L’HOMME-LIVRE, LE LIVRE DE LA FÊTE DE LA LIBRAIRIE

Chaque année, la librairie indépendante se pare de ses plus beaux atours. À l’occasion de la Sant Jordi, journée de célébration de la lecture en Espagne, la France suit le mouvement. Et les libraires offrent, avec le livre qu’on leur achète, une rose.
Pour cette 20e édition, ce sont 480 libraires de France, Luxembourg, Belgique et Suisse romande qui prendront part à l’opération.
Pour l’occasion, un livre tiré à 23.000 exemplaires sera offert aux clients, durant la journée du samedi 28 avril.
Réalisé en partenariat avec Actes Sud, le livre pose quelques questions cruciales.
Le projet ? « Comment faire ressentir aux jeunes générations confrontées à la dématérialisation de la lecture, cette vie incroyable, intense et silencieuse, d’un homme avec un livre ? » Un homme ? Pas une femme ? Oui, parce qu’il s’agit, poursuit-on, de déjouer « la sombre prédiction d’André Schiffrin », qui prophétisait l’édition sans éditeur.
Le livre met ainsi en avant « trente et une maisons d’édition ou collections contemporaines, que les libraires adorent célébrer ou faire découvrir dans leur pratique ». Le tout est accompagné des photos de Jérôme Bonnet, qui est parti à la rencontre « de femmes-livres ou hommes-livres, souvent dans l’ombre. Il les a incarnés et mis en lumière en réalisant d’eux trente et un portraits photographiques intrigants ».
L’ouvrage dispose d’une préface signée par Jean-Paul Capitani, directeur du développement du groupe Actes Sud, qui avait pris la place de Françoise Nyssen une fois nommée ministre de la Culture.
« Ce que j’ai le plus aimé, c’est vendre des livres, des livres le plus souvent pas lus. C’était bien plus tard un souci esthétique, le livre était une charge trop belle pour moi, un inaccessible », écrit-il.
« L’école peut ravager un enfant, j’avais été relégué en “moderne” alors que je savais que le latin/grec était la voie royale. Mais que faire ? À 9 ans et demi en sixième classique, mon destin était scellé : “Pas littéraire”.
Je fus chassé, et un jour, bien plus tard, j’ai vendu des livres comme un jeu, en sachant que je n’allais pas gagner d’argent, mais que c’était beau !
Et je voyais partir les livres avec leurs lecteurs, avec le sentiment de faire quelque chose de nécessaire, d’utile.
On n’apprend que de l’autre et à mon époque, encore aujourd’hui on apprend de cet autre rendu intime par le truchement du livre. »
On trouve une autre préface, signée de Marie-Rose Guarniéri, de la librairie Les Abbesses à Montmartre. En tout, ce sont 32 éditeurs qui sont portraitisés, avec, parfois, un entretien, un poème ou quelques mots et une photo, toujours.
« Afin de parler de ce que les libraires doivent aux éditeurs et à leurs catalogues, j’emprunterai ce titre : Grâce leur soit rendue, des mémoires du grand éditeur Maurice Nadeau. Il s’adressait aux écrivains de son merveilleux catalogue et aujourd’hui, au nom de tous les libraires, je l’adresse aux éditeurs, ces hommes et femmes de l’ombre qui ont ensorcelé ma pratique…
Ensemble, nous menons jour après jour une guerre du goût pour défendre la fragilité de textes enchanteurs qui déplacent les lignes. »

FRÈRES & FLEURS

 

Les pépites du jour à venir seront les premiers pas allègres du printemps, ou du o-hanami 花見, l’observation et la célébration des humeurs de prunus, de cerisier du japon, ou des fleurs simples qui chahutent sur le désarroi du monde.

Et Pascal Quignard d’écrire dans Une journée de bonheur « Tout le monde – du moins à l’occident de ce monde – se souvient de ce fragment de vers que Horace a écrit dans son XIe Ode : Carpe diem. Cueille, extirpe, arrache le jour.
Je veux comprendre ce beau vers mystérieux : pourquoi songer à cueillir le jour ? Ne vaudrait-il pas mieux vivre le moment qui passe, plutôt que de l’arracher à l’intérieur des heures qui se suivent ? »

Cueillons, cueillons, il en naîtra toujours quelque – belle – chose ; mes frères les fleurs.

