DU COURRIER

« A voir ce qui s’imprime tous les jours, on dirait que chacun se croit obligé de faire preuve d’ignorance. »

Paul Louis Courrier, in Correspondance, (dans mon édition Firmin-Didot et Cie, 1894, N.DL.R.)

En relisant les Lettres de France et d’Italie de Paul-Louis Courrier – le prince des journalistes et le pourfendeur des idées reçues – en éditions Nillson, je rédécouvre ce formidable argument publicitaire :

IL FAUT LIRE LES 100 CHEFS-D’OEUVRE
de toute les littératures

1 – Pour compléter son instruction et son éducation.
2 – Pour ne pas passer pour un ignorant.
3 – Pour connaître ce que les écrivains de génie ont dit du monde, du passé, du présent et de l’avenir.
4 – Pour se réconforter à cette lecture et y puiser des leçons de courage et d’énergie.
5 – Pour charmer ses loisirs et ne pas connaître l’ennui…

Vous voyez, il n’y a pas que le sport de compétition dans la vie…


Jamais une n’image de Mallarmé n’abolira la littérature

 

 

BIBLIONOMADIE

 

Grapiller, musarder en biblionomade et ouvrir les livres que l’on ne lit guère
Faire un brin de marche et de marché avec les oubliés
Elle a de l’allure la cohorte des dédaignés, des si peu lus

Revoilà Pol Neveux et La douce enfance de Thierry Seneuse
Les frasques inavouées de Fantomas
Le caméléon précieux et les voyages d’un sédentaire de Francis de Miomandre
Les reliquiæ d’un médecin s’essayant à la plume le mercredi comme il existe des peintres du dimanche

Les dimanches de Jean Dézert, justement
Souvenirs fantastiques de l’élégant Maurice Sandoz, comme un Barnabooth qui collectionnerait les automates précieux
Le Keepsake fantastique d’Aloysius Bertrand – aux éditions de la Sirène, s’il vous plait.
Les mémoires de l’ombre de Marcel Béalu traversant le pont jusqu‘aux au fantômes venant à sa rencontre – terrain vague et à l’âme

Les pages sont des villes en fantasmagorie
Et les pas bruissent comme mots chuchotés
Hardellet n’est pas loin ; Hardellet n’est jamais loin
Ouvert la nuit la bohème, toutes les bohèmes n’est-ce pas Monsieur Paul Morand
Et le vieil Hugo en proscriptio
Et Georges Hugo dessinant l’attaque de la ferme de Navarin – 29 septembre 1915 – ou le suisse bourlingueur devait laissait une main et gagner d’autres galons direction la belle aventure
Charrette à Bras Montesquiou- Fezensac
Il ne faut pas se laisser abuser par les titres les vrais et les moins vrais
Comme si la « belle vie » chère à nos « phrères simplistes » et le rire était le sale de l’homme
Léo Larguier camarade artilleur te voilà nous t’attendions
Les voilà nos  « étonnements » à la Guillaume Francoeur
Nos cafés du 13e et de révolutions à célébrer Paul Nizan
En route joli troupe
Musarder et ouvrir les livres que l’on ne lit guère
« Je ne fréquente pas les jeunes auteurs parce qu’ils ne se plairaient pas dans ma compagnie, et parce que je ne me plairais pas dans la leur.  Je n’ai que faire de nouvelles relations. »*

*ÉCRIVAINS & ARTISTES de Léon Daudet, préface de Jérôme Leroy, éditions Seguier.

 

CHUTE

 

Thomas Vinau : Quel est l’intérêt d’un texte court ?

Votre serviteur, alias le curieux gardien : L‘intérêt, je l’ignore ; mais la difficulté, chacun peut essayer de s’y frotter. C’est une épreuve de funambulisme.
Qui, comme Pierre Reverdy, peut prétendre écrire : « En ce temps-là, le charbon était devenu aussi précieux et rare que des pépites d’or et j’écrivais dans un grenier où la neige en tombant par les interstices du toit, devenait bleue. »
Faire court, c’est presque la chute, à coup sûr.

