ÉTRANGE QUESTIONNAIRE


L’étrange questionnaire d’Éric Poindron
Ou comment trouver soi-même des réponses aux questions existentielles – et ludiques !
L’étrange questionnaire d’Eric Poindron fait partie de ces ONI (Objets non-identifiés) pour lesquels son auteur a tant d’appétit et de curiosité. On y trouve bien sûr des questions mais pas que… Nulle place pour des réponses attendues dans ce livre. Il s’agit d’un appel, d’une invitation qui a la particularité de s’écrire avec vous puisqu’un espace blanc vous est réservé sur chaque page, miroir de vos pérégrinations.
« Les questions ne sont pas indiscrètes, les réponses le sont parfois » disait O. Wilde, ici Eric Poindron vous plonge du côté le plus intime de vous-même par des questions qui n’ont pas été posées, véritables passages secrets dont il est l’architecte.
Une interview au confessionnal ? Peut-être. Tout un livre pour interroger votre esprit, et seulement 1 minute pour répondre à chacune des questions, et pas question de revenir en arrière ! L’étrangeté ne réside pas seulement dans le questionnaire, elle nous constitue.

L’étrange questionnaire d’Éric Poindron, éditions Les Venterniers.

© Stan Silla pour Radio Classique

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L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE

 

Eric Poindron vous met à la question.
Le livre que …vous devrez écrire vous-même.

Par Jérôme Leroy

S’il fallait inscrire Eric Poindron dans une tradition, ce serait incontestablement celle des fous littéraires, telle que la définissait le regretté André Blavier, fou littéraire lui-même, qui leur consacra une étude encyclopédique où il regroupa ces écrivains atypiques, délirants, obsessionnels, drôles, pessimistes, et le plus souvent confidentiels même si certains, comme Xavier Forneret, ont été sauvés de l’oubli par une présence dans L’Anthologie de l’humour noir de Breton. On pourrait ainsi voir en Eric Poindron une réincarnation du bibliomane romantique Charles Nodier ou le personnage de Chambernac dans Les Enfants du Limon de Queneau qui lui aussi compile des auteurs à son image, fantasques et inclassables.

On doit déjà à Eric Poindron un De l’égarement à travers les livres, De l’autre côté du miroir aux livres ou encore Belles étoiles, ouvrages transgenres qui mêlent rêveries bibliophiliques, évocations d’écrivains, poèmes en prose, tentatives de définitions des étranges pathologies qui l’animent dans sa recherche permanente de curiosités littéraires plus ou moins tératologiques ou encore voyages plus ou moins imaginaires en compagnie de Stevenson, Nerval et autres aimables francs-tireurs qui évoluent comme lui sur la frontière ténue qui sépare la réalité de l’illusion et les vivants des fantômes pour qui sait regarder la Tour Saint-Jacques se découper sur un ciel d’orage.

Au pays des questions
Il vient de sortir, aux éditions Les Venterniers, un autre opus inclassable, très élégamment présenté, intitulé L’étrange questionnaire. Cet étrange questionnaire s’adresse bien sûr à vous. Qu’on se rassure, ce livre n’est pas un interrogatoire, tout au plus une sollicitation polie, amusée, émouvante parfois. Dans l’idéal, il devrait en fait vous inciter vous-même à écrire.

Eric Poindron se place sous le patronage d’Oscar Wilde, « Les questions ne sont jamais indiscrètes. Les réponses le sont parfois. » et de Jules Renard, « Je me pose des questions. Qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que je suis ? Qu’est-ce que je veux ? J’y répondrai avec sincérité ; car je veux avant tout m’éclairer moi-même. Réellement, je veux me regarder à la loupe » pour vous poser soixante questions qui sont autant d’invitations à y répondre une ligne ou en cent pages, libre à vous.

Quelques exemples : « Quel est le personnage le plus étrange que vous ayez rencontré, que vous aimeriez rencontrer ou que vous aimeriez être ? » (Question n°11), « Quelles sont les trois, ou les cent choses que vous aimeriez faire avant de mourir ? » (Question n°34) ou encore « Que pensez vous des animaux empaillés et quel animal empaillé souhaiteriez vous posséder ? » (Question n°54). On est loin du questionnaire de Proust, lui-même inspiré des keepsakes des jeunes filles de la bonne société anglaise qui l’avaient élaboré pour se trouver un mari idéal. Eric Poindron a l’imaginaire plus baroque mais si vous jouez le jeu, seul ou avec des amis, vous n’en découvrirez pas moins vos propres peurs, espoirs, bonheurs et à l’occasion de manière très poétique comme dans cette question n°31 où il vous est demandé d’inventer une nouvelle pièce aux échecs en précisant son rôle et sa manière de se déplacer.

