TEMPUS FUGIT / TEMPUS SURGIT

 

 

 

Pour Marc Alyn, Rémois, Voyant, Phrère Nyctalope
& Pierre Michon, Vivant Minuscule

« S’il faut que l’esprit se dérange absolument pour nous mettre en communication avec un autre monde, il est clair que jamais les fous ne pourront prouver aux sages qu’ils sont au moins des aveugles. »

Gérard de Nerval à son ami Victor Loubens.

Le rendez-vous était pris / A la société plus discrète que secrète dite du « ténébreux mélancolique » /A l’angle mort de la tour Saint-Jacques

La nuit semblait faire des bonds de chats / des constellations grimaçantes / des cabrioles d’infortune

A l’image de ce fantôme en habit qui, la porte sourde une fois entrebâillée salua avec assurance l’incrédule le nouvel égaré avant de déclarer :

«  Mon ami, sous quel forme dois-je me présenter à vous afin de vous être désagréable ? »

*

Il faudrait des tours de Saint Jacques / de passe-passe & de poètes / Il faudrait écouter les vents gothiques et chancelants qui se font rumeurs et déclament encore les vers et les déraisons du déshérité / qui se pendit presque à son pied Il faudrait des balises pour qui fréquent les endroits sombres, les moules de Bruges & les soupes à l’oignon des halles /

Il faudrait, L’amour fou en bandoulière, relire Breton lorsqu’il se prend pour un poète.
« Et j’entends revenir mes pas / Le long des sentiers que personne /N’a parcourus j’entends mes pas / À toute heure ils passent là-bas / Lents ou pressés ils vont ou viennent »
Car il faut toujours Apollinaire

Loin des ponts et fi coule la Seine /Des rumeurs de cathédrales / En échos limonaires / Et des mélancolies de brume taquine / Les échos des traces chahutent la mémoire /Et les rires anciens fredonnent comme chanson ami

L’enfance miséricorde frissonne à reculons / Vole au vent et farandole au long cours / Au coeur des lunes aux parfums de collines

Les poètes y agitent des lanternes / La mémoire pérégrine au lointain

Un ombre mélancolique rallume les pétales des baisers /Un poète peut en cacher un autre / Marc Alyn y chemine

Oui, Il faudrait les pas secrets et les plans de Marc Alyn le gardien et l’acolyte : « Le carré magique où repose la cendre incandescente de Nicolas Flamel, entre la tour Saint-Jacques et la rue de la Vieille-lanterne, occupe la partie médiane d’un labyrinthe au cœur d’un verger initiatique. »

Il faudrait ne rien s’interdire, avec pour seul mot d’ordre : Si la magie est toujours à proscrire dans un récit logique, alors bannissons la logique dans une histoire fantastique !

« Les bouges crapuleux », comme aimait à les appeler Apollinaire, ont peut-être disparu, mais nous, nous sommes vivants pour nous en souvenir et passer les relais. Les gueux & les pérégrins, Les Seignolle & les Hardellet. Claude Le Seignolle, Claude Le sorcier qui partout écrit mélancolique à l’encre nuit et à la craie sympathie : «« Mais pour nous, poètes, est-il une limite, visible entre le vrai et l’imaginaire et ne souffrons-nous pas de nos rêves comme s’ils étaient réalité ? »

Paris a ses humeurs, tu sais. Les rues se vident des Parisiens mais se remplissent de fantômes, et la Ville – pâle – lumière est claire obscure pour qui sait regarder. »

Il faudrait se souvenir que la Tour Saint-Jacques raconte toute l’histoire de Paris, ou presque.

*

Des Gérard de Nerval presque pendus, vous disais-je. Une grille comme un soupir /un soir de janvier et de grand froid

Comme le cerf-volant de Benjamin Franklin / Comme le chapeau du poète en son gibet

À la recherche de  l’ombre de son maître / Flottant et facétieux

*

« Les fantômes disparurent en jetant des cris plaintifs. »

Deuxième rêve des Nuits d’octobre

*

 

Nous pourrions aussi écrire que lorsque les fantômes des poètes sont astucieux, et Dieu sait s’ils le sont, ils se cachent en pleine lumière.

