MARGINALIA & CURIOSITÉS

Le cabinet de curiosités abrite des objets savants, insolites, poétiques et constitue un lieu d’érudition et de création. Parce que le secret de la composition est l’art de la rencontre, les êtres et les choses cohabitent dans cet « espace-monde », au sein duquel le gardien du cabinet de curiosités veille sur les mystères et la fantaisie et détient les clés de la séduction.

Avec Éric Poindron, le cabinet de curiosité se trouve à une adresse postale ou dans l’espace démultiplié et virtuel de la toile, ou même encore au creux des pages d’un livre, lui-même, dans un jeu de miroir, invité du cabinet de curiosités et objet de séduction par excellence. Aussi, au fil de la succession et surtout de l’entrelacement des spicilèges marginaux, le lecteur que l’on souhaite curieux, c’est-à-dire rigoureux (dans son souci d’émerveillement) et concentré (dans son attention à l’excentricité), découvrira…

Citations, Biblionomadie, Bibliopathonomadie, Livres rares, Fantômes, Livres introuvables, Jeux d’échecs, Auteurs qui n’existent pas, Pierres – peut-être – précieuses, Disparus de la littérature, chats fantômes, fous littéraires, poètes essentiels, sphère armillaire, Livres étranges & singuliers, « Oubliés, délaissés dédaignés », Gérard de Nerval, Passeurs de livres, Typographie insolite & jubilatoire, Licorne, Orthotypographie, Coquetteries graphiques, Papillons, Alfred Kubin, Caviar et caviardage, Collectionneurs, Johannes Kepler, Coquilles en tout genre, Cryptozoologie, Palimpsestes, Mots rares & précieux, Globes terrestres, Machines à écrire, Bibliothèques méconnues & secrètes, Babel-liens, Conversations et badineries, Repentir, Fantômes de bibliothèque, Labyrinthes, Maréchal Ney, Gaston Leroux, Gastronomadie, Momies, « Ranger / classer », Unica, Rhinocéros, Wunderkammer, Personnages & portraits, Iconographie livresque, Passage en Revues, Crânes, Miscellanées & spicilèges bibliomaniaques, Edgar Allan Poe, Livres monstres, Merle blanc, Livres-Mondes, Dans les marges, Julio Cortázar, Artefact, Charles Nodier, Faux livres, Objets imprimés, Bibliophile, Bibliomanie, Bibliolâtrie, Promenades littéraires, Unica, Marginalia, Occulte & co, Et cætera.

Le lecteur s’en apercevra bien tôt – dès l’avant-propos intitulé « Le Beau est toujours bizarre » par A. Sanchez : loin de constituer une simple accumulation d’objets hétéroclites, le visage du cabinet de curiosités est celui de son créateur, ou plutôt « son reflet diffracté dans un miroir concave ». Aussi, tout le livre-cabinet de curiosités dit son architecte : le choix des objets curieux, la manière de les présenter, de les mettre en lien et celle, tout aussi singulière, d’ouvrir ses portes au monde. Mais puisque l’ouvrage se veut marginal, et qu’il faut l’avouer son curieux créateur l’est également, le collectionneur-auteur ne se contente pas d’être présent dans l’interligne, il se signale lui-même à son lecteur et s’invite dans son propre cabinet, devenant ainsi créature (quitte à s’imaginer « une belle taxidermie », et « des yeux de verre du meilleur effet », et à conseiller « au propriétaire de [s]a dépouille de glisser ses objets usuels – briquet, coupe-cigare, et même crayon de papier, cloche pour les domestiques, loupe, lunettes demi-lunes pour la lecture – dans les poches profondes de [s]on élégante robe de chambre afin de ne pas avoir à les chercher »).

On l’aura compris, avec ce nouvel ouvrage Éric Poindron défie les genres et se joue des normes pour offrir à celui qui désirera le suivre un étonnement qui n’aura d’égal que le plaisir de sa lecture.

Du reste, l’ensemble n’est pas clos : au lecteur de prendre sa place dans les vastes marges des pages ou dans les vastes pages des marges…

 Marginalia & curiosités, petites histoires & géographie curieuse des cabinets de curiosités, de Éric Poindron, éditions Les Venterniers

EXTRAITS

« Quand mes notes sont trop longues pour tenir dans l’espace d’une marge, je les confie à une feuille de papier que je glisse entre les pages et que je fixe par de la gomme. Il se peut que tout cela ne soit qu’une manie, quelque chose de banal et d’inutile. Cependant j’y prends plaisir. »

Edgar Allan Poe, Marginalia

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Dans le jargon bibliophilique, un livre fantôme est difficile à dénicher puisqu’il ne reste à sa place, sur les étagères publiques, que le carton d’identité qui attestait de sa présence et de son existence.

