ALICE, VOUS AVEZ DIT ALICE ?

 

« Alice est un personnage inventé, bien que je connaisse pour de vrai une jeune fille dénommée Alice, et même une seconde, qui est par maladresse tombée dans un terrier.
[…]
« Alice au pays des merveilles, c’est peut-être moi ! »
Un certain peut-être, Charles Lutwidge Dodgson à John B. Frogg
In Pathologies & facéties littéraires, de Eric Poindron, les Venterniers

 

 

COMME UN BAL DE FANTÔMES

 

 

Comme un bal de fantôme est un roman-poème en fragments, et une collection de poésies résolument narratives qui célèbrent les géographies sentimentales, le cosmos ou le caillou simple rencontré sur le chemin. En six saisons, une vie se raconte, ponctuée de neiges, d’enfance, d’apprentissage, des papillons ou de grands hommes. À travers les livres ou sur les chemins confidentiels, des lieux / instants se dessinent : des hommages aux amis, vivants ou imaginaires, des pays parcourus ou rêvés. La jubilation côtoie la mélancolie, et le rire laisse toujours un peu de place à la pluie, comme le temps qui passe, gris incertain et multicolore. La poésie se veut vivante comme une main tendue, comme un joli moyen de se “mettre en marche”, de “rire et faire le bien” .

Oui, les mots ont toujours le dernier mot.

 

Invitation à la poésie, éloge du voyage et manifeste pour une insatiable curiosité, Comme un bal de fantômes est tout cela à la fois.
Éric Poindron nous mène, avec une belle érudition, dans un univers de jardins peuplés de chats, de livres, de poètes, de fantômes…
Plus qu’un livre poétique, c’est une ode à la poésie elle-même, avec ses hommages et ses collections de merveilles.

Parution le 1er  juin
Le Castor Astral, collection « Curiosa & caetara »

 

ECHO

Il avait perdu la vue
comme d’autre la raison ou le Nord
Tourmenté inquiet
Il avait tâtonné
exalté aveugle
Pour finir par mettre la main
en echo
sur des regards
Comme lorsqu’il était enfant
Et qu’il approchait l’oreille des coquillages
Et quand il s’approcha du coquillage
Il n’entendit pas
Mais il « vit » la mer
ll faut savoir quelquefois
s’allonger sur le sable
auprès de l’océan
apposer son oreille contre les eaux
et les écumes
afin d’entendre
le chant du coquillage


nice-sea

CELUI-LÀ MÊME

 

Celui-là même est vendangeurs mes bon frères
Il sent le tanin observe les papillons
qui se reposent  sur les cuves
Il croit à l’alchimie de la chimie
caresse le chien du patron
Et goute le « vin doux »
Quand le patron l’y invite

Celui-là même travaille du mieux qu’il peut mon bon patron
même si il confond les vacances et les vendanges
Il ne possède pas de vignes mais il cherche à s’instruire
Curieux de tout il goute les « deuxièmes tailles »
observe les cuves et les papillons
et cherche savoir dans quel sens tourne le pressoir

parfois il donne un coup de mains quand il faut déplacer les raisins
Les guêpes caracolent au-dessus des « paniers mannequins »

Celui-là même vient des villes
parle aux paniers aux raisins
et même aux abeilles qui ont des tailles mannequins

Celui-là même admire le travail du vigneron
tandis que le vigneron le croit en vacances

Ca chahute dans les vignes
Ca rit en chantant
Ca boit fort
Ca pose encore des questions au patron

Celui-là même croit qu’il est en vendange comme un papillon
Comme un vilain qui goute
parle à la vigne
Questionne les abeilles
Parle au raisin
Et fatigue le patron

Celui-là même fait les vendanges en pensant que
C’est dur les vendanges

A la fin de la journée
Il franchit les petits fossés
escalade la butte jusqu’au pressoir
pour entendre la machine bourdonner
comme les abeilles
comme les raisins qui tournent
et comme les abeilles qui tournent autour du raisin

Il fait doux et sucré dans les derniers soirs de septembre
La machine bourdonne
Ca tourne comme la terre à vignes
Ca grince
Ca grossit le vin
ça ronronne
Ca fait des efforts d’hercule comme un pressoir

Et puis ça sent le vin et l’allégresse
Ca sent la craie comme la craie sent l’enfance
La nuit qui tombe est de sucre
Les papillons s’amusent avec les étoiles

Le saint-Vincent de bois et de chêne observe le raisin qui tourne
Le pressoir qui grince
La vierge est présente
Elle aussi
Une madone en bois de tilleul
Qui comme saint-Vincent
Observe celui-là même qui observe
Le saint vigneron
Les abeilles
Les papillons
Et le chien du patron

Elle est belle la Vierge
Il est doux le Saint-Vincent
comme le vin doux du patron
presque comme le patron

Si Celui-là même possédait des vignes
Il voudrait ressembler au pressoir
Ronronner
Forcer
Grincer
Fouler
Faire des efforts de Samson
comme l’hercule de la foire

Ca trinque près du pressoir
Ce sont les amis du patron
Habillés comme des travailleurs qui ne travaillent pas
L’un croque un raisin et tend son verre
L’autre soupèse une grappe
Fier
Comme s’il soulevait un gibier

Celui-là même sourit car il reconnait la grappe
Il l’a coupée cet après-midi
Il a fait connaissance avec la grappe
Mais pas avec les amis du patron

C’était dans le bel après-midi
Dans une vigne qui chantait
Auprès des abeilles qui gouttaient au raisin

Une belle grappe
Une amie
Une belle vigne

Et des vendangeurs autour
Toutes les abeilles faisaient la vendange

Le raisin tourne
Tourne encore dans le pressoir
et les messieurs du patron se sont habillés
bien habillés pour le repas du soir
Ils tournent autour du pressoir du patron
Ils oublient les grappes et trinquent àSsaint-Vincent
Ca tourne

Saint-Vincent n’a pas de verre
Le patron se sert encore
Et serrent les amis
Celui-là même se serre la ceinture
Et les amis félicitent le patron de si bien tourner

Celui-là la même pense au ciel qui fait presque tout
Le matin la nuit et même l’après-midi
A l’heure de la sieste des amis du patron
Le ciel fait tout ce que le patron ne peut pas faire

Les amis du patron observent leurs verres sans regarder le ciel
Celui-là même trinque avec le ciel
C’est le ciel qui invite

Le ciel n’a pas de pressoir pas de vignes
Alors il offre à celui-là même des étoiles confettis
Celui-là même est philosophe
Et se dit que le ciel est bon

Pendant ce temps les fainéants font méridienne
auprès du travail achevé
Près de Celui-là même qui
après avoir foulé le raisin
sué comme la vigne
Meurt de soif
Si loin du pressoir

 

raw

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NUIT NOIR ET BLANCHE

— Mon cher Gérard, je peux vous appeler Gérard ?
Vous lisez trop, vous écrivez trop, vous voyagez mal. Vous nourrissez votre esprit de vieilles chansons et de croyances bizares.
Et Nerval, car c’était lui, de répondre : « Il y avait de quoi là faire un poète et je ne suis qu’un rêveur de prose. »
Gérard de Nerval, † 26 janvier 1855 (- 18 ou 19°c),
Rue de la vieille lanterne, Paris.

∆ « ˙sǝʌêɹ sǝɯ ɹǝıɟıɹéʌ ɹnod ıɐǝƃɐʎoʌ ǝɾ » Ω

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