Nous pourrions aussi prétendre que les fantômes des poètes n’ont qu’une seule histoire à raconter, c’est pourquoi ils la racontent toujours une plume nouvelle et un masque renouvelé

*

 

— Mon cher Gérard, je peux vous appeler Gérard ?
Vous lisez trop / Vous écrivez trop / Vous voyagez mal / Vous nourrissez votre esprit de vieilles chansons /et de croyances bizarres
Et Nerval /car c’était lui / de répondre

« Il y avait de quoi là faire un poète et je ne suis qu’un rêveur de prose. »

 

Ténébreux Inconsolé Fou peut-être
À la recherche de L’étoile morte
Le poète n’a cessé De voyager Dans les nuits Constellées
Blanches et noirs

Pour Vérifier Ses rêves

 

*

 

Peut-être que tout comme nous, frère & lecteur, vous vouez une véritable passion à Gérard de Nerval ?
Savez-vous que dans la nuit du 1er octobre 1838 Alors qu’il revenait d’un voyage en Allemagne Avec Alexandre Dumas – et son Ida Ferrier
Le poète s’arrête à Troyes quittant la voiture sans la moindre explication
Nerval s’enfonce dans la « nuit profonde » comme il l’a écrit Dans Les Nuits d’octobre justement

« Des corridors, – des corridors sans fin ! Des escaliers, – des escaliers où l’on monte, où l’on descend, où l’on remonte, et dont le bas trempe toujours dans une eau noire agitée par des roues, sous d’immenses arches de pont… à travers des charpentes inextricables ! Monter, descendre, ou parcourir les corridors, et cela, pendant plusieurs éternités… Serait-ce la peine à laquelle je serais condamné pour mes fautes ? »

 

Nerval ne donnera jamais la moindre explication
Les biographes font le dos rond
Que cherche-t-il à Troyes, terre de templiers
Est-il sur les traces de Rachi, le talmudiste médiéval
A-t’il un rendez-vous secret dans la ruelle aux Chats ?

Nous connaissons la fascination de Nerval pour les sciences secrètes /Et occultes
Pourtant aucun biographe officiel n’a mentionné cette disparition
Durant plusieurs jours Nerval n’existe plus.
Alors voilà pourquoi nous existons.
Le chercheur est un homme de raison
Le poète un homme de terrain et d’intuition / Et peut-être doué d’une incurable fantaisie
Il ne fouille pas dans les archives certes / il est là pour traquer la chimère / réhabiliter l’imagination / Donner chapitre à la voix / Et voix à la vision
Qui cherche l’onguent / Le baume ou la clé des Orients
Pour enchanter aussi /

Appelons cela les coulisses du possible

 

Même inexacte l’excentricité de notre famélique poète avait bien fière allure / À l’allure de ce jour ordinaire ou moins / Où l’on vit /Dit-on / Dans les jardins du Palais-Royal
Gérard de Nerval, le nyctalope et le voyant
Traînant un homard vivant au bout d’un bleu ruban
L’histoire insolite circula dans Paris et / Comme les uns les autres et les amis s’étonnaient
L’auteur de El Desdichado répondit :
« En quoi, un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas. »

Et comme l’écrivait Gérard de Nerval : « Et puis qu’est-ce que cela prouve ? – comme disait Denis Diderot. »

 

*

 

Ah, le joli mot voyageur / VOYAGEUR / Qui est à lui seul / Un voyage / Et un poème
Ah ce brave et confrère / Gérard Nerval /Illuminé & scribe parmi « Les Illuminés »
Lanterne flamboyante et sourde malgré la nuit blanche et noire /À la jolie Manière de Cyrano de la Lune
Qui sait mieux que personne /Que pour trouver le juste chemin /Il suffit d’emprunter celui / Des nuages

Tempus fugit Tempus surgit

« Dédale et son fils, après avoir bâti le labyrinthe, s’ennuyèrent dans l’île de Crète, dont le roi voulait les retenir, et, se voyant séparés par la mer de la Sicile, leur pays natal, se dirent : « La terre et les ondes s’opposent à notre passage… mais le ciel est ouvert : nous irons par ce chemin ! » Est-ce bien là l’origine véritable de l’aérostation ? » *

Et c’est peut-être pourquoi / Le poète chancelant et enténébré / Vit en un petit bout de corde / L’échelle fragile qui le mènerait

Là-bas tout Là-Haut

À l’instant où l’on vérifie

Ses derniers rêves

… … …

 

Entre la vie réelle et ce que nous nommons /le « merveilleux » / Ou l’« effroyable »
Il existe une frontière imperceptible / Approchez-vous et /Vous entendrez que cette frontière est un chuchotement.
Une confidence.