Tout cela est entrelardé d’anecdotes littéraires et de citations (Daumal, Wells, Roussel, Pouchkine) et offrira un de ces divertissements civilisés qui sont encore ce que l’on peut opposer à une certaine goujaterie contemporaine qui confine paisiblement à la barbarie. Laissons pour finir la parole à Eric Poindron lui-même qui résume ainsi le projet de L’étrange questionnaire : « L’étrange questionnaire est un cabinet de curiosités – dont vous serez à la fois le conservateur et le gardien – qui peut à chacun donner un peu d’imagination ; et l’envie de prendre le crayon afin d’aller presque au bout de cette imagination. »

Bref, un divertissement civilisé, certes, mais aussi un bel exercice de subversion. L’un n’empêche pas l’autre, au contraire.

L’étrange questionnaire d’Eric Poindron (éditions Les Venterniers )

© Jérôme Leroy pour Causeur.

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ETRANGE & POLYMORPHE


Par Philippe Chauché


« 27 – Quels sont les trois écrivains les plus étranges que vous avez lus, et quel est l’écrivain le plus étrange que vous connaissiez ; et pourquoi ?
N.B. Le masque est un loup pour l’homme. Et même – et surtout ! – pour l’écrivain ».
« 25 – Vous vous endormez et passez « de l’autre côté du miroir » que se passe-t-il et que s’y passe-t-il ?N.B. Toutefois attention, souvenez-vous des mots de Lewis Carroll “Ne soyez pas si pressée de croire tout ce qu’on vous raconte… Si vous vous efforcez de tout croire… vous deviendrez incapable de croire les vérités les plus simples” ».

Même en cherchant bien, aucun livre publié en ces temps ne ressemble à cet étrange questionnaire, et Eric Poindron, en romancier polymorphe, s’en est donné à cœur joie pour concocter ce pétillant questionnaire où le lecteur est invité à répondre, à écrire, à dessiner, à griffonner, à surligner, à mettre son grain de mot dans ce questionnaire romanesque. L’auteur pourrait bien surgir d’un film de Méliès, de la Foire du Trône, ou encore d’une lanterne magique, tant l’étrangeté y règne, et d’ailleurs personne ne peut affirmer que l’auteur n’a pas quitté, le temps d’imaginer ce questionnaire, la malle à malices d’un magicien inspiré, pour se glisser chez un éditeur qui n’y a vu que du feu. Les fantômes, les cabinets de curiosités, les animaux étranges empaillés, les revenants discrets, les sociétés secrètes, des sabliers, des planisphères, les voyages dans le temps, et des livres peuplent ce questionnaire sans pareil, et à chaque page, l’enfance du roman se dévoile, c’est une plongée réjouissante dans un univers peuplé de monstres et merveilles, et de petites phrases sorties du chapeau claque d’Éric Poindron, grand farceur littéraire.
« 37 – Comment classez-vous vos livres et vos bibliothèques et peut-on faire “voisiner” sur une étagère de bibliothèque deux auteurs irrémédiablement brouillés pour la vie, et pourquoi ? »
« 41 – Sous quelle forme aimeriez-vous figurer dans un cabinet de curiosités, celle d’un manuscrit, d’un objet magique, d’un animal empaillé ou d’un auto-portrait ; et pourquoi ? »
L’effet romanesque, comme on le dit de l’effet papillon, traverse ce petit livre qu’il vous faudra en partie écrire, et se propage de page en page, c’est un tremblement de phrases réjouissant, auquel participent quelques écrivains qui eux aussi n’ont pas manqué d’éclats, et de sautes de styles dans l’art de dérouter leurs lecteurs : Georges Pérec, Oscar Wilde, Italo Calvino, Antonio Tabucchi, Raymond Roussel, Marc Twain. Des joueurs d’échecs, des maîtres de la réussite, des inventeurs de mondes et de villes, des piétons qui marchaient la tête en l’air, des amateurs d’Afrique, des lecteurs d’hétéronymes, des créateurs de mythes, des amuseurs lettrés, des littérateurs joyeux, aux mille devinettes, cachant parfois entre les pages de leurs romans quelques tours de magie littéraire.
« 57 – Ecrivez la dernière phrase d’un roman ou d’un livre étrange à venir (mais ne comptez pas forcément sur nous pour l’éditer) ».
L’étrange questionnaire, une fois publié, va peut-être un jour se multiplier. Quelques lecteurs s’étant prêtés au jeu, le petit livre passera de main en main pour finir dans le cabinet de curiosités de l’auteur. Dix, vingt, trente exemplaires uniques qui se glisseront aux quelques places laissées vacantes par trois animaux empaillés dérobés ou par quelques livres anciens vendus par nécessité, l’auteur amusé de cette situation nouvelle pourra alors envisager de rééditer ce questionnaire et ses réponses, offrant de nouvelles aventures littéraires et de nouvelles questions à ses futurs lecteurs.

