BLANC FANTÔME &  FANTÔMES BLANCS ? FANTÔMES TOI-MÊME !





« Savez-vous, Miss Sale, que le fantôme est un peu le chat de l’outre-tombe et que, partout et sans-gêne apparent, il se croit un peu chez lui ?…  »
 BLANC FANTÔME &  FANTÔMES BLANCS ? FANTÔMES TOI-MÊME !
Divertissement théâtrale & fantastique en cours d’écriture.


ACADÉMIE DES SCIENCES IMMORALES ET POÉTIQUES

 

I
 Cette Académie a pour but de combattre la dangereuse vague de moralité qui s’étend actuellement sur les peuples civilisés; et à rendre à la poésie les honneurs qu’elle mérite.
II
 Le poète qui, d’abord, se veut libre échappe difficilement à l’immoralité, sauf lorsque ses facultés se trouvent amoindries par l’âge. De Ronsard à Guillaume Apollinaire, en passant par Verlaine et Rimbaud, de Villon à quelques uns de nos plus notables contemporains, la liste est longue de ceux qui ont noué une complicité plus ou moins secrète avec ce que la morale réprouve.
III
 Ne feront partie de cette Académie que ceux qui auront oeuvré, avec modération ou éclat, dans ces domaines : voleurs de carbure et voleurs de feu, ivrognes, insulteurs des pouvoirs publics, rêveurs debout, noctambules, trousseurs de lycéennes, chatouilleurs de sonnets, abrutis par le vice, prophètes, escrocs, mateurs du petit cinoche clandé, fervents de la douce, obsédés, chasseurs de fraises sauvages, harangueurs de nuées, canaques, voyoues danoises, cireurs d’étoiles, Ulysses de banlieue, brouteurs de toison d’or, satyres en activité ou honoraires _ et nous en passons.
IV
 Les membres fondateurs de l’Académie se réservent le droit d’accepter ou de rejeter, par votes, toute candidature, et ce sans avoir à justifier leurs raisons. Un casier judiciaire bien chargé est un élément favorable au candidat, mais non une condition indispensable.
V
 L’Académie se réunira tous les mois en un banquet où règnera la plus grande liberté de propos et de moeurs, cela va sans dire. Des dames et demoiselles, d’aspect agréable, seront conviées à ces agapes, au titre d’académiciennes provisoires. Naturellement, elles le feront en connaissance de cause et renonceront, ipso facto, à tout recours auprès des tribunaux si, d’aventure, le langage et les manières des académiciens leur paraissent un peu directs.
VI
 Chaque année, l’Académie des sciences immorales et poétiques décernera un prix.
VII
 D’autres statuts sont en cours de rédaction.

P.C.C. Le secrétaire:
André Hardellet

Texte adressé, le 17 avril 1965, à Alphonse Boudard.
Paru dans Jungle, n°10, mars 1987

Gallimard, collection L’Arpenteur, 1990

FANTÔMES & BOSTON BLUES

 

« Cher Eric, cela me fait vraiment plaisir de figurer dans « Comme un bal de fantôme » pour « Boston Blues ».
Vous avez fait un heureux.
D’autant plus que « Comme un bal… » est un livre comme je les aime (vous vous en doutiez) : de ceux (rares) que l’on peut lire et relire.
J’ai retrouvé beaucoup de mes propres amis parmi lesquels von Chamisso, Rodenbach, Eric Sarner (avec qui je crois avoir une fois conversé à St Malo dans la vie réelle), Marcel Béalu, André Dhôtel, Cazotte, Audubon… lesquels ont donc encore quelques lecteurs avisés. » Jean François Duval

 

Jean-François Duval est l’auteur, entre autres, du définitif & sublime Boston blues – éd. Phébus.

Nicolas Bouvier, qui fut l’un des premiers lecteurs et admirateurs de Jean-François Duval, avait reconnu en cet autre citoyen de Genève une sorte de cousin à l’âme voyageuse. (« Vous êtes comme moi un petit-neveu de Conrad ».)
Le « cousin » Duval persiste ici, dans un récit qui nous promène aux quatre coins du vaste monde et qui pourrait presque se lire comme un roman – même si l’on a vite fait de comprendre que les aventures ici rapportées ont bien été vécues par l’auteur.