Quand je levai les yeux, la nuit était partout. La tour gothique et insolite était un phare au cœur de la ville. Je n’étais plus à Paris. Je sentais les embruns citadins de la Bièvre enfuie, les échos du large, j’étais au milieu du lac souterrain et cacophonique, je me chahutais sur la Montagne Sainte-Geneviève, à la recherche d’autres traces, dans les pas d’autres poètes. D’autres fantômes.

C’est l’âme de votre prédécesseur qui revient !
– L’avez-vous vu ?
– Non ! mais des fantômes, cela ne se voit pas à la chandelle.

*

Gérard – Labrunie – de Nerval / le frère de toutes les déveines / Me fait songer à un Peter Pan ordalique & jongleur & famélique
Debout sur un banc d’enfant / À l’instant de se passer la corde autour du cou, / le poète trébuche et ses pieds touchent le sol
Alors, muni d’un arrosoir, Il se sert de la main du coeur
Pour faire pousser l’arbrisseau /Qui lui servira de gibet

Voyage autour au bout de ma chanvre

† 26 janvier 1855
Rue de la Vieille Lanterne
Moins 18° ou 19° C, selon les biographes

 

∆ « ˙sǝʌêɹ sǝɯ ɹǝıɟıɹéʌ ɹnod ıɐǝƃɐʎoʌ ǝɾ » Ω

 

* Gérard de Nerval, Introduction à Les Ballons, de Julien Turgan, Plon frères éditeurs, 1851.

D’après, d’après, COMME UN BAL DE FANTÔMES, éd. Le castor astral, collection « Curiosa & cætera »

 

 

Gérard de Nerval, Généalogie fantastique, dite aussi délirante, 1841.
Bibliothèque de l’Institut de France. Photo
© RMN-Grand Palais (Institut de France) / Christophe Chavan.

 

BEL ANNIVERSAIRE MONSIEUR EDGAR POE

Bel anniversaire monsieur Edgar Allan Poe -19 janvier 1809.

« En achetant mes livres, j’ai toujours eu soin de les prendre avec de grandes marges ; non pas que je tienne à la chose pour elle-même, quelque agréable que cela soit. Mais j’y trouve cet avantage que je puis ainsi crayonner les pensées que me suggère ma lecture, mon adhésion à ce que dit l’auteur, ou mon dissentiment, ou encore de simples commentaires critiques. »

« Quand mes notes sont trop longues pour tenir dans l’espace d’une marge, je les confie à une feuille de papier que je glisse entre les pages et que je fixe par de la gomme. Il se peut que tout cela ne soit qu’une manie, quelque chose de banal et d’inutile. Cependant j’y prends plaisir. »

Edgar Poe, Marginalia, 1844-1849

 

Bel anniversaire monsieur Edgar Allan Poe – 19 janvier 1809.

2010

C’est ce qu’Edgar Poe aurait sans doute appelé un « mystère insoluble ». Depuis six décennies, un inconnu célébrait chaque année l’anniversaire de l’écrivain en déposant trois roses et une bouteille de cognac français à moitié vide sur sa tombe à Baltimore. Mais cette fois, le « Poe toaster » n’est pas venu, plongeant dans la perplexité ceux qui espéraient trouver un jour la clé de l’énigme.

Le mystérieux visiteur nocturne qui chaque année dépose des roses et une bouteille de cognac entamée sur la tombe du poète américain Edgar Poe le jour de son anniversaire a manqué mardi à la tradition pour la première fois depuis au moins 60 ans, a indiqué un membre de la Poe Society.

« Le visiteur a peut-être renoncé à la tradition car il est de plus en plus difficile d’entrer en toute discrétion dans ce cimetière entourant une église alors qu’une petite foule de gens attend pour voir ce rituel désormais célèbre », a-t-il supputé.

« Il n’est pas venu ce matin », a dit Jeffrey Savoye, le secrétaire et trésorier de la Poe Society qui compte 380 membres, admirateurs de l’écrivain répartis partout aux États-Unis et dans le monde, dont plusieurs en France où ses œuvres ont été traduites par le poète Charles Baudelaire au XIXe siècle.

Généralement il venait entre minuit et 5 heures du matin dans le petit cimetière de Baltimore (Maryland, est) le 19 janvier, depuis au moins 1949 – notant que cette année-là a marqué le centième anniversaire de la mort de Poe.

« Une cinquantaine de personnes ont attendu toute la nuit de mardi à mercredi, dans le froid, sur le trottoir longeant le cimetière, mais en vain », a précisé Jeffrey Savoye.