L’étrange questionnaire… ou le livre qu’il vous faudra en partie écrire. Ou dessiner, éd. les Venterniers, novembre 2016, 108 pages, 14 €

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© Philippe Chauché pour La Cause Littéraire.

ÉTRANGE

L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE D’É. POINDRON OU… LE LIVRE DE LA SORTIE

par Jef Tombeur

Après ceux de la rentrée, le livre de la sortie, soit L’Étrange questionnaire d’Éric Poindron… ou le livre qu’il vous faudra en partie écrire ou destiner (non, dessiner). Par où, la sortie ? À vous de la trouver.

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Je me suis livré par ailleurs (où ? Peut-être dans les limbes, peut-être un jour sur le site Blasting News, ou jamais) à un singulier exercice d’atelier d’écriture. Soit chroniquer un livre sans en donner le titre complet, ni le moindre contenu, encore moins la plus infime citation. Ce n’est pas si incongru car le projet de ce livre est bien de vous en faire trouver la sortie (en librairie depuis le 12 nov. dernier, en vente en ligne sur le site des éditions Les Venterniers). Sortie en votre for intérieur puisqu’il s’agit, sous des questions insolites, voire dérangeantes, de meubler le blanc de la page de vos réponses calligraphiées, griffonnées, ou ce que vous voudrez, comme le titre l’indique.

En son Cabinet de curiosités, samedi soir, Éric Poindron nous expliqua que l’idée lui était venue d’animer l’un de ses ateliers d’écriture à l’université de Reims en proposant un questionnaire. J’avais participé à un tel atelier à l’institut Charles V (univ. Paris-Diderot), sous l’égide d’une coach étasunienne de divers écrivains et poètes, circa 1994, je crois. C’était coton. Non point d’avoir à écrire en anglais, mais de creuser un thème donné, à respecter plus ou moins. Et puis le niveau égalait celui de la fameuse Iowa Writer’s Workshop (enfin, pas le mien, celui de la plupart des autres) dont est issu le prolixe Tom Coraghessan Boyle (dit T. C. Boyle), qui enseigne à présent à l’université de Los Angeles. Tout ce que produit Éric Poindron interpelle. En 60 questions, augmentées parfois de notes de bas de page, parfois en irréalité augmentée, il vous le prouve à nouveau. Pour qui se destine à la littérature, sa mise en jambes en vaut vraiment d’autres, françaises ou étrangères. Qui ne tend qu’à l’effleurer en tirera aussi profit.

