« BREFS » DE GEORGES KOLEBKA

Georges Kolebka possède un don, celui de faire court dans un monde où la longueur serait une qualité : regardez tous ces films qui s’allongent, ces romans qui s’épaississent comme s’il y avait vertu à dire beaucoup. Maître dans l’art de la brièveté qui fait mouche ou qui touche, il envoie à quelques fidèles dont on déplore qu’ils ne soient pas plus nombreux ses recueils effilés, confettis dans la monotonie d’une littérature qui se prend très au sérieux et qui même quand elle sourit se regarde le faire, complaisante et navrante : que je suis drôle nous disent nos comiques patentés, que mon cynisme est de bon aloi, que mes vacheries sont bienvenues, etc… Rien de tout cela avec Monsieur Kolebka qui cultive l’élégance en même temps qu’il polit et repolit son ouvrage sans cesse jusqu’à cet évident miracle qu’est un texte court avec ce “rien de trop” qui fait la différence. Pas de héros, seulement des personnages ou des figurants saisis dans le rare moment où ils sont dignes d’un regard, pas d’héroïsme, seulement ce quotidien qui tricote à longueur de temps des situations cocasses qu’un œil mal exercé ne remarquerait pas, ou des grandeurs ignorés qui nous rappellent que le ridicule, bien décoré, engendre des sourires plus beaux que des moqueries. Georges Kolebka ne recule devant rien, pas même les gloires de notre panthéon littéraire, les finesses de notre langue ancienne, les métiers les plus nobles : tout y passe, en un trois coups de pinceau.

Mais rien ne vaut, pour le comprendre, un extrait, et l’éditeur, l’heureux Castor astral (collection « Curiosa & cæetera ») qui lui est fidèle depuis de nombreuses années, nous pardonnera cette liberté, le texte choisi est fort… bref :

AU CAS OU

« J’entrepose sur cette page 65 quelques mots au cas où me viendrait une idée de roman:  petite madeleine, infusion de thé ou tilleul, tante Léonie, maman, petit coquillage de pâtisserie, Gilberte, Guermantes. »

C’est Brefs et cela vient de paraître. C’est dit. Et c’est très bien.

Par David Vincent, Editions L’Arbre Vengeur.

Brefs, de Georges Kolebka, Illustration de Casajordi (éditions Le Castor Astral, collection « Curiosa & cætera » dirigée par Eric Poindron)

Illustration de Casajordi