Plusieurs de ces personnes étaient venues de loin aux États-Unis pour ce pèlerinage qui cette année marque le 201e anniversaire de la naissance d’Edgar Allan Poe.

Le mystérieux admirateur a-t-il rendu l’âme ou été victime d’un malheureux contretemps ? Est-ce la fin de la tradition ? Le conservateur de la Maison-Musée de Poe, Jeff Jerome, restait désemparé devant le rendez-vous manqué de mardi. « Je ne sais pas ce qui se passe », avouait-il.

Le mystère s’épaissit donc, même si le nom de David Franks, un poète de Baltimore, amateur de canulars, a été cité. Âgé d’une soixantaine d’années, cet artiste, passionné par Poe et connu pour ses performances grotesques, s’est éteint la semaine dernière. Mais rien ne permet de prouver qu’il s’agissait bien de l’admirateur inconnu.

Maître du macabre, considéré comme l’inventeur du roman policier, Edgar Allan Poe, l’auteur des Histoires extraordinaires, né le 19 janvier 1809, est mort à Baltimore dans une taverne à l’âge de 40 ans. Le rituel du Poe toaster remonte au moins à 1949, date à laquelle l’Evening Sun de Baltimore évoquait « un citoyen anonyme qui vient chaque année placer subrepticement une bouteille vide (d’une excellente marque) » contre la pierre tombale.

Depuis 1978, Jeff Jerome guettait chaque année le passage du Poe toaster au Westminster Hall and Burying Ground. Caché dans l’église presbytérienne avec quelques amis et fans de Poe, il épiait l’inconnu, silhouette vêtue de noir, au chapeau à large bord et à l’écharpe blanche, qui se glissait la nuit dans le cimetière pour déposer trois roses et le cognac avant de s’éclipser.

Une autre version existe, mais elle est contestée vigoureusement par Jeff Jerome. En 2007, Sam Porpora, ancien historien du Westminster Hall, avait affirmé être le Poe toaster, disant en avoir eu l’idée à la fin des années 1960 pour faire un coup publicitaire. Mais il change régulièrement de version et reconnaît que de toute façon quelqu’un avait repris depuis la tradition.

En 1993, le visiteur avait commencé à laisser des messages, dont l’un qui annonçait : « Le flambeau va être repris. » En 1998, une note laissait entendre que l’initiateur de la tradition était mort, laissant ses deux fils lui succéder.

En 2004, en pleine brouille entre la France et les États-Unis sur la guerre en Irak, le message précisait qu’il n’y avait  « pas de place pour le cognac français » et que la bouteille avait été déposée avec une « grande réticence ».

D’après Associated Press Baltimore

2011

Les admirateurs d’Edgar Allan Poe qui se sont rendus à Baltimore dans l’espoir d’être témoins du retour du « visiteur mystère » de l’auteur américain, après un an d’absence, ont finalement été déçus.

Chaque année, le 19 janvier, un inconnu venait, à cinq heures du matin, célébrer l’anniversaire d’Edgar Allan Poe d’une bien étrange manière. Jusqu’à ce qu’il disparaisse mystérieusement, il y a un an. Le visage dissimulé par un foulard et un chapeau, une canne à la main, l’homme déposait son offrande à l’emplacement originel de la tombe de l’écrivain, à Baltimore. Trois roses rouges et une bouteille de grand cognac à moitié vide. Parfois, un petit mot et un baiser en direction de la tombe.

Un rituel qu’il reproduisait invariablement depuis 1949 sans que son identité soit jamais connue. Mais pour la seconde année consécutive, le « Poe Toaster », comme l’ont surnommé les admirateurs de l’écrivain, ne s’est pas montré. Est-il mort ?

Le Poe toaster était pourtant religieusement attendu par Jeff Jerome, le conservateur du Musée d’Edgar Allan Poe qui jouxte le cimetière. De nombreux admirateurs se levaient également à l’aube pour tenter de l’apercevoir. Jeff Jerome a déclaré que si le Poe toaster ne se présentait pas en 2012, il mettrait officiellement fin à la tradition.

 

2012

Les admirateurs de l’écrivain Poe ont pour habitude de lui rendre hommage le jour de son anniversaire mais l’un d’entre eux, un inconnu, s’est rendu célèbre par sa persévérance et son originalité. Depuis 1949, ce mystérieux visiteur se rendait, chaque 19 janvier, au cimetière presbytérien de Baltimore pour y déposer des roses et du Cognac. Seulement, depuis 2009, l’homme n’est pas réapparu, délaissant quelques curieux initiés à l’image de Jeff Jerome, le conservateur du Musée Edgar Poe.