Le Codex Gigas ou Bible du Diable n’est pas un livre fantôme.

Note de l’éditeur : le lecteur aura le plaisir de l’admirer en couverture de notre ouvrage.

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Un plateau d’huitres est presque un cabinet de curiosités.
Une machine à écrire de Sholes & Glidden recouverte de motifs floraux  semblable à de la marqueterie pourrait être un cabinet de curiosités.
Bien que savamment tachetée, la peau de la girafe n’est pas tout à fait un cabinet de curiosités.
Un cimetière n’est pas un cabinet de curiosités ; la tombe d’Edgar Allan Poe, à Baltimore, est encore moins un cabinet curiosités.
Le Brouillard du 26 octobre – de Maurice Renard – est un cabinet de curiosités grandeur nature, et pour cause !
La typographie est presque un cabinet de curiosités.
Les souterrains de la ville de Lyon ont parfois l’apparence d’un cabinet de curiosités.
Le cabinet sanglant de Barbe-bleur n’est ni un cabinet d’anatomie – plus pâle que celui des squelettes blanchis – ni un cabinet de curiosités.
Le labyrinthe est une collection de cabinets de curiosités.
Un confessionnal n’est pas un cabinet de curiosités.
Le voyage – tous les voyages – autour de la chambre peuvent devenir un cabinet de curiosités.
Le Tour du jour en 80 mondes de Julio Cortázar (Gallimard, 1969) est un cabinet de pensées curieuses et divergentes mijotées « comme un fond de cuisson ».
Le pigeon-marsupial, aperçu par le jeune Victor Hugo – et confirmé par Charles Nodier – lors du sacre de Charles X, en 1825, qui niche dans les tours de la cathédrale de Reims, est assurément un cabinet de curiosités volant.
La machine à écrire Sholes sur laquelle Mark Twain écrivit Les Aventures de Tom Sawyer est un cabinet de curiosités qui fait du bruit.
Le Codex Gigas ou Bible du Diable est peut-être plus étrange qu’un cabinet de curiosités.
La machine à écrire sur laquelle écrivait Abdul Karim qui fut à la fois, le confident, le serviteur et l’ami de la reine Victoria est, parfois, un cabinet de curiosités à ciel ouvert.
Le cinéma et la poésie – Venezia central – de l’artiste-orchestre F. J. Ossang sont un seul et même cabinet de curiosités.

MIROIR, DIS-MOI…

 

Et comme l’a si justement écrit, puis démontré, John B. Frogg, l’écrivain et détective de l’occulte dans son ouvrage de référence Effrois & conversations d’outre-tombe – éditions Esculape frères – : « Il existe bel et bien un « de l’autre côté », mais de quel côté sommes-nous ? »

LETTRES OUVERTES AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S

« Le résultat du mélange d’une vérité et d’un mensonge est toujours un mensonge, sauf dans les romans où c’est une vérité. »

Javier Cercas, L’imposteur

« Les fantômes disparurent en jetant des cris plaintifs. »

Gérard de Nerval, Deuxième rêve des Nuits d’octobre

 

Cher(s) vous,

Pour paraphraser – et rendre hommage – à la fois à Madame du Deffand et à G. K. Chesterton, nous pourrions écrire « je ne crois pas aux fantômes et si j’en ai peur, je sais comment les combattre. ». Nous pourrions aussi écrire que lorsque les fantômes sont astucieux, et Dieu sait s’ils le sont, ils se cachent en pleine lumière. Et puis, même si nous ne croyons guère aux fantômes, ce sont eux qui décident, ou non, de nous visiter, et ce seulement s’ils croient en nous. Nous pourrions aussi prétendre que les fantômes n’ont qu’une seule histoire à raconter, c’est pourquoi ils la racontent toujours différemment. Résumons. Les fantômes n’existent pas, j’en ai désormais la certitude, même si je n’en suis pas certain. Les fantômes ne sont guère que les résidents de nos imaginations enfouies, et les nostalgies inavouées d’un autrefois ; aussi, oui les fantômes existent.

Lettre ouverte aux fantômes, les miens, les vôtres & peut-être les leur(re)s, Eric Poindron,Le Réalgar Éditions

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COMME UN BAL DE FANTÔMES

 

 

Comme un bal de fantôme est un roman-poème en fragments, et une collection de poésies résolument narratives qui célèbrent les géographies sentimentales, le cosmos ou le caillou simple rencontré sur le chemin. En six saisons, une vie se raconte, ponctuée de neiges, d’enfance, d’apprentissage, des papillons ou de grands hommes. À travers les livres ou sur les chemins confidentiels, des lieux / instants se dessinent : des hommages aux amis, vivants ou imaginaires, des pays parcourus ou rêvés. La jubilation côtoie la mélancolie, et le rire laisse toujours un peu de place à la pluie, comme le temps qui passe, gris incertain et multicolore. La poésie se veut vivante comme une main tendue, comme un joli moyen de se “mettre en marche”, de “rire et faire le bien” .