 

LETTRE OUVERTE AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES, & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S

A propos de LETTRE OUVERTE AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES, & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S d’Eric Poindron, cette jolie note de Jeff Tombeur :
« Étrange. Enfin, non, venant d’Éric Poindron, l’insolite est toujours attendu (convenu et imprévisible à la fois, ce qui n’est pas ici oxymore, mais quasi-redondance).
Donc, de lui ayant reçu voici peu une petite plaquette, LETTRE OUVERTE AUX FANTÔMES LES MIENS, LES VÔTRES, & PEUT-ÊTRE LES LEUR(RE)S – Le Réalgar éd. –, petite somme éveillant de multiples réminiscences littéraires d’écrivains et d’auteures ayant frayé avec les spectres, j’imaginais concevoir la suite, plus développée, plus érudite, voire carrément anthologie exhaustive de l’ectoplasmique en littérature ; un truc au nième degré de la cuistrerie feinte et distanciée, égayée d’hyperboliques digressions, bref, &c., un régal pour le pédant interloqué, pris au dépourvu, devant s’armer des dictionnaires et lexiques ésotériques. Incise : pas mal, une phrase de 750 caractères (point final exclu) pile…
Qui veut tenter l’impossible gageure de se mettre au niveau narratif de Poindron devrait lire Straight Man, de Richard Russo, qui vaut bien d’être mis au cursus des ateliers d’écriture de l’Iowa State U. Mais pour moi, ce fut vain, la preuve… Où en étais-je ?
Ah oui, après la Lettre ouvertes aux fantômes, voici le Comme un bal de fantômes (préfacé par Jean-Marie Gourio, auteur des Brèves de comptoir, poète lui-même). Là, je tire à la ligne pour prendre élan avant de me fracasser sur l’obstacle… »
© Jeff Tombeur pour COME 4NEWS

MARGINALIA & CURIOSITÉS

Le cabinet de curiosités abrite des objets savants, insolites, poétiques et constitue un lieu d’érudition et de création. Parce que le secret de la composition est l’art de la rencontre, les êtres et les choses cohabitent dans cet « espace-monde », au sein duquel le gardien du cabinet de curiosités veille sur les mystères et la fantaisie et détient les clés de la séduction.

Avec Éric Poindron, le cabinet de curiosité se trouve à une adresse postale ou dans l’espace démultiplié et virtuel de la toile, ou même encore au creux des pages d’un livre, lui-même, dans un jeu de miroir, invité du cabinet de curiosités et objet de séduction par excellence. Aussi, au fil de la succession et surtout de l’entrelacement des spicilèges marginaux, le lecteur que l’on souhaite curieux, c’est-à-dire rigoureux (dans son souci d’émerveillement) et concentré (dans son attention à l’excentricité), découvrira…

Citations, Biblionomadie, Bibliopathonomadie, Livres rares, Fantômes, Livres introuvables, Jeux d’échecs, Auteurs qui n’existent pas, Pierres – peut-être – précieuses, Disparus de la littérature, chats fantômes, fous littéraires, poètes essentiels, sphère armillaire, Livres étranges & singuliers, « Oubliés, délaissés dédaignés », Gérard de Nerval, Passeurs de livres, Typographie insolite & jubilatoire, Licorne, Orthotypographie, Coquetteries graphiques, Papillons, Alfred Kubin, Caviar et caviardage, Collectionneurs, Johannes Kepler, Coquilles en tout genre, Cryptozoologie, Palimpsestes, Mots rares & précieux, Globes terrestres, Machines à écrire, Bibliothèques méconnues & secrètes, Babel-liens, Conversations et badineries, Repentir, Fantômes de bibliothèque, Labyrinthes, Maréchal Ney, Gaston Leroux, Gastronomadie, Momies, « Ranger / classer », Unica, Rhinocéros, Wunderkammer, Personnages & portraits, Iconographie livresque, Passage en Revues, Crânes, Miscellanées & spicilèges bibliomaniaques, Edgar Allan Poe, Livres monstres, Merle blanc, Livres-Mondes, Dans les marges, Julio Cortázar, Artefact, Charles Nodier, Faux livres, Objets imprimés, Bibliophile, Bibliomanie, Bibliolâtrie, Promenades littéraires, Unica, Marginalia, Occulte & co, Et cætera.