« J’étais plus ou moins résigné à ce que ce soit fini », a déclaré le conservateur qui a « officiellement » annoncé la fin de cette étrange tradition. « Il manquera l’excitation de l’attente (…) Je me rendrai compte sûrement plus tard. Mais là je me sens trop fatigué pour ressentir quoi que ce soit d’autre » a encore déploré Jeff Jerome.

Le mystérieux admirateur, dont un cliché flou, visible à la Maison-Musée Edgar Allan Poe de Baltimore, a été pris il y a quelques années, avait pourtant entretenu l’espoir que cet hommage lui survive lorsqu’en 1993, il avait déposé une note qui affirmait que « le relais serait passé ».

Espoir envolé, comme le corbeau d’un poète.

Bel anniversaire monsieur Edgar Allan Poe – 19 janvier 1809.

 

NEIGE DE LÀ-BAS

 

A Isla Louise, Illusionniste & ambassadrice des carrosses

 

 

Un soir d’hiver

A l’époque où les hivers existaient

L’enfant Marc Chagall s’est mis à lire

À haute voix

Ses Mémoires à venir

Dans un estaminet famélique de Vitebsk

Puis un violoniste est monté sur le toit dudit estaminet

Et s’est mis à faire danser les flocons de neige

[…]
Puis presque flocon à son tour

Le violoniste s’est envolé

L’enfant Chagall

L’a observé

Rapetisser

Puis disparaitre

Etonné

Ou à peine
Devant la soupe familiale

L’enfant Marc

A dit à sa mère

Maman je voudrais être peintre.

Tu le vois, maman, je suis un homme comme les autres

*

 

À force de « trop » peindre

Il se mit presque à croire à son talent

Ce n’était pas tant la peinture qui le fascinait

Mais ce qu’elle cachait

Derrière ses intentions

La couche invisible

Inavouée

Entre la toile et les pigments

Il aimait cette idée

Que l’artiste abuse de ses émotions et leurre son regard

Ce que cache le « repentir du peintre » est l’enfance du peintre
Le « repentir » est un fantôme qui ne s’ignore pas

 

EXOPOÈME

 

 

Pour Nina Gealach

– Qu’est-ce que tu fais là ?
– Comme toi, je voyage et j’encourage les étoiles, aussi.

Nina Kepler-47 c.
Nina-no de Kepler-452 b
exopoème

Demande-leur si on peut aller là-bas
24 étoiles par seconde
Cosmos à peine
Une lanterne musicale
Des étoiles qui chantent

Nina-no de Kepler-452 b
Calibre Kaliban

Mysterium Cosmographicum
La musique tourne
tourne
tourne dans l’inconnu(e)
Charles-Valentin Alkan, Marche funèbre pour la mort d’un perroquet.

Nina Kepler-47 c.
Kairaban l’entêté
Bosphore et voie lactée

Parce que la nuit
veilleuse élégante & nullement chagrine.
adoucit
aussi
le chuchotements des étoiles
en une petite musique de chambre
Nocturne Derviche
Comme le vent à l’âme
Ou le regard de l’autre

Nina-no de Kepler-452 b
Compas & planisphère

Quand il neige, levez le nez,
tandis que Kepler le savant s’agite
En poétiques expériences sexangulaires
Et souriez mon étoile
Incandescente
Incandescendante

A l’univers tout entier

Nina Kepler-47 c.
Fée-folle et feu(e)

Là-Bas
Tout là-haut
Quand les étoiles
S’imaginent
sans alignement
Kaléidoscopiques

Nina-no de Kepler-452 b
Exopoème

Croyez aux étoiles
Folles et légères
Chantonnez leur murmures
qu’elles vous soient bienveillantes

Collectionnez les astres Aux allures de petits chemins
croyez en vos justes et impudiques étoiles
et si vous croyez à une étoile
qui n’existe pas
cherchez-la
c’est la bonne

 

L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE D’ÉRIC POINDRON

 

Florence Trocmé est la présidente de la commission poésie du Centre national du livre.

Poezibao, le journal permanent de la poésie conçu et réalisé par Florence Trocmé. Un almanach poétique, l’actualité de la poésie, des portraits, des notes de lecture, des interviews, des comptes rendus d’évènements…