Dans un bar de boston, le narrateur retrouve chaque soir un personnage qui ne parle pas, mais qui sait écouter. Il va lui raconter sinon sa vie, du moins les quelques rencontres supposées en avoir aimanté le cours incertain. Une vie passée sur les chemins, car celui qui parle avoue mieux respirer loin de chez soi; ou à tous le moins se sentir d’autant mieux chez soi qu’il se sait en terre étrangère, en pays de surprises.
On découvrira ainsi que les jeunes filles, sous toutes les latitudes, fût-ce en des lieux fréquentés par les mafias russes, ont des accointances spéciales avec le ciel. Que derrière Lhamo, la petite Tibétaine, se dissimule une divinité tintinnabulante. Que Nava incarne avec une exemplaire simplicité la complexité de l’âme israélienne. Qu’une inconnue croisée dans le Turbini Express entre Le Caire et Alexandrie s’avère maîtriser comme aucun autre l’art délicat d’entrer pieds nus dans la mer. qu’un barman de Katmandou souhaite voir son nom retenu par la mémoire des hommes en raison d’un breuvage de son invention, qui pourrait bien être à la science du cocktail ce que l’Ulysse de Joyce est à la littérature…
Autant de rencontres qui n’apportent peut-être pas les bonnes réponses, mais qui posent avec autorité la seule question :  « Pourquoi les hommes s’appliquent-ils si bien, ou si mal à exister ? »

Jean-François Duval, le voyageur, l’écrivain rare & l’honnête homme.

L’ÉTRANGE SOIRÉE D’ÉRIC POINDRON

 

L’ÉTRANGE SOIRÉE D’ÉRIC POINDRON
MARDI 21 NOVEMBRE
LIBRAIRIE LES LIBRES CHAMPS
Que de surprise se cachent derrière cet Étrange questionnaire !
Eric Poindron l’a imaginée afin d’accélérer votre imagination.
Le temps d’une soirée, exceptionnelles, les éditions Le Castor Astral , les venterniers et la librairie Les libres Champs s’associent pour créer un cabinet de curiosités éphémère tenu par l’auteur lui-même.
Audacieux, timides, indécis, téméraires, rendez-vous pour savoir jusqu’où peut vous mener votre curiosités.
SEREZ-VOUS DES NÔTRES ?
LIBRAIRIE LES LIBRES CHAMPS
18 rue Le verrier – Paris 6e
© Illustration de Isla Louise

MARTIN FLINKER ÉDITEUR & SACRÉ

 

 

★ MARTIN FLINKER (1895-1986) ★

par Frédéric Fredj

Né en 1895 à Czernowitz, en Bucovine (territoire intégré dans l’Empire des Habsbourg), Martin Flinker étudie le droit à l’Université de Vienne, puis commence à travailler dans une banque. Mais il bifurque très vite vers un autre métier : celui de libraire. C’est dans la prestigieuse librairie viennoise de Hugo Heller – qui publie entre autres Imago, la revue freudienne – que Martin Flinker fait ses premières armes et crée le concept des « almanachs », recueils de contributions d’auteurs et catalogues de titres diffusés par la librairie.
En 1930, il ouvre non loin de l’opéra de Vienne sa propre librairie, qui devient le haut lieu de rencontre des intellectuels autrichiens. On peut alors y croiser Joseph Roth, Robert Musil, Hermann Broch, mais aussi Alma Mahler ou encore Elias Canetti. Ainsi Robert Musil écrit-il : « Quand on s’arrête devant votre librairie, on a sous les yeux une véritable revue de la littérature moderne… Werfel, Zweig, Roth, Kafka, et puis naturellement Thomas Mann, qui est votre Dieu. » En 1938, cette intense activité littéraire est brutalement interrompue par l’Anschluss. Les nazis arrêtent sa femme Franziska, déportée et bientôt assassinée à Auschwitz. Martin Flinker ferme sa librairie, l’appartement qu’il a rempli d’une collection remarquable de livres et de tableaux, et quitte Vienne avec son fils, alors âgé de 14 ans. L’inventaire de la seule librairie fait état d’un fonds de plus de 4 000 ouvrages. Mais un document signé des autorités nazies en octobre 1939 affirme que lors de sa spoliation le local a été trouvé vide. C’est le début d’une longue errance pour le père et le fils, dans un total dénuement. Cet exil marqué d’épreuves les conduit de Zurich à Paris, puis Caen, Limoges, Bordeaux et Bayonne, pour atteindre enfin Tanger au Maroc, où ils passent les années de guerre. Ils survivent grâce aux cours de latin et aux traductions de Martin Flinker.
À la Libération, c’est à Paris que Martin Flinker choisit de s’établir. Il parvient malgré les difficultés de l’après-guerre à ouvrir au 68 Quai des Orfèvres une librairie de littérature allemande, dont le rayonnement dépasse très vite le cercle étroit des germanistes. À travers son activité de libraire, cet amateur passionné de la littérature moderne viennoise défend avec obstination les auteurs qu’il admire et avec lesquels il entretient une amitié durable. Figurent en effet dans la collection de Martin Flinker des éditions originales d’Hugo von Hofmannstahl, des recueils de poèmes de Rainer Maria Rilke, des ouvrages d’Arthur Schnitzler, de fort belles éditions de Stefan Zweig, de Franz Werfel et de Thomas Mann, l’ami de toujours.
C’est du reste pour Thomas Mann qu’il redevient éditeur et publie successivement « Appel aux Allemands » (1948) et « Hommage de la France à Thomas Mann », avec, entre autres, des contributions de Maurice Blanchot, François Mauriac et Marguerite Yourcenar.
En 1952, l’auteur de La montagne magique vient tout naturellement signer ses livres quai des Orfèvres. Et, parmi les clients fidèles, il y a Henri Michaux – dont deux recueils de poèmes seront publiés par les éditions Flinker – Paul Eluard, Gaston Bachelard, Maurice Blanchot et Jacques Lacan.
Outre son activité de libraire et d’éditeur, Martin Flinker s’est également lancé dans l’écriture : il a composé des essais critiques sur Thomas Mann, Robert Musil et Joseph Roth, mais aussi un roman, « Der GottSucher » (Le Chercheur de Dieu), paru en 1949, une nouvelle et de nombreux récits inédits qui témoignent d’un talent littéraire original.
(source : Musée d’art et d’histoire du Judaïsme)

