COMME NEIGE

Mysterium Cosmographicum…

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Une nuit d’hiver à Prague
Mysterium Cosmographicum…

Johannes Kepler (1571-1630) l’astronome & savant
cherche un présent unique
pour son protecteur et bienfaiteur,
son « maitre & mécène »
– Matthäus Wacker von Wackenfels,
chevalier et patron des écrivains et philosophes.
31 décembre 1610

Au cœur des bourrasques,
il découvre un flocon de neige,
présent unique qui va lui révéler
toute la cohésion du Cosmos.
« un cadeau digne d’un mathématicien, puisqu’il descend du ciel et ressemble à une étoile »

« A partir de ce presque Rien, un minuscule atome de neige, j’ai été proche de recréer l’Univers entier, qui contient tout ! »

Il s’adresse à son maître :
« Votre excellence, mon cadeau pour vous ce soir est une dissertation sur la forme hexagonale de la neige »
Je sais à quel point vous appréciez le Rien.
Et donc je peux facilement dire qu’un cadeau vous fera d’autant plus plaisir qu’il se rapprochera de Rien.

« figure cosmopoétique », dit Kepler
« fabricatrice du monde »
Un flocon

« Une forme qui a six angles et six branches, duveteuses comme des plumes ?
Il doit y avoir une cause pour laquelle la neige a cette forme de petite étoile à six branches.
Cela ne peut pas être dû au hasard. »

Tout le mystère du monde
Et toute sa construction

L’étrenne ou la neige sexangulaire

Quand il neige, levez le nez,
tandis que Kepler s’agite
En poétiques expériences
Et souriez
A l’univers tout entier

MARGINALIA & CURIOSITÉS, Editions Les Venterniers.

 

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EXCÈS

Un jour béni que ce 30 novembre 1667, naissance de Jonathan Swift, honnête homme un peu farceur qui, à défaut d’instruire les domestiques, fit une« modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à charge à leurs parents et à leur pays et pour les rendre utiles au public »…
« Je reconnais que j’ai beaucoup tardé pour répondre à ta lettre.  Je n’avais pas d’autre excuse d’ailleurs qu’un excès de paresse, et pour moi cette excuse est très valable; même si dans le monde on ne l’admet pas facilement, elle me fait aussi bon effet que, chez les autres, celle de l’excès de travail. »
Jonathan Swift, Lettre à son cousin Thomas Swift, Oeuvres, La Pléiade.


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FANTÔMES ?!

« Je meurs au-dessus de mes moyens » Oscar Wilde – † 30 novembre 1900 Paris, hôtel d’Alsace, rue des Beaux-Arts.

Alors, bon anniversaire, monsieur le fantôme Oscar Wilde…

« (…) Je gage que s’il y avait le moindre fantôme en Europe, nous l’aurions bien vite chez nous, dans un de nos musées publics, ou en tournée pour l’exhiber. »  Le Fantôme de Canterville.

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L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE D’ÉRIC POINDRON

Par Christine Bini

Un questionnaire n’est pas un test. Qui dit « test » pense « connaissances » et « évaluation ». Et qui dit questionnaire pense immédiatement « Proust ». Eric Poindron, maître ès-étrangeté, ami des fantômes et spécialiste des livres imaginaires, ne pose pas tout à fait ses pas dans les pas de Marcel. Si le questionnaire de Poindron est étrange, c’est avant tout par le dispositif qu’il impose : soixante questions, une minute par réponse, et donc une heure à consacrer pour dessiner une manière d’autoportrait.