Venterniers et coquillards

Venterniers et coquillards ne sont pas quasi-synonymes, mais figurent peut-être à proximité dans un dictionnaire analogique. En son Cabinet de curiosités (vous trouverez en ligne sa projection virtuelle), il nous fut expliqué, par l’artiste Bmz Sorcier Coloriste, qu’au temps de François Villon, les coquillards se déguisaient en pèlerins de Compostelle pour vendre des coquilles à la sauvette. Quant aux venterniers, ils risquaient souvent les assises pour avoir commis effraction en réunion et par escalade. Un gag de journaleux consistait à recueillir auprès de chacune des consœurs et chacun des confrères des mots qu’on qualifie aujourd’hui d’improbables à placer dans un article, si possible d’actualité (pour moi, ce fut la conférence d’un semi-escroc de la finance qui se lançait en politique – non, en 1980, Emmanuel Macron était trop jeune pour l’envisager, la confusion s’exclue d’elle-même). Des mots genre ornithorynque, pour n’en mentionner qu’un trop aisé à caser. Théoriquement, le projet d’Éric Poindron est de vous faire réagir à ses questions en une minute, sans le moindre chronométrage. Cela n’a aucune importance (prenez au besoin tout votre temps). Mais vous pouvez en faire un jeu de société, aussi exquis qu’ectoplasmique, en vous mettant à plusieurs pour dénicher des mots dont vous imposerez l’emploi à qui se retrouvera devant le blanc de la page.

De courts textes à lire d’abord

Avant de vous lancer à faire de votre imagination la pierre de touche de vos questionnements (sur par exemple le désir de posséder un animal empaillé, l’une des propositions de Poindron), je vous engage à lire préface, postface, collophon, et la présentation de l’ouvrage par Edward Gauvin, auteur, animateur de la Weird Fiction Review, soit la Non-Denominational Source for the Weird, ainsi que les nota bene ou post-scriptum qui émaillent les pieds de diverses pages. Car l’ouvrage est aussi un livre, un essai, et, au-delà du roman, la littérature, enfin, la bonne, l’authentique, est truchement pour se remémorer et recomposer le passé afin de se projeter vers le futur. J’incite même à préserver cet Étrange questionnaire d’Éric Poindron en l’état et de reporter ses réponses sur le devenu ancien (et rare) Nota bene pour une année des éditions Presses Pocket (qui n’est autre qu’un livre blanc peu maçonnique, en fait un carnet type Moleskine doté d’un titre et d’un texte tronqué en couverture). Les plus ambitieuses et les plus téméraires tenteront de combiner leurs réponses en un roman ou un récit que, peut-être, les éditions Les Venterniers publieront.

Bel ouvrage

Par ailleurs, cet opuscule est un keepsake abordable (14 euros), que tout amateur, toute férue de littérature prendra plaisir à recevoir. La couverture, d’Isla Louise, est à déployer, la mise en pages et le gris typographique sont plaisants, et le format (10,5×21 mm) autorise à laisser dépasser de sa poche, en gage d’un éventuel engagement de conversations. Ce sera peut-être aussi, pour les bibliophiles, un précieux ou pépère investissement (ce sera selon le ou les retirages). Très certainement aussi une invite à lire les autres livres, romans ou essais d’Éric Poindron. En prière d’inséré est suggéré « emportez-le dans vos cercles d’amis, il deviendra vite l’invité raffiné de toutes les réceptions » (et perceptions insolites, ajouterai-je), ce qui vous vaudra de distinguées salutations. En périphérie de la sphère de couverture, notez cette esperluette italique ornée séparant Wunderkammer & confessionnal. De quoi vous porter à (re)visiter en ligne les divers wunderkammern (cabinets de curiosités), soit les kunstkammern (arts), schatzkammern (trésors, exceptions), rüstkammern (objets historiques), &c. Il s’agit parfois d’un « simple » meuble (de bonne taille et souvent à complications, tiroirs à double fond, niches subreptices, glissières et coulisses dissimulées…), comme celui de Mark Dion, à la Tate Modern (Londres), souvent de pièces, salles, si ce n’est enfilades ou labyrinthes de locaux. Celui d’Éric Poindron est aussi gouvernemental, mode kitchen (privé, officieux, voire occulte), mais c’est une toute autre histoire. L’Étrange Questionnaire vous en offre une clef, celle d’un royaume onirique liant sial, sima et firmament, déliant votre imagination (merci à Bmz Sorcier coloriste et à Natacha Giafferi-Dombre, spécialiste du vodou haïtien, de m’en avoir fait entrevoir la cachette). Car l’ouvrage a portée initiatique, valeur de jeu de piste. Lancez-vous, élancez-vous… Allez, je file vers un autre François, en me remémorant Aragon (« Et nous dirions Vilon comme tout le monde, si François Villon ne s’était prémuni contre notre ignorance en faisant rimer son nom avec couillon »).

© Jef Tombeur pour Comme4News

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