Martin Flinker entretenait passionnément la mémoire des écrivains dont il avait été l’ami.
À la fin de sa vie. il défendait opiniâtrement auprès de ses visiteurs la thèse de l’assassinat de Stefan Zweig par les services allemands.
Il n’aimait d’ailleurs pas beaucoup les Allemands : quand des touristes d’outre-Rhin se présentaient à la librairie, il refusait, la plupart du temps, de les servir ou de les renseigner !
Martin Flinker avait son caractère et n’était pas d’un abord très facile, mais, une fois qu’il vous avait « adopté », il devenait un interlocuteur tout à fait délicieux – et intarissable…

Un article de l’ami Frédéric Fredj ©

 

ÂMES & AUTOMATES

Les fabricants d’automates imaginent des automates écrivains afin de raconter l’histoire des automates.

Ce soir au Regent Theatre de Stoke-on-Trent, on jouera la pièce rare Le Double meurtre de l’automate* de qui vous savez. Il y aura peut-être cet étrange spectateur qui assiste à toute les pièces, à chaque représentation, observe, et se tait.
Parce qu’il existe des coups de cœur comme des coups de théâtre, il revient chaque soir, élégant et pâle.
Le spectateur deviendra-t-il, après le spectacle, quand la nuit aura gagné les ruelles et les coulisses du théâtre, le meurtrier raffiné de Le Double meurtre de l’automate* ?
Et si le personnage de théâtre, notre théâtre, était un fantôme tout de chair ; et si celui qui le regarde était capable de lui ravir la place ?
La scène est une répétition qui donne le change, c’est en coulisse, au cœur des mécanismes, que les vrais effrois font sang et sens.

« La mort écoute les mots. Elle les a déjà entendus. Elle aussi possède un exemplaire de la pièce. » Joseph O’Conor, nous le rappelle, sans excès. Dans « Muse », à découvrir aux éditions Phébus.

*Le Double meurtre de l’automate de John B. Frogg nous conte l’histoire de l’inventeur Anatole qui cherche, en vain, à mettre au point un automate assassin afin de prouver la supériorité vertueuse de la machine sur l’homme. Lassé de ses échecs, il se décide à tuer un innocent à la place de l’automate. Alors qu’il se croit soupçonné, il met fin à ses jours par pendaison, mais maquille son crime, de sorte à faire croire qu’il a été assassiné par sa créature.

 

Machine à doigts, oeuvre de Orianne Poncet
Automate à manivelle, Laiton, acier et résine

UN LIVRE UN LECTEUR

 

