MYSTÈRE

Peut-être que, tout comme nous, vous vouez une véritable passion à Gérard de Nerval ?
Savez-vous que dans la nuit du 1 octobre 1838, alors qu’il revenait d’un voyage en Allemagne avec Alexandre Dumas – et son Ida Ferrier –, il s’arrête à Troyes, quittant la voiture sans la moindre explication. Nerval s’enfonce dans la « nuit profonde », comme il l’a écrit. Dans Les Nuits d’octobre justement. « Des corridors, – des corridors sans fin ! Des escaliers, – des escaliers où l’on monte, où l’on descend, où l’on remonte, et dont le bas trempe toujours dans une eau noire agitée par des roues, sous d’immenses arches de pont… à travers des charpentes inextricables ! Monter, descendre, ou parcourir les corridors, et cela, pendant plusieurs éternités… Serait-ce la peine à laquelle je serais condamné pour mes fautes ? »

Nerval ne donnera jamais la moindre explication. Que cherche-t-il à Troyes, terre de templiers ? Est-il sur les traces de Rachi, le talmudiste médiévale ; a-t-il un rendez-vous secret dans la ruelle aux Chats ?

Nous connaissons la fascination de Nerval pour les sciences secrètes et occultes et pourtant, aucun biographe officiel n’a mentionné cette disparition. Durant plusieurs jours, Nerval n’existe plus.

Alors voilà pourquoi nous existons.

Le chercheur est un homme de raison. Le détective littéraire est un homme de terrain et d’intuition. Et peut-être doué d’une incurable imagination. Il fouille dans les archives certes, il est là aussi pour rétablir la vérité, mais il enchante aussi.
Appelons cela, les coulisses du mystère.

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NUIT(S), FOLIE, FANTÔMES

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Par Jérôme Bolteau, ancien libraire

« … Pardon ?  « Nuit(s), folie, fantômes & quelques masques » d’Eric Poindron, oui, bien-sûr, je l’ai lu, et je tiens à préciser que je l’ai au préalable acheté.

Ce ‘pas grand chose’ m’a par exemple fait me rapprocher en quelque sorte de Claude Seignolle, vous connaissez ? Non ? Et ben, moi, comme ce Eric, nous avons rencontré Monsieur Claude à la bibliothèque, en province, par hasard, y a quelques années. Non, pas dans la même bibliothèque. Oui, revenons au livre, oui. Ce bouquin « Nuit(s), folie, fantômes & quelques masques d’Eric Poindron » ne ressemble vraiment à rien, rien d’habituel, ‘rien de commun’ comme disait Corti (José, ou Philippe, je sais plus), parce qu’il n’y a même pas de boussole pour s’orienter dans le brouillard de ces pages reliées par des mains toutes humaines, lesquelles ont, dans le désordre, noué, découpé, imprimé, collé, massicoté, numéroté et daté au crayon de bois/à papier, …ces même mains ont aussi inséré une carte de visite, manuscrite au verso. La neige tombant dans la cave.

Ni un roman, ni un recueil de nouvelles/poèmes, ni un journal intime, ni un guide touristique/philosophique/culinaire/bibliographique, ni un catalogue, ni un lexique.

Pas non plus une autobiographie masturbatoire du genre de celle proposée en dépôt par un Thénardier qui confie au libraire être inquiet d’avoir égaré tout à l’heure un billet de banque dans les pages d’un de ses exemplaires. Chamisso au château de Boncourt en 1793. Y a quand même des photos, un peu, même si pas en couleur, et des contributions d’autres personnes, dont Beigbeder, mais pas que non plus. Y a quoi d’autre dedans ? -Jean-Baptiste Grenouille/John B. Frogg – … Et ben, en fait, y a comme qui dirait un sommaire sur la première de couv’, la fameuse boussole, mais sans indication de numéros de pages… -Traité de la délation, éditions Cortex Frères, Rodolphe Trouilloux clerc de notaire, avocat, détective (1887-1922).

