UN LIVRE UN LECTEUR

 

Florence Bertout, reçoit Eric Poindron pour évoquer le très beau livre Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, éd. Finitude.
Une émission conçue et présentée par Florence Berthout Maire du 5ème, tous les dimanches de 11h35 à 11h55.
Pour écouter et voir l’émission ON CLIQUE ICI
PETIT POUCHET, UN DRÔLE D’OISEAU QUI DEVIENDRA GRAND
« Le texte précisait : « entre Paris et la mer, le fleuve descend de 26 mètres. » Très lentement, pendant cette petit croisère, nous allions chuter d’un immeuble de dix étages. »
L’Odyssée minuscule et les leçons de choses ornithologiques et poétiques d’un honnête homme, de peu et de bien, à la nostalgie pudique et douce-amère, comme un Des Esseintes en devenir, mâtiné d’apprenti Sherlock Holmes, égaré au pays d’Emmanuel Bove, est parfois un sacré voyage.
« J’avais proposé à Gilles de venir avec moi. il m’avait répondu avec quelque chose comme de la pitié dans la voix que « les oiseaux ce n’était pas son truc ». Je m’étais échauffé : « Mais ce n’est le truc de personne, Gilles.Moi non plus ce n’est pas mon truc, ce n’est pas la question […] »
Un voyage au petit cours le long d’une Seine-Mississipi chafouine et serpentine.
Clin d’oeil à Borges, au perroquet de Flaubert, à la Girafe de Charles X, aux savants opiniâtres, illustres ou méconnus, à un Muséum désuet de province, en un inventaire à la Bouvard et Pécuchet.
Et des oiseaux, aux allures de cailloux blancs, comme si il en pleuvait.
Les plus longs voyages sont ceux que l’on fait à l’intérieur de soi, ou aux temps pas si réjouis de son enfance.
« Pendant un instant, j’ai regretté l’âge protégé où école et croyance était obligatoire. »
Et puis un livre où l’on fait presque halte à Giverny, où les femmes ont des voix suaves et fragiles « comme un vieux morceau de bois verni. », où l’on rêve à des dauphins miniaturisés faisant le bonheur des propriétaires d’aquarium, où des milieux de canards en plastique de salle de bains font les fous dans les eaux de l’Alaska, est un exercice réussi de voltigeur ; comme un périple littéraire de rare tenue qui aurait plu à Swift, l’auteur des voyageurs de Gulliver qui se lamentait, déjà, en constant que : « Je fais à présent une expérience très répandue chez les auteurs modernes ; a savoir, écrire sur rien. »
Ici, et si justement, le contraire de rien, ce sont tous ces riens minuscules qui, mis bout à bout avec habileté nous donnent l’envie de grand large.
Il n’y a rien, dit-on aux iles d’Aran, et pourtant, c’est ce rien qui nous intéresse, doit-on croire en relisant Nicolas Bouvier.
« J’irais revoir ma Normandie » a-t’on ici, presque envie de fredonner.
Le premier roman de Victor Pouchet est un déjeuner de soleil, une escapade de jouvence, et un lumineux baptême qui célèbre à l’envi les eaux et les oiseaux.
Oui, le héros de Pouchet est tout petit, mais son auteur est déjà grand.
Chapeau & merci capitaine.
Aux réjouissantes éditions Finitude, ça coule de source.

 

BIBLIOMANIE & BAL DE FANTÔMES

BIBLIOMANIE & BAL DE FANTÔMES
RADIO LIBERTAIRE – 89.4 FM
JEUDI 19 OCTOBRE – 15 h à 16 h 30.
 
Avec Valère-Marie Marchand :
Jeudi 19 octobre, entre 15h et 16h30, Eric Poindron sera l’invité de l’émission Bibliomanie (Radio Libertaire 89.4 FM) à l’occasion de la publication de « Comme un bal de fantômes » au Castor Astral, dans la collection « Curiosa & caetera ».
Nous y parlerons des saisons de la vie, des romances d’antan, des fantômes bienveillants, des fraternités poétiques, d’amitiés sur parole, de géographies intérieures et bien évidemment du temps qui passe, de la douce mélancolie des jours et des chemins qui se dessinent en nous…
Une invitation à papillonner et à voyager entre les lignes à découvrir très vite sur nos ondes libertaires…

TCHOUANG TSEU & PAPILLONS

 

« Les hommes connaissent tous l’utilité d’être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile. »
Les œuvres complètes de Tchouang-Tseu, ou Zhuangzi, – IVe siècle avant J.-C. – , livre sans fond(s) composés de réflexions et de vrac – « Ce sont les professeurs qui ont mis le désordre dans le monde. » -, de philosophie, de poèmes et de farces, ressemblent à un magma guilleret et abyssal où les grenouilles se mettent à converser.
« Jadis, une nuit, je fus un papillon, voltigeant, content de son sort. Puis, je m’éveillai, étant Tchouang-tseu. Qui suis-je en réalité ? Un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ou Tchouang qui s’imagine qu’il fut papillon ? »
Sans oublier cet humain lucide qui décide de se servir d’un crâne comme oreiller. Alors que le premier demande au second si il n’est pas trop triste d’être mort, le crâne répond au premier : « Mais comment peux-tu être aussi certain que la vie est meilleure que la mort ? »
À vérifier, bien sûr ; mais une chose après l’autre.


LÉGER COMME UN SILENCE

 

Des brumes et des premiers songes
Des pérégrins légers
Qui saluent
Au loin
Les ballons dirigeables

Des mélodies anciennes
Des chuchotements lointains
Des salles « des pas retrouvés »

Des nuits et des des fanfares qui chuchotent
Et sèment des cailloux blancs,

Des sourires sous les écharpes
Des nuits qui font les folles
Et se prennent pour des arcs-en-ciel

A la presque nuit tombée,
Au cœur des silences taquins
Et des anges bleutés
qui se jouent des étoiles
et jonglent
Avec les lucioles
Chut…

 

BIEN-VEILLANT

 

Comme je fuis le sommeil, je lirai encore jusqu’à l’épuisement.
Le matin, il existera encore ce temps, ou ce nouveau lieu inexplicable qui succèdera au réveil en chahut.
Il faut recommencer chaque jour à se revisiter.
Ce chaque jour, nous ouvrons et inaugurons un nouveau « studiolo », une chambre des merveilles confidentielles et imaginaires. Qu’avons-nous fait durant la nuit ?
Des rêves sans scrupule, des pas secrets, des sauts de puce dans le coeur des anges ?
Les philosophes, les phrénologues de naguère et les neurologues sont incapables d’expliquer cet endroit inconnu.
Cette nuit par exemple où je collectionnais des insectes que je conservais dans une boîte d’entomologiste comme le vertueux Jean-Henri Fabre.
Au réveil, seulement un scarabée delicat, à mes côtés.
Tombé d’un livre.
Échappé d’une lecture
Et bien vivant.
L’un d’eux est sur le dos.
Nous nous observons, crédule
Je le retourne et, loin de la nuit et du manque de Poe, lui souhaite une belle journée.
Avec les bien-veillants Gil Jouanard & Pierre Michon