« L’OMBRE DE LA GIRAFE », SAUVAGEMENT TENDRE

 

 

« L’OMBRE DE LA GIRAFE », SAUVAGEMENT TENDRE.
LE PARISIEN, dimanche 12 août

Sur la plage, il n’y a pas que des pavés. Voici une sélection de sept livres brefs, romanesques, poétiques et même mathématiques, tous magiques.
Roman d’amour, autoportrait, essai sur la poésie des maths… Voici notre sélection de livres pas très épais à dévorer sur la plage

Il faut voir rencontré Éric Poindron pour comprendre que l’olibrius existe vraiment. Avant, on le croyait hologramme de la littérature et de la poésie, prince archidécalé d’un art de vivre aventureux-baroque, locataire d’univers aux décors improbables dans lequel il paraissait le produit de sa propre magie. Mais non, ce jouisseur de vie existe bel et bien et livre un nouvel ouvrage à la douceur sauvage, autoportrait aux éloignements salutaires, aux dépaysements tendres et colorés, sans lesquels nous ne goûterions pas de la même façon aux saveurs de la vie.

L’Ombre de la girafe , d’Éric Poindron, éd. Bleu autour, collection « Céladon »

© Pierre Vavasseur, LE PARISIEN, dimanche 12 août.

 

BELLES ÉTOILES

 

« « On ne tient pas en place et on l’ignore » (p.25).

Dans « Belles étoiles », Eric Poindron incarne la maxime de R.L. Stevenson « le dehors guérit » et ôte toute envie de prévention.
Pendant des années, Poindron me fit office de Saint-Matthieu en me poussant à me trouver des trésors dans les cieux. »

A REPARAÎTRE AU PRINTEMPS.

L’OMBRE DE LA GIRAFE

 

« L’ombre de la Girafe d’Eric Poindron, c’est son Age d’homme,vous savez, celui de Michel Leiris. Comme Eric Poindron est d’une exquise politesse dans la vie et dans ses livres, il fait semblant de sourire. Ou plus exactement,il sourit vraiment parce qu’il n’aime pas jouer de ses mélancolies de manière trop ostentatoire. Elles sont pourtant discrètement présentes dans ce portrait de l’artiste qui connaît le vrai goût du passage du temps. Les décennies s’égrènent dans une autobiographie fantasque à la recherche du père et du grand-père en Champagne. L’auteur se demande ce qu’il a bien pu faire des années d’une existence qui passent et repassent sous nos yeux, dans le désordre. Eric Poindron voudrait bien les collectionner, ces années, comme dans un cabinet de curiosités: et de vingt, et de trente, et de quarante, et de cinquante. Il nous les montre comme ça mais, évidemment, lui, il a la gorge serrée, l’air de rien. Prenez ce livre, si vous voulez comme un divertissement drôle, généreux, amical et érudit. Ce qu’il est, incontestablement. Pourtant, c’est surtout un homme qui se raconte, avec ses rêves et ses manières d’enchanteur qui sait varier ses métamorphoses, ses inquiétudes déguisées en chasse aux chimères.
Il n’a pas oublié pas la phrase de Cocteau: « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » Ou celle de Neruda: « J’avoue que j’ai vécu. » On vous parlait de Leiris. Leiris voulait trouver dans l’écriture, l’ombre de la corne du taureau. Eric Poindron, c’est celle du cou de la girafe. Ca a l’air plus léger, mais c’est bien d’ombre, dans les deux cas, qu’il s’agit. On vous en reparle bientôt, ailleurs, un peu plus en détail. On voulait juste, pour l’instant, vous dire notre plaisir, et notre émotion. »


Jérôme Leroy

 

L’Ombre de la girafe, un voyage au lon cou, Éric Poindron, éd. Bleu Autour, collection « Céladon »

 