Florence Bertout, reçoit Eric Poindron pour évoquer le très beau livre Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, éd. Finitude.
Une émission conçue et présentée par Florence Berthout Maire du 5ème, tous les dimanches de 11h35 à 11h55.
Pour écouter et voir l’émission ON CLIQUE ICI
PETIT POUCHET, UN DRÔLE D’OISEAU QUI DEVIENDRA GRAND
« Le texte précisait : « entre Paris et la mer, le fleuve descend de 26 mètres. » Très lentement, pendant cette petit croisère, nous allions chuter d’un immeuble de dix étages. »
L’Odyssée minuscule et les leçons de choses ornithologiques et poétiques d’un honnête homme, de peu et de bien, à la nostalgie pudique et douce-amère, comme un Des Esseintes en devenir, mâtiné d’apprenti Sherlock Holmes, égaré au pays d’Emmanuel Bove, est parfois un sacré voyage.
« J’avais proposé à Gilles de venir avec moi. il m’avait répondu avec quelque chose comme de la pitié dans la voix que « les oiseaux ce n’était pas son truc ». Je m’étais échauffé : « Mais ce n’est le truc de personne, Gilles.Moi non plus ce n’est pas mon truc, ce n’est pas la question […] »
Un voyage au petit cours le long d’une Seine-Mississipi chafouine et serpentine.
Clin d’oeil à Borges, au perroquet de Flaubert, à la Girafe de Charles X, aux savants opiniâtres, illustres ou méconnus, à un Muséum désuet de province, en un inventaire à la Bouvard et Pécuchet.
Et des oiseaux, aux allures de cailloux blancs, comme si il en pleuvait.
Les plus longs voyages sont ceux que l’on fait à l’intérieur de soi, ou aux temps pas si réjouis de son enfance.
« Pendant un instant, j’ai regretté l’âge protégé où école et croyance était obligatoire. »
Et puis un livre où l’on fait presque halte à Giverny, où les femmes ont des voix suaves et fragiles « comme un vieux morceau de bois verni. », où l’on rêve à des dauphins miniaturisés faisant le bonheur des propriétaires d’aquarium, où des milieux de canards en plastique de salle de bains font les fous dans les eaux de l’Alaska, est un exercice réussi de voltigeur ; comme un périple littéraire de rare tenue qui aurait plu à Swift, l’auteur des voyageurs de Gulliver qui se lamentait, déjà, en constant que : « Je fais à présent une expérience très répandue chez les auteurs modernes ; a savoir, écrire sur rien. »
Ici, et si justement, le contraire de rien, ce sont tous ces riens minuscules qui, mis bout à bout avec habileté nous donnent l’envie de grand large.
Il n’y a rien, dit-on aux iles d’Aran, et pourtant, c’est ce rien qui nous intéresse, doit-on croire en relisant Nicolas Bouvier.
« J’irais revoir ma Normandie » a-t’on ici, presque envie de fredonner.
Le premier roman de Victor Pouchet est un déjeuner de soleil, une escapade de jouvence, et un lumineux baptême qui célèbre à l’envi les eaux et les oiseaux.
Oui, le héros de Pouchet est tout petit, mais son auteur est déjà grand.
Chapeau & merci capitaine.
Aux réjouissantes éditions Finitude, ça coule de source.

 

BIBLIOMANIE & BAL DE FANTÔMES

BIBLIOMANIE & BAL DE FANTÔMES
RADIO LIBERTAIRE – 89.4 FM
JEUDI 19 OCTOBRE – 15 h à 16 h 30.
 
Avec Valère-Marie Marchand :
Jeudi 19 octobre, entre 15h et 16h30, Eric Poindron sera l’invité de l’émission Bibliomanie (Radio Libertaire 89.4 FM) à l’occasion de la publication de « Comme un bal de fantômes » au Castor Astral, dans la collection « Curiosa & caetera ».
Nous y parlerons des saisons de la vie, des romances d’antan, des fantômes bienveillants, des fraternités poétiques, d’amitiés sur parole, de géographies intérieures et bien évidemment du temps qui passe, de la douce mélancolie des jours et des chemins qui se dessinent en nous…
Une invitation à papillonner et à voyager entre les lignes à découvrir très vite sur nos ondes libertaires…

TCHOUANG TSEU & PAPILLONS

 

« Les hommes connaissent tous l’utilité d’être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile. »
Les œuvres complètes de Tchouang-Tseu, ou Zhuangzi, – IVe siècle avant J.-C. – , livre sans fond(s) composés de réflexions et de vrac – « Ce sont les professeurs qui ont mis le désordre dans le monde. » -, de philosophie, de poèmes et de farces, ressemblent à un magma guilleret et abyssal où les grenouilles se mettent à converser.
« Jadis, une nuit, je fus un papillon, voltigeant, content de son sort. Puis, je m’éveillai, étant Tchouang-tseu. Qui suis-je en réalité ? Un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ou Tchouang qui s’imagine qu’il fut papillon ? »
Sans oublier cet humain lucide qui décide de se servir d’un crâne comme oreiller. Alors que le premier demande au second si il n’est pas trop triste d’être mort, le crâne répond au premier : « Mais comment peux-tu être aussi certain que la vie est meilleure que la mort ? »
À vérifier, bien sûr ; mais une chose après l’autre.