 

ACCUMULATION & VANITÉ

 


Didymus Chalcenterus – ou Didyme Didymus ou Didymos – , était natif d’Alexandrie, aux environs de – 60 avant J.-C., et fils d’un vendeur de poisson salé, selon Sénèque.
Il composa jusqu’à trois mille cinq cents traités différents, peut-être quatre mille. Demetrius de Troezène qualifia le grammairien et essayiste forcené de « bibliolathe », à savoir possesseur de livres qu’il ne connait pas ; ou qui amasse les livres sans les lire, selon Jean-Baptiste-Prudence Boissère – Dictionnaire analogique de la langue française, 1862.
Ses livres étaient en si grand nombre que lui-même, en effet, les oubliait et en ignorait le contenu. C’est en tout cas l’accusation qu’on lui fit.
Du reste, tous ces livres sont aujourd’hui oubliés puisqu’aucun n’a résisté au passage du temps.
Au rayon Didymus Chalcenterus, il n’existe que des livres fantômes.


BON MÉNAGE

 

 

L’art du rangement aventureux & jubilatoire de bibliothèque ou comment faire bon ménage & non mauvais mélange…

« La parfaite maîtresse de maison veillera à ce que les oeuvres des auteurs hommes et femmes soient décemment dissociés et placés sur des rayons séparés. Leur proximité sauf à être mariés, ne pouvant être tolérée »

Règlement d’une bibliothèque anglaise, 1863

 

 

 

 

OÙ ?

J’aime cette idée de Vivre avec
Des animaux

En plastique En-paillés En vrai
Qui se disputent
Mâchoires serrés « Ou vertes »
Une simple carte à jouer par exemple
Représentant un joker Un trublion Un fou du roi

Quand je jette les cartes En l’air

Les animaux s’amusent A les attraper

Sommes nous les fous ou seraient-ce eux ?

Les libellules géantes Ca c’est de l’imagination.

« Les vrais compagnons, ce sont les arbres, les brins d’herbes, les rayons du soleil, les nuages qui courent dans le ciel crépusculaire ou matinal, la mer, les montagnes. C’est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie, et on n’est jamais seul quand on sait la voir et la sentir. » N’est-ce pas Alexandra David-Néel ?

 

CURIOSA & CAETERA

 

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Élisa R., lectrice
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AUX ÉDITIONS LE RÉALGAR

 

 

Lettre ouverte aux fantômes… d’Eric Poindron

Aucun amateur de fiction ne résiste aux fantômes. Ils sont là, qu’ils existent ou n’existent pas. C’est cette idée – cette évidence – qu’Eric Poindron développe dans sa lettre ouverte.

Le long titre de son texte expose exactement son projet : les fantômes croisés ici sont familiers (les siens, les nôtres), universels (les leurs) et peut-être imaginaires (leurres). C’est sans doute dans l’Angleterre victorienne qu’ils se sont le plus évidemment manifestés, et notamment en littérature. Fantômes chez Chesterton, chez Lewis Caroll, et aussi chez Dickens, qui fait naître son David Copperfield un vendredi soir.

« Vu le jour et l’heure de ma naissance, la garde de ma mère et quelques commères du voisinage […] déclarèrent : 1° que j’étais destiné à être malheureux dans cette vie ; 2° que j’aurai le privilège de voir des fantômes et des esprits. Tout enfant de l’un ou l’autre sexe assez malheureux pour naître un vendredi soir vers minuit possédait invariablement, disaient-elles, ce double don. »

Les fantômes de Poindron sont cocasses et réfléchis, ils apparaissent parfois contre leur volonté et ne veulent pas déranger. Faut-il avoir peur d’eux ? A-t-on jamais pensé qu’eux aussi, sans doute, avaient peur de nous ? Si les histoires de fantômes effraient, que font aux fantômes les histoires de vivants ?

Eric Poindron ne cherche pas à convaincre de l’existence des fantômes. En excellent connaisseur du terrain de l’imaginaire et de la fantaisie, en amateur éclairé des choses obscures, et en ami complice de son lecteur, il convoque Nerval le poète, John B. Frogg le détective de l’occulte et Harry Kellar le magicien.