Le lecteur s’en apercevra bien tôt – dès l’avant-propos intitulé « Le Beau est toujours bizarre » par A. Sanchez : loin de constituer une simple accumulation d’objets hétéroclites, le visage du cabinet de curiosités est celui de son créateur, ou plutôt « son reflet diffracté dans un miroir concave ». Aussi, tout le livre-cabinet de curiosités dit son architecte : le choix des objets curieux, la manière de les présenter, de les mettre en lien et celle, tout aussi singulière, d’ouvrir ses portes au monde. Mais puisque l’ouvrage se veut marginal, et qu’il faut l’avouer son curieux créateur l’est également, le collectionneur-auteur ne se contente pas d’être présent dans l’interligne, il se signale lui-même à son lecteur et s’invite dans son propre cabinet, devenant ainsi créature (quitte à s’imaginer « une belle taxidermie », et « des yeux de verre du meilleur effet », et à conseiller « au propriétaire de [s]a dépouille de glisser ses objets usuels – briquet, coupe-cigare, et même crayon de papier, cloche pour les domestiques, loupe, lunettes demi-lunes pour la lecture – dans les poches profondes de [s]on élégante robe de chambre afin de ne pas avoir à les chercher »).

On l’aura compris, avec ce nouvel ouvrage Éric Poindron défie les genres et se joue des normes pour offrir à celui qui désirera le suivre un étonnement qui n’aura d’égal que le plaisir de sa lecture.

Du reste, l’ensemble n’est pas clos : au lecteur de prendre sa place dans les vastes marges des pages ou dans les vastes pages des marges…

 Marginalia & curiosités, petites histoires & géographie curieuse des cabinets de curiosités, de Éric Poindron, éditions Les Venterniers

EXTRAITS

« Quand mes notes sont trop longues pour tenir dans l’espace d’une marge, je les confie à une feuille de papier que je glisse entre les pages et que je fixe par de la gomme. Il se peut que tout cela ne soit qu’une manie, quelque chose de banal et d’inutile. Cependant j’y prends plaisir. »

Edgar Allan Poe, Marginalia

*

Dans le jargon bibliophilique, un livre fantôme est difficile à dénicher puisqu’il ne reste à sa place, sur les étagères publiques, que le carton d’identité qui attestait de sa présence et de son existence.

Le Codex Gigas ou Bible du Diable n’est pas un livre fantôme.

Note de l’éditeur : le lecteur aura le plaisir de l’admirer en couverture de notre ouvrage.

*

Un plateau d’huitres est presque un cabinet de curiosités.
Une machine à écrire de Sholes & Glidden recouverte de motifs floraux  semblable à de la marqueterie pourrait être un cabinet de curiosités.
Bien que savamment tachetée, la peau de la girafe n’est pas tout à fait un cabinet de curiosités.
Un cimetière n’est pas un cabinet de curiosités ; la tombe d’Edgar Allan Poe, à Baltimore, est encore moins un cabinet curiosités.
Le Brouillard du 26 octobre – de Maurice Renard – est un cabinet de curiosités grandeur nature, et pour cause !
La typographie est presque un cabinet de curiosités.
Les souterrains de la ville de Lyon ont parfois l’apparence d’un cabinet de curiosités.
Le cabinet sanglant de Barbe-bleur n’est ni un cabinet d’anatomie – plus pâle que celui des squelettes blanchis – ni un cabinet de curiosités.
Le labyrinthe est une collection de cabinets de curiosités.
Un confessionnal n’est pas un cabinet de curiosités.
Le voyage – tous les voyages – autour de la chambre peuvent devenir un cabinet de curiosités.
Le Tour du jour en 80 mondes de Julio Cortázar (Gallimard, 1969) est un cabinet de pensées curieuses et divergentes mijotées « comme un fond de cuisson ».
Le pigeon-marsupial, aperçu par le jeune Victor Hugo – et confirmé par Charles Nodier – lors du sacre de Charles X, en 1825, qui niche dans les tours de la cathédrale de Reims, est assurément un cabinet de curiosités volant.
La machine à écrire Sholes sur laquelle Mark Twain écrivit Les Aventures de Tom Sawyer est un cabinet de curiosités qui fait du bruit.
Le Codex Gigas ou Bible du Diable est peut-être plus étrange qu’un cabinet de curiosités.
La machine à écrire sur laquelle écrivait Abdul Karim qui fut à la fois, le confident, le serviteur et l’ami de la reine Victoria est, parfois, un cabinet de curiosités à ciel ouvert.
Le cinéma et la poésie – Venezia central – de l’artiste-orchestre F. J. Ossang sont un seul et même cabinet de curiosités.