POINT VIRGULE

Point virgule – barre – ; comme ils disent.
Il est des combats qu’il ne faudrait jamais perdre ; celui en faveur du point virgule en est un.
Ambigu pour certains ; archaïque pour d’autres, le point virgule est pourtant un ami précieux. Chimérique ou à l’intuition musicale, ce signe au maintien discret est l’allié de la description ou du souvenir ; il est discret comme un effacement ; une dignité ou un repli sur sur soi. Le point est un sabre au clair qui tranche la phrase, quand le point virgule est un effleurement ; une grâce à peine masquée.
Et s’il venait à disparaître, il nous faudrait alors remettre en vigueur le point de soupir ; une coquetterie délicate et typographique ; comme un soupir.
N’est-ce pas Pierre Michon ?

MERCI PARIS !

 

INVITATION
LIBRAIRIE GALLIMARD MERCREDI 4 OCTOBRE 19 H. 

A l’occasion de la sortie du livre collectif

MERCI PARIS

Dirigé par Nathalie Riché & Eric Poindron, d’après une idée d’Eric Poindron
Présenté par Gérard Mordillat

Éditions Tallandier

Nous vous invitons à rencontrer les auteurs :

Nous vous invitons à rencontrer les auteurs :

Julien Blanc-Gras, François Bott, Franck Courtès, Marie Darrieussecq, Kéthévane Davrichewy, Agnès Desarthe, Irène Frain, Guy Goffette, Denis Grozdanovitch, Serge Joncour, Nathalie Kuperman, Jérôme Leroy, François-Guillaume Lorrain, Karim Miské, Gérard Mordillat, Daniel Picouly, Eric Poindron, Tatiana de Rosnay, Tiffany Tavernier, Valérie Zenatti.

Venez nombreux !

Lectures, festivités et amitiés parisiennes au rendez-vous !

Librairie Gallimard Paris

15 Boulevard Raspail, 75007 Paris.

 

 

CONSCIENCE DE RUINES

 

Denis Diderot aimait les ruines
Les antiques, les peintes et les imaginaires
Les « capricci »
Et le peintre Hubert Robert
– Qu’il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités –

Au XVIIIe siècle, les philosophes aimaient les ruines
Les antiques, les peintes et les imaginaires
Les « capricci »
Les peintres aimaient les ruines
Les antiques, les « capricci », les imaginaires

Je connais bien le XVIIIe siècle que je n’ai pas connu
J’aime les ruines et il est possible que
Nous aimions les ruines
Les antiques, les peintes et les imaginaires
Les « capricci »
Nous aimons aussi peut-être le XVIIIe siècle
Et je visite Denis Diderot
Et je vis parfois / souvent au XVIIIe siècle
Et ne suis guère philosophe
Qu’est-ce que un philosophe ?

« Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. »
Ecrit Diderot dans Salon de 1767
Il parle de peinture
de celle de Hubert Robert

Nous aimons
Nous y sommes
Qu’importe le siècle
« solitude et au silence »

Et Georg Christoph Lichtenberg
XVIIIe siècle, et philosphe
de nous le rappeler
« Efforce toi de ne pas
être de ton temps. »

Aimons
Qu’importe
Capriccio
La ruine

*

Et une pensée à travers les siècles et les ruines, à Victor Hugo, Stendhal, Lamartine ou Marcel Proust, amateurs d’arcades éphémères & obscures.

 

Peinture de Hubert Robert, Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines

 

CUEILLIR DES ÉPIS

 

Spicilèges ou prou, en passant…

Critique littéraire…
Il a écrit à la perfection, et dans un style très vivant, la table des matière.

Refus littéraire…
« Votre manuscrit est à la fois bon et original ; seulement la partie bonne n’est pas originale , et la partie originale n’est pas bonne. »

Cet écrivain qui donnait ce précieux conseil : « Lorsque vous relisez ce que vous avez écrit, supprimez un mot sur deux. Vous n’avez pas idée combien votre style y gagnera. »

Et cet autre écrivain qui déclarait : « Pour donner un compte rendu complet et brillant de cet époque, il faudrait une plume bien moins brillante que la mienne. »

Il ne faisait rien de particulier et le faisait très bien.

Fauteuil de trouble.
Dans un club anglais, ce membre qui touche l’épaule d’un collègue endormi dans un fauteuil :
– Excusez moi, cher ami, mais est-ce que vous lisez le journal sur lequel vous êtes assis ?