Qu’à cela ne tienne, je vais placer un signet à chaque partie/chapitre annoncé, au fur et à mesure de l’avancée de ma lecture, afin de compléter ce sommaire sommaire : Impossible : les pages ont beau comporter au minimum une astérisque, voire parfois même un titre dans les espaces séparant les paragraphes, et toujours un numéro entres crochets en bas à droite/gauche, l’encre semble être fantôme. Nerval/Daumal. La couverture et chaque page de ce bouquin sont une sorte d’âne rouge/Khun Chang Khun Phaen, ou jeu du taquin : dès qu’elle est manipulée, touchée, tournée, retournée, les lettres glissent et se recombinent en de nouvelles phrases toujours renouvelées. Les combinaisons semblent infinies, c’est pourquoi il est très difficile de retrouver un passage lu l’instant d’avant/d’après. En gros, sachet que vous manipulez, garni de petits cailloux colorés, un objet insaisissable. Sachet que vous manipulez, avec de ci de là, comme à la plage, une coquille, dont vous n’aurez pas la vulgaire et déplacée attention de cacher le Q.»

Témoignage recueilli un soir à l’aube, sur la Lande, par Jérôme B.

« Quelques éditeurs me promettent parfois de prendre mes textes si ceux-ci deviennent de petits guides estivaux, légers et fourmillant d’adresses touristiques. Toutefois, C’est exactement ce que je ne souhaite pas faire. Là où tel éditeur attend de bonnes auberges, je préfère des lits de fortune. Quand tel autre exige des parcours balisés et chronométrés, je n’ai que des culs-de-sac et des chemins de traverses à leur proposer. Alors je renonce aux commandes et j’écris pour moi. Les manuscrits restent dans mes tiroirs tout remplis de fantômes et de secrets. Par hasard heureux, quelques écrivains bienveillants ament quelquefois mes textes. J’ai préféré longtemps, et préfère encore aujourd’hui, leur reconnaissance à l’édition de livres simplifiés et caviardés. Je n’ai aucune impatience et crois que l’on a toujours raison d’attendre. A patient, patient et demi.»

Nuit(s), folie, fantômes & quelques masques d’Eric Poindron
, page [58], exemplaire n°32 daté du 30.09.2016, éditions Les Venterniers.

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CODEX GIGA ou « LA BIBLE DU DIABLE »

 
Bienheureux lecteur lave tes mains
Et manie le livre comme ceci :
Tourne les pages délicatement, évite
De toucher les lettre avec tes doigts,
Celui qui ignore l’écriture n’imagine
Pas que cela puisse être un travail, qu’il est pénible d’écrire ; la vue en est troublée, les reins en sont broyés et tous les membres souffrent cruellement.
Trois doigts écrivent, mais le corps entier souffre.
 
Complainte d’un scribe au VIIe siècle
 
 
Dans le jargon bibliophilique, un livre fantôme est difficile à dénicher puisqu’il ne reste à se place, sur les étagères publique, que le carton d’identité qui attestait de sa présence et de son existence.
Le Codex Gigas ou « Bible du Diable » n’est pas un livre fantôme.
 
 
« Codex Gigas ou « Bible du Diable »
 
Un moine anonyme du couvent des bénédictins
du village de Podlazice
près de la ville de Chrast
en Bohême de l’Est
en serait l’auteur
27 ans de travail
un seul homme
Début du XIIIe siècle.
Autour de l’année 1229
50,5 centimètres par 93 centimètres
ou 97
75 kilogrammes
les peaux d’au moins 160 animaux
624 pages de texte manuscrit
manque huit pages
312 feuilles de parchemins
quatorze textes différents
Ancien Testament
Nouveau testament
 
Manuel des prêtres
Liste des pêchés
Listes des pénitences
Ars medicinae
Formule médicale
Contre
La fièvre
L’épilepsies
Les autres maladies
Formules incantatoires
Calendrier nécrologique
Chronica Boëmorum
Chronique des Bohémiens
 
Et un diable
Griffu
Cornu
haut de cinquante centimètre
Qui fait la grimace
 
Souvent, la main se lasse
Avec le temps
Et l’épreuve
la calligraphie change
le copiste renonce
 