Oui, les mots ont toujours le dernier mot.

 

Invitation à la poésie, éloge du voyage et manifeste pour une insatiable curiosité, Comme un bal de fantômes est tout cela à la fois.
Éric Poindron nous mène, avec une belle érudition, dans un univers de jardins peuplés de chats, de livres, de poètes, de fantômes…
Plus qu’un livre poétique, c’est une ode à la poésie elle-même, avec ses hommages et ses collections de merveilles.

Parution le 1er  juin
Le Castor Astral, collection « Curiosa & caetara »

 

LA TECTONIQUE DES NUAGES

 

La tectonique des nuages un miracle absolu et toute bibliothèque ne possédant pas ce livre est une bibliothèque incomplète.

« Il y a moins d’étoiles au ciel que de sujets de livres dans le monde. La plupart ne brilleront jamais. Ils passent, comme des nuages, changent, disparaissent, tandis que d’autres se forment. Quelques-uns tardent à se dissiper, s’imposent, gagnent substance. Un texte qui suivrait leur cours en s’abandonnant à ce qui vient ou au hasard des circonstances comme les nuages au gré des vents aiderait-il à se perdre ou à se trouver ? Ici, du moins, en associant une expérience personnelle ou un souvenir à une réflexion générale, suivrai-je moi aussi une tectonique des nuages, de l’inconstance et du vagabondage, comme il y a une tectonique des plaques, une dérive des continents, un flux des océans, des idées et des mots, et puisqu’on n’accorde généralement aux nuages qu’un coup d’œil, dans un but utilitaire, et souvent pour se plaindre d’en voir, il me plaît de commencer en réparant cette injustice.

Aussi étranges que des fantômes qui vivent sans exister, rétifs aux catégories par quoi l’homme tente d’appréhender la réalité, plus simples et pourtant plus complexes que ne le voudrait sa logique, des multitudes énigmatiques parcourent les lieux où nous vivons, nous qui aimons dresser des listes, distinguer des classes, décrire des systèmes, vouer le roc, le chêne ou le hibou au destin d’un règne impossible à franchir : minéral, végétal, animal, bien qu’une rivière qui naît, qui meurt, et dont l’humeur varie nous paraisse aussi vive qu’un oiseau liquide dont la vie serait un cours et le chant un murmure. »

La tectonique des nuages, Armand Farrachi, éditions José Corti

Dans La Tectonique des nuages, sont justement accordés l’amour de la littérature et l’amour de la nature. Librement, comme au gré des nuages, souvenirs, expériences, lectures conduisent à une quête de sagesse, aussi bien dans la nature (la dernière parade amoureuse du tétras lyre dans un monde sauvage menacé, le journal d’une semaine passée dans les forêts slovènes à la recherche des ours, l’attention portée aux nuages, aux roches…) que dans les livres (les bonheurs d’expression chez Montaigne), ou dans la société (ceux qui se prennent pour des artistes comme d’autres pour Napoléon…). De multiples anecdotes posent des questions générales : la perte d’un portefeuille et les fausses contrariétés, le charme des passantes, l’extinction de l’espèce humaine et la libération des animaux, les pavés parisiens et la nostalgie des révolutions, la misanthropie et le bon usage des invités, la présence des morts…
La Tectonique des nuages, qui participe de la description, du récit et de l’essai s’inscrit dans le genre si libre de l’écrit intime, illustré dans notre histoire littéraire par les “essais”, “promenades”, “rêveries”, “journaux”, ou “propos” de grands écrivains.
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Armand Farrachi est l’auteur de romans (de La Dislocation, 1974, à L’Adieu au tigre, 2008) et d’essais, la plupart inspirés par l’écologie radicale (Les Poules préfèrent les cages, 2000). Il s’est engagé pour la nature, contre la société industrielle, pour la protection de la faune sauvage, aussi bien sur le terrain, qu’avec des articles et des conférences, ou par des dossiers concernant le renard, le râle des genêts, les crapauds, la loutre ou l’ours des Pyrénées. Ses derniers textes, mi essais mi récits, ont pour sujet de grands créateurs (Bach, dernière fugue, 2004 ; Michel-Ange face aux murs, 2010).

FEMMES

Toujours citer Jacques Cazotte et son « Le Diable amoureux », et surtout aujourd’hui.
« L’homme fut un assemblage d’un peu de boue et d’eau. Pourquoi une FEMME ne serait-elle pas faite de rosée, de vapeurs terrestres et de rayons de lumière, des débris d’un arc-en-ciel condensés ? où est le possible ?… Où est l’impossible ? »