 

VICTOR POUCHET, DRÔLE D’OISEAU



J’irais revoir ma Normandie… avec Victor Pouchet.
L’Odyssée minuscule et les leçons de choses ornithologiques et poétiques d’un honnête homme, de peu et de bien, à la nostalgie pudique et douce-amère, comme un Des Esseintes en devenir, mâtiné d’apprenti Sherlock Holmes, égaré au pays d’Emmanuel Bove.
Un voyage au petit cours le long d’une Seine chafouine et serpentine qui se donne des allures de Mississippi.
Et c’est en amont du fleuve un retour aux sources.
Clin d’oeil à Borges, au perroquet de Flaubert, à la Girafe de Charles X, aux savants opiniâtres, illustres ou méconnus, à un Muséum désuet de province, en un inventaire à la Bouvard et Pécuchet.
Et des oiseaux, aux allures de cailloux blancs, comme si il en pleuvait.
Le premier roman de Victor Pouchet est un déjeuner de soleil, une escapade de jouvence, et un lumineux baptême qui célèbre à l’envi les eaux et les oiseaux.
Les plus longs voyages sont ceux que l’on fait à l’intérieur de soi, ou aux temps pas si réjouis de son enfance.
Chapeau & merci capitaine.
Aux réjouissantes éditions Finitude, ça coule de source.




Plage des Roches noires, Trouville, Normandie
De la villa Les Flots, édifiée par Gustave Eiffel pour son épouse
Pourquoi les oiseaux meurent, Victor Pouchet, éditions Finitude

DU COURRIER

« A voir ce qui s’imprime tous les jours, on dirait que chacun se croit obligé de faire preuve d’ignorance. »

Paul Louis Courrier, in Correspondance, (dans mon édition Firmin-Didot et Cie, 1894, N.DL.R.)

En relisant les Lettres de France et d’Italie de Paul-Louis Courrier – le prince des journalistes et le pourfendeur des idées reçues – en éditions Nillson, je rédécouvre ce formidable argument publicitaire :

IL FAUT LIRE LES 100 CHEFS-D’OEUVRE
de toute les littératures

1 – Pour compléter son instruction et son éducation.
2 – Pour ne pas passer pour un ignorant.
3 – Pour connaître ce que les écrivains de génie ont dit du monde, du passé, du présent et de l’avenir.
4 – Pour se réconforter à cette lecture et y puiser des leçons de courage et d’énergie.
5 – Pour charmer ses loisirs et ne pas connaître l’ennui…

Vous voyez, il n’y a pas que le sport de compétition dans la vie…


Jamais une n’image de Mallarmé n’abolira la littérature

 

 

BIBLIONOMADIE

 

Grapiller, musarder en biblionomade et ouvrir les livres que l’on ne lit guère
Faire un brin de marche et de marché avec les oubliés
Elle a de l’allure la cohorte des dédaignés, des si peu lus

Revoilà Pol Neveux et La douce enfance de Thierry Seneuse
Les frasques inavouées de Fantomas
Le caméléon précieux et les voyages d’un sédentaire de Francis de Miomandre
Les reliquiæ d’un médecin s’essayant à la plume le mercredi comme il existe des peintres du dimanche

Les dimanches de Jean Dézert, justement
Souvenirs fantastiques de l’élégant Maurice Sandoz, comme un Barnabooth qui collectionnerait les automates précieux
Le Keepsake fantastique d’Aloysius Bertrand – aux éditions de la Sirène, s’il vous plait.
Les mémoires de l’ombre de Marcel Béalu traversant le pont jusqu‘aux au fantômes venant à sa rencontre – terrain vague et à l’âme

Les pages sont des villes en fantasmagorie
Et les pas bruissent comme mots chuchotés
Hardellet n’est pas loin ; Hardellet n’est jamais loin
Ouvert la nuit la bohème, toutes les bohèmes n’est-ce pas Monsieur Paul Morand
Et le vieil Hugo en proscriptio
Et Georges Hugo dessinant l’attaque de la ferme de Navarin – 29 septembre 1915 – ou le suisse bourlingueur devait laissait une main et gagner d’autres galons direction la belle aventure
Charrette à Bras Montesquiou- Fezensac
Il ne faut pas se laisser abuser par les titres les vrais et les moins vrais
Comme si la « belle vie » chère à nos « phrères simplistes » et le rire était le sale de l’homme
Léo Larguier camarade artilleur te voilà nous t’attendions
Les voilà nos  « étonnements » à la Guillaume Francoeur
Nos cafés du 13e et de révolutions à célébrer Paul Nizan
En route joli troupe
Musarder et ouvrir les livres que l’on ne lit guère
« Je ne fréquente pas les jeunes auteurs parce qu’ils ne se plairaient pas dans ma compagnie, et parce que je ne me plairais pas dans la leur.  Je n’ai que faire de nouvelles relations. »*

*ÉCRIVAINS & ARTISTES de Léon Daudet, préface de Jérôme Leroy, éditions Seguier.

 

CHUTE

 

Thomas Vinau : Quel est l’intérêt d’un texte court ?

Votre serviteur, alias le curieux gardien : L‘intérêt, je l’ignore ; mais la difficulté, chacun peut essayer de s’y frotter. C’est une épreuve de funambulisme.
Qui, comme Pierre Reverdy, peut prétendre écrire : « En ce temps-là, le charbon était devenu aussi précieux et rare que des pépites d’or et j’écrivais dans un grenier où la neige en tombant par les interstices du toit, devenait bleue. »
Faire court, c’est presque la chute, à coup sûr.