La lettre ouverte de Poindron est autant un savoureux exercice de style qu’une invitation à découvrir ou redécouvrir des auteurs hantés par le thème.

Eric Poindron, Lettre ouverte aux fantômes, les miens, les vôtres & peut-être les leur(re)s, éd. Le Réalgar, avril 2017, 24 pages.

RHINOCÉROS & PRIVAT-DOCENT

 

Le rhinocéros qui se prenait pour Nikola Tesla.
 
Comme il est étrange
A me fixer ainsi
depuis de long mois
le rhinocéros empaillé.
 
Il est là
sur ma table de travail
a m’observer
sans broncher
quand il ne fixe pas l’horizon
 
Sa vue m’ennuie
puisqu’il me bouche
la vue.
Pourtant je le conserve à mes côtés
afin de comprendre
ce qui se cache dans la tête
du rhinocéros.
 
Je veux penser comme un rhinocéros
 
Car j’écris à présent
la correspondance
entre un privat-docent & un rhinocéros.
 
Du premier je me méfie
Le privat-docent est un drôle d’animal
Je n’ai confiance qu’en le rhinocéros
qui est un humain comme les autres
ni mieux ni moins
Sacré bonhomme quand-même
Ce rhinocéros
 
Et n’oublions jamais que « comme tout bon philosophe qui se respecte, il considérait le monde comme un zoo à part entière, avec des cages, des heures de repas, des reproductions programmées et des docents sérieux ; et il avait la sagesse de savoir qu’il en faisait partie. »*
 
* Peter S. Beagle, Le Rhinocéros qui citait Nietzsche

LA POÉSIE / PASSE A TON VOISIN / LA POESIE

 

AVIS DE GROS TEMPS… DE POÉSIE !

L’ami Michel Fievet est enseignant en primaire. Il partage tous les jours de la poésie avec ses élèves.
« Nous en écrivons à partir de vers de poètes que je leur fais découvrir. »
Chaque semaine, le mercredi et le dimanche, il envoie par courriel une poésie aux « amis » facebook, amis, poète(sse)s et autres, les amateurs, les sensibles, « les enfants et les raffinés » comme l’écrivait Max Jacob.
« Ce sont des poésies découvertes lors de mes lectures. Plutôt contemporaines. » Il serait vraiment très heureux de partager cela avec vous. Pour cela Michel a seulement besoin de votre mail.

Donc, vous écrivez directement à Michel – sur fecebook, par exemple – ou vous m’envoyez votre mel en message et je transmets à Michel l’inspiré.

LA POÉSIE, PASSE – LA – À TON VOISIN. ET TOC !

 

© Photographie de l’ami éditeur & poète Dimitri Vazemsky.

DERNIER JOUR OU PREMIER DE L’AN ; OU L’INVERSE

 

« Le premier de l’an date de la plus haute Antiquité. Si loin qu’on remonte dans l’histoire de la Terre, les années ont toujours fini et recommencé. Si bien que le premier de l’an date de bien avant l’homme. Il en a pris une majesté considérable. Il ne cessera que le jour où la Terre, qui tourne à une vitesse terrible, sera usée par le frottement. Son rayon diminue chaque jour. Chaque jour rapproche donc l’homme du centre de la Terre. Le dernier jour, n’ayant plus de support, il tournera autour de ses pieds. Finalement, il mourra de vertige. »

Alexandre Vialatte, La Montagne, 31 décembre 1967

 

 

 

SECRET SEXANGULAIRE

 

Vanité d’hiver non loin du flocon sexangulairede Joannes Kepler..
Compte-fil, d’Ariane, pour observer, et mieux compter les jours
[…] qui défilent
[…] ou y voir d’un peu plus près
Chaque jour est un nouveau jour, l’affaire est entendue,
mais que deviennent les jours d’avant ?
Du passé sans intérêt ?
(…) Ce jour-là je le rangerai à part et à venir…
Ce soir, je dormirai dans la taverne.
Il ne fera pas froid
La nuit tiède aura réchauffé ses ruelles
Les yeux des branches tinteront comme l’écho des montagnes
En Bohême ou là-bas
où les enfants s’amusent à mimer & collectionner les golem
ou les instruits vieillards & kabbalistes connaissent
A Prague
La porte dans la vieille ville et l’escalier secret
Qui mènent aux Enfers