Ici, la calligraphie est la même
Vingt-sept ans de pureté
 
La légende
un moine
condamné à être emmuré vivant
Afin d’échapper à son supplice
Il promet d’écrire
en une seule nuit
le plus grand livre du monde
quand minuit approche
il implore le diable
de l’aider
à terminer »
 
Extrait de MARGINALIA & CURIOSITÉS, E. P. , Éditions Les Venterniers, 2015.
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Votre serviteur s’émerveillant devant le Codex Gigas, ou Bible du diable,
Prague, 2007, non loin de la célèbre – et cachée – porte des enfers,
chère aux sages kabbalistes.

ORTHOGRAVE & MANUSCRYPTE

L’imaginaire monastique a su inventer, par – ou avec – facétie, un démon particulier, appellé  Titivillus, et parfois « Tytyvillus », « Tutivillus », « Tutuvillus », afin d’excuser les erreurs et les fautes des moines calligraphes.
La répétitivité de la tâche des moines copistes occasionnait des erreurs et les mots étaient mutilés, déplacés, mal orthographiés ou tout simplement absents, et il fallait rappeler aux moines leur pêché d’inattention.
Ainsi ces derniers faisaient porter la responsabilité́ de leurs erreurs à ce petit diable, et se dédouanaient en écrivant au dos de leur copie : « Titivillus m’a fait faire cette faute. »
Il apparaît la première fois dans le « Tractatus de penitentia », écrit vers 1285 par John de Galles qui ajoute : « Quacque die mille / Vicibus sarcinat ille. »
Chaque jour, Titivillus devait trouver assez d’erreurs pour remplir son sac mille fois ; erreurs que le démon apportait au diable. Chaque erreur, comme un péché, était dûment enregistrée dans un livre face au nom du moine qui l’avait commise, afin qu’il soit énoncé le jour du Jugement dernier.
Et les moines de s’exclamer avant la moindre faute : « Puisse Titivillus ne pas remplir trop sa besace ! »
Même s’il disparaît peu à peu à la Renaissance, il demeurera longtemps dans l’imaginaire collectif puisque Shakespeare l’évoque dans le deuxième acte de son « Henri IV » et qu’au siècle dernier, le très sérieux dictionnaire de référence « The Oxford English Dictionary », mentionnait encore son nom dans une note de bas de page.
Extrait Marginalia & Curiosités, Eric Poindron, Éd. Les Venterniers
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L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE

Que de surprises vous attendent au détour de ce jeu de questions ! Derrière les portes entrouvertes par son auteur, une invitation à se découvrir et à faire connaissance. Qu’il suggère des réponses drôles, secrètes, fantastiques, oniriques, cet exercice vous amène peu à peu à un autoportrait hors du commun. Emportez-le dans vos cercles d’amis, il deviendra vite l’invité raffiné de toutes les réceptions. Livrez-vous à lui durant vos veillées solitaires à la bougie, il sera bientôt le confident de vos pensées légères, déconcertantes ou les plus extravagantes. L’ouvrage sied aux audacieux qui n’hésiteront pas à noircir toutes les pages de notes ou de croquis, comme aux timides qui feront avec ce petit guide inspirant les premiers pas vers le dévoilement de leur créativité.
Et pour mieux éclairer la lanterne du lecteur, Éric Poindron prolonge votre incursion dans l’étrange par des articles, fragments ou listes qui forment un délicieux florilège de curiosités.

 

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Outil précieux à qui souhaite animer des ateliers d’écriture, L’Étrange Questionnaire fournira aussi un véritable atout à l’enseignant ou bibliothécaire qui désire sensibiliser à l’écrit et à la lecture, au professionnel qui organise un séminaire, au bloggeur qui compte rédiger une page de présentation originale, etc.

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Illustration de couverture : Isla Louise
108 pages • 21 x 10,7 cm
isbn 979 1092752 28 1 • 14 euros
les Venterniers • collection « La Chambre forte »