 

LETTRE OUVERTE AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES, & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S

A propos de LETTRE OUVERTE AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES, & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S d’Eric Poindron, cette jolie note de Jeff Tombeur :
« Étrange. Enfin, non, venant d’Éric Poindron, l’insolite est toujours attendu (convenu et imprévisible à la fois, ce qui n’est pas ici oxymore, mais quasi-redondance).
Donc, de lui ayant reçu voici peu une petite plaquette, LETTRE OUVERTE AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES, & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S – Le Réalgar éd. –, petite somme éveillant de multiples réminiscences littéraires d’écrivains et d’auteures ayant frayé avec les spectres, j’imaginais concevoir la suite, plus développée, plus érudite, voire carrément anthologie exhaustive de l’ectoplasmique en littérature ; un truc au nième degré de la cuistrerie feinte et distanciée, égayée d’hyperboliques digressions, bref, &c., un régal pour le pédant interloqué, pris au dépourvu, devant s’armer des dictionnaires et lexiques ésotériques. Incise : pas mal, une phrase de 750 caractères (point final exclu) pile…
Qui veut tenter l’impossible gageure de se mettre au niveau narratif de Poindron devrait lire Straight Man, de Richard Russo, qui vaut bien d’être mis au cursus des ateliers d’écriture de l’Iowa State U. Mais pour moi, ce fut vain, la preuve… Où en étais-je ?
Ah oui, après la Lettre ouvertes aux fantômes, voici le Comme un bal de fantômes (préfacé par Jean-Marie Gourio, auteur des Brèves de comptoir, poète lui-même). Là, je tire à la ligne pour prendre élan avant de me fracasser sur l’obstacle… »
© Jeff Tombeur pour COME 4NEWS

MARGINALIA & CURIOSITÉS

Le cabinet de curiosités abrite des objets savants, insolites, poétiques et constitue un lieu d’érudition et de création. Parce que le secret de la composition est l’art de la rencontre, les êtres et les choses cohabitent dans cet « espace-monde », au sein duquel le gardien du cabinet de curiosités veille sur les mystères et la fantaisie et détient les clés de la séduction.

Avec Éric Poindron, le cabinet de curiosité se trouve à une adresse postale ou dans l’espace démultiplié et virtuel de la toile, ou même encore au creux des pages d’un livre, lui-même, dans un jeu de miroir, invité du cabinet de curiosités et objet de séduction par excellence. Aussi, au fil de la succession et surtout de l’entrelacement des spicilèges marginaux, le lecteur que l’on souhaite curieux, c’est-à-dire rigoureux (dans son souci d’émerveillement) et concentré (dans son attention à l’excentricité), découvrira…

Citations, Biblionomadie, Bibliopathonomadie, Livres rares, Fantômes, Livres introuvables, Jeux d’échecs, Auteurs qui n’existent pas, Pierres – peut-être – précieuses, Disparus de la littérature, chats fantômes, fous littéraires, poètes essentiels, sphère armillaire, Livres étranges & singuliers, « Oubliés, délaissés dédaignés », Gérard de Nerval, Passeurs de livres, Typographie insolite & jubilatoire, Licorne, Orthotypographie, Coquetteries graphiques, Papillons, Alfred Kubin, Caviar et caviardage, Collectionneurs, Johannes Kepler, Coquilles en tout genre, Cryptozoologie, Palimpsestes, Mots rares & précieux, Globes terrestres, Machines à écrire, Bibliothèques méconnues & secrètes, Babel-liens, Conversations et badineries, Repentir, Fantômes de bibliothèque, Labyrinthes, Maréchal Ney, Gaston Leroux, Gastronomadie, Momies, « Ranger / classer », Unica, Rhinocéros, Wunderkammer, Personnages & portraits, Iconographie livresque, Passage en Revues, Crânes, Miscellanées & spicilèges bibliomaniaques, Edgar Allan Poe, Livres monstres, Merle blanc, Livres-Mondes, Dans les marges, Julio Cortázar, Artefact, Charles Nodier, Faux livres, Objets imprimés, Bibliophile, Bibliomanie, Bibliolâtrie, Promenades littéraires, Unica, Marginalia, Occulte & co, Et cætera.