L’étrangeté de cet étrange questionnaire repose aussi, bien entendu, sur la surprise provoquée par les questions. Qui ne sont pas toujours des questions, qui sont parfois des injonctions amicales – et diablement intimes. Par exemple : « Vous êtes au confessionnal ; alors confessez-moi l’innommable ». Cette question n°20 est précédée de dix-neuf autres – et suivie de quarante – qui, toutes, nous poussent dans des retranchements qui ont peu à voir avec le trivial et tout à dénicher dans la psyché, l’imaginaire et la capacité de s’émerveiller. « Quelle étrange collection aimeriez-vous imaginer ? » (on laisse au lecteur la découverte de la suite de la question 54…) ; « Qu’est-ce qu’un poète et qu’attendez-vous de la poésie ? » (question 48). N’oubliez pas : vous n’avez qu’une minute pour répondre ! Et en une minute, vous avez toutes les chances de dire une belle part de vérité.

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L’ouvrage, sous une couverture impeccable en noir et blanc, rugueuse au toucher et douce à l’invite, est formidablement paginé : sous l’en-tête de chaque question, une belle plage de couleur crème où pencher ses réponses immédiates, avec parfois une note de bas de page qui incite à rêver plus avant. Dans son avant-propos, Eric Poindron nous livre un souvenir d’enfance : sa grand-mère l’avait surnommé « Monsieur Pourquoi ». Tous les enfants posent des questions. Poindron, lui, va soulever d’autres interrogations, moins terre-à-terre, plus surprenantes, du genre : « Qui vous regarde dans les yeux lorsque vous les fermez ? » Ah ben oui, tiens, au fait… Qui ? En fin d’ouvrage, on trouvera un texte éclairant d’Edward Gauvin, écrivain et traducteur américain, grand connaisseur de nos littératures de l’étrange. Gauvin, dans son article, souligne la difficulté d’une définition de l’ « étrange » : est-ce l’insolite ? Le bizarre ? La question se pose pour le locuteur français. Elle se pose aussi, et en d’autres termes, pour le traducteur. Cet étrange questionnaire, qui nous pousse dans nos étranges retranchements, pose également des questions lexicales et mentales.

Eric Poindron est aussi l’agitateur d’un cabinet de curiosités numérique. C’est sur la toile qu’il prolonge sa manie collectionneuse de déchiffreur et défricheur du fantastique – ou du gothique, ou de l’horrifique, dans tous les cas du poétique.

Voilà un livre à offrir, comme un cadeau intime. Un livre que l’on doit prolonger, une sorte de carnet partageable lorsqu’il est encore vierge, mais à garder au secret quand on y aura couché ses réponses… car on s’y sera dévoilé presque entièrement. A moins que l’on n’aime, comme Eric Poindron, faire visiter son cabinet de curiosités – ici, en l’occurrence son cabinet de curiosités mentales.

*

Je livre en aparté, et en clin d’œil, ma réponse à l’étrange question n°57 « Ecrivez la dernière phrase d’un roman ou d’un livre étrange à venir (mais ne comptez pas forcément sur nous pour l’éditer). »

Ma réponse, donc : « Il leva enfin les yeux au ciel et n’y vit que le reflet d’un gouffre. »

Eric Poindron, L’Etrange questionnaire, éd. les Venterniers, novembre 2016, 108 pages.

Christine Bini est Essayiste et chroniqueuse littéraire. Elle anime le blog LA LECTRICE À L’OEUVRE

 

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L’ÉTRANGE QUESTIONNAIRE


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L’Etrange Questionnaire d’Éric Poindron

… est à l’image de son auteur, il vous fait parler de vous en parlant de lui. Nous sommes beaucoup plus, en effet, dans les questions que nous nous posons que dans les réponses possibles. C’est élégant, fantasque, érudit, malicieux, parfois lunaire, parfois inquiétant, parfois discrètement émouvant.

 
À la question 31*, je répondrai l’ Amoureux. Cette pièce ne pourrait bouger que si la Reine est à moins de deux cases. Elle se suspendrait à son cou, la ferait changer de couleur mais une fois sa mission accomplie, elle en mourrait. »

Jérôme Leroy, écrivain & journaliste

 
* Quelle est la pièce supplémentaire qu’il faudrait inventer au jeu d’échecs, et qu’elle serait sa fonction ?

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