur le plus célèbre des moteurs de recherches (le 19/07/2017 à 12 h 05).

La route nationale 807 ou RN 807 était une route nationale française reliant Pontaubault à Pré-en-Pail.

 

MICHEL ROBIN

 

Je me souviens que, enfant, à Reims et sur le Cours Langlet, le futur comédien Michel Robin se prenait pour Ruy Blas, et que les anges de la cathédrale jouaient à cache cache dans le trou du souffleur, à quelque pas de la rue du Clou dans le fer où Paul Fort accrochait ses premiers poèmes.

Extrait de Je me souviens de Reims, à paraître en automne.

 

Ou quand l’immense comédien Michel Robin rend hommage au cinéma muet.

COMME UN BAL DE FANTÔMES

 

« Voilà un délicieux bouquin propre à accompagner bien des déambulations immobiles. Celles qu’on prend plaisir à faire l’été, à l’ombre d’un platane ou d’un micocoulier.
Eric Poindron nous livre, avec Comme un bal de fantômes, une géniale prodigalité de petits textes poétiques évoquant, tour à tour, des souvenirs (de lectures, de voyages, de rencontres), impressions (sur la nature et ses mille et un émerveillements), sans oublier de pointer quelques auteur d’un panthéon si personnel qu’il touche à l’universel.
On saute d’une enfance au presbytère à Gérard de Nerval et Monsieur Jarry. On se délecte de  » faire la roue » et des mots doux pour les « vélodidactes ».
« Je déteste les tricheurs, la mauvaise foi et les sujets journalistiques qui reviennent chaque année à la même époque ».
Dans le métier de pisse-copie, on cause alors de marroniers.
On peut aussi lire cette exquise esquisse littéraire à l’ombre d’un marronier. Parole. »

Comme un bal de fantômes, Éric Poindron, Le Castor Astral éditeur, collection « Curiosa & cætera »

© Fréderic Mayet pour Le Midi Libre