Le lecteur s’en apercevra bien tôt – dès l’avant-propos intitulé « Le Beau est toujours bizarre » par A. Sanchez : loin de constituer une simple accumulation d’objets hétéroclites, le visage du cabinet de curiosités est celui de son créateur, ou plutôt « son reflet diffracté dans un miroir concave ». Aussi, tout le livre-cabinet de curiosités dit son architecte : le choix des objets curieux, la manière de les présenter, de les mettre en lien et celle, tout aussi singulière, d’ouvrir ses portes au monde. Mais puisque l’ouvrage se veut marginal, et qu’il faut l’avouer son curieux créateur l’est également, le collectionneur-auteur ne se contente pas d’être présent dans l’interligne, il se signale lui-même à son lecteur et s’invite dans son propre cabinet, devenant ainsi créature (quitte à s’imaginer « une belle taxidermie », et « des yeux de verre du meilleur effet », et à conseiller « au propriétaire de [s]a dépouille de glisser ses objets usuels – briquet, coupe-cigare, et même crayon de papier, cloche pour les domestiques, loupe, lunettes demi-lunes pour la lecture – dans les poches profondes de [s]on élégante robe de chambre afin de ne pas avoir à les chercher »).

On l’aura compris, avec ce nouvel ouvrage Éric Poindron défie les genres et se joue des normes pour offrir à celui qui désirera le suivre un étonnement qui n’aura d’égal que le plaisir de sa lecture.

Du reste, l’ensemble n’est pas clos : au lecteur de prendre sa place dans les vastes marges des pages ou dans les vastes pages des marges…

 Marginalia & curiosités, petites histoires & géographie curieuse des cabinets de curiosités, de Éric Poindron, éditions Les Venterniers

EXTRAITS

« Quand mes notes sont trop longues pour tenir dans l’espace d’une marge, je les confie à une feuille de papier que je glisse entre les pages et que je fixe par de la gomme. Il se peut que tout cela ne soit qu’une manie, quelque chose de banal et d’inutile. Cependant j’y prends plaisir. »

Edgar Allan Poe, Marginalia

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Dans le jargon bibliophilique, un livre fantôme est difficile à dénicher puisqu’il ne reste à sa place, sur les étagères publiques, que le carton d’identité qui attestait de sa présence et de son existence.

Le Codex Gigas ou Bible du Diable n’est pas un livre fantôme.

Note de l’éditeur : le lecteur aura le plaisir de l’admirer en couverture de notre ouvrage.

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Un plateau d’huitres est presque un cabinet de curiosités.
Une machine à écrire de Sholes & Glidden recouverte de motifs floraux  semblable à de la marqueterie pourrait être un cabinet de curiosités.
Bien que savamment tachetée, la peau de la girafe n’est pas tout à fait un cabinet de curiosités.
Un cimetière n’est pas un cabinet de curiosités ; la tombe d’Edgar Allan Poe, à Baltimore, est encore moins un cabinet curiosités.
Le Brouillard du 26 octobre – de Maurice Renard – est un cabinet de curiosités grandeur nature, et pour cause !
La typographie est presque un cabinet de curiosités.
Les souterrains de la ville de Lyon ont parfois l’apparence d’un cabinet de curiosités.
Le cabinet sanglant de Barbe-bleur n’est ni un cabinet d’anatomie – plus pâle que celui des squelettes blanchis – ni un cabinet de curiosités.
Le labyrinthe est une collection de cabinets de curiosités.
Un confessionnal n’est pas un cabinet de curiosités.
Le voyage – tous les voyages – autour de la chambre peuvent devenir un cabinet de curiosités.
Le Tour du jour en 80 mondes de Julio Cortázar (Gallimard, 1969) est un cabinet de pensées curieuses et divergentes mijotées « comme un fond de cuisson ».
Le pigeon-marsupial, aperçu par le jeune Victor Hugo – et confirmé par Charles Nodier – lors du sacre de Charles X, en 1825, qui niche dans les tours de la cathédrale de Reims, est assurément un cabinet de curiosités volant.
La machine à écrire Sholes sur laquelle Mark Twain écrivit Les Aventures de Tom Sawyer est un cabinet de curiosités qui fait du bruit.
Le Codex Gigas ou Bible du Diable est peut-être plus étrange qu’un cabinet de curiosités.
La machine à écrire sur laquelle écrivait Abdul Karim qui fut à la fois, le confident, le serviteur et l’ami de la reine Victoria est, parfois, un cabinet de curiosités à ciel ouvert.
Le cinéma et la poésie – Venezia central – de l’artiste-orchestre F. J. Ossang sont un seul et même cabinet de curiosités.

MIROIR, DIS-MOI…

 

Et comme l’a si justement écrit, puis démontré, John B. Frogg, l’écrivain et détective de l’occulte dans son ouvrage de référence Effrois & conversations d’outre-tombe – éditions Esculape frères – : « Il existe bel et bien un « de l’autre côté », mais de quel côté sommes-nous ? »