L’HOMME-LIVRE, LE LIVRE DE LA FÊTE DE LA LIBRAIRIE

Chaque année, la librairie indépendante se pare de ses plus beaux atours. À l’occasion de la Sant Jordi, journée de célébration de la lecture en Espagne, la France suit le mouvement. Et les libraires offrent, avec le livre qu’on leur achète, une rose.
Pour cette 20e édition, ce sont 480 libraires de France, Luxembourg, Belgique et Suisse romande qui prendront part à l’opération.
Pour l’occasion, un livre tiré à 23.000 exemplaires sera offert aux clients, durant la journée du samedi 28 avril.
Réalisé en partenariat avec Actes Sud, le livre pose quelques questions cruciales.
Le projet ? « Comment faire ressentir aux jeunes générations confrontées à la dématérialisation de la lecture, cette vie incroyable, intense et silencieuse, d’un homme avec un livre ? » Un homme ? Pas une femme ? Oui, parce qu’il s’agit, poursuit-on, de déjouer « la sombre prédiction d’André Schiffrin », qui prophétisait l’édition sans éditeur.
Le livre met ainsi en avant « trente et une maisons d’édition ou collections contemporaines, que les libraires adorent célébrer ou faire découvrir dans leur pratique ». Le tout est accompagné des photos de Jérôme Bonnet, qui est parti à la rencontre « de femmes-livres ou hommes-livres, souvent dans l’ombre. Il les a incarnés et mis en lumière en réalisant d’eux trente et un portraits photographiques intrigants ».
L’ouvrage dispose d’une préface signée par Jean-Paul Capitani, directeur du développement du groupe Actes Sud, qui avait pris la place de Françoise Nyssen une fois nommée ministre de la Culture.
« Ce que j’ai le plus aimé, c’est vendre des livres, des livres le plus souvent pas lus. C’était bien plus tard un souci esthétique, le livre était une charge trop belle pour moi, un inaccessible », écrit-il.
« L’école peut ravager un enfant, j’avais été relégué en “moderne” alors que je savais que le latin/grec était la voie royale. Mais que faire ? À 9 ans et demi en sixième classique, mon destin était scellé : “Pas littéraire”.
Je fus chassé, et un jour, bien plus tard, j’ai vendu des livres comme un jeu, en sachant que je n’allais pas gagner d’argent, mais que c’était beau !
Et je voyais partir les livres avec leurs lecteurs, avec le sentiment de faire quelque chose de nécessaire, d’utile.
On n’apprend que de l’autre et à mon époque, encore aujourd’hui on apprend de cet autre rendu intime par le truchement du livre. »
On trouve une autre préface, signée de Marie-Rose Guarniéri, de la librairie Les Abbesses à Montmartre. En tout, ce sont 32 éditeurs qui sont portraitisés, avec, parfois, un entretien, un poème ou quelques mots et une photo, toujours.
« Afin de parler de ce que les libraires doivent aux éditeurs et à leurs catalogues, j’emprunterai ce titre : Grâce leur soit rendue, des mémoires du grand éditeur Maurice Nadeau. Il s’adressait aux écrivains de son merveilleux catalogue et aujourd’hui, au nom de tous les libraires, je l’adresse aux éditeurs, ces hommes et femmes de l’ombre qui ont ensorcelé ma pratique…
Ensemble, nous menons jour après jour une guerre du goût pour défendre la fragilité de textes enchanteurs qui déplacent les lignes. »

BON MÉNAGE

 

 

L’art du rangement aventureux & jubilatoire de bibliothèque ou comment faire bon ménage & non mauvais mélange…

« La parfaite maîtresse de maison veillera à ce que les oeuvres des auteurs hommes et femmes soient décemment dissociés et placés sur des rayons séparés. Leur proximité sauf à être mariés, ne pouvant être tolérée »

Règlement d’une bibliothèque anglaise, 1863

 

 

 

 

COMME UN BAL DE FANTÔMES

 

Merci John Silver pour cette précieuse et sensible lecture : 

« Je m’oblige à fixer ce moment, ne serait-ce que dans une seule ligne d’un poème que je n’écrirai pas. ».
Je commence par une phrase de Virginia Woolf parce qu’elle est née un 25 janvier ! Et que c’est joli les anniversaires.
Une petite vague à tire d’aile, cette phrase. A la page 20.
Et maintenant que vais-je faire ?
J’ai les paupières qui vacillent.
Fragile beauté des papillons de la couverture dont le grain du papier, dont le grammage est suavement rugueux ! Juste assez pour vous faire croire que vos mains sont encore douces. Que le temps n’est pas passé. Que la poésie vous fait vivre et mourir.
Et qu’il n’est pas trop tard pour apprendre à jouer !
Impression de papier recyclé. Qui vient donc de loin. Et qui est tout neuf.
Des souvenirs, des poèmes, balayés. Pas oubliés.
« Des chrysanthèmes minuscules qui ne meurent jamais »
Des inventaires. Des listes ; des sous-listes. De la joie. De celle que seul un enfant pourrait ressentir. Ou un lecteur dont le regard baigne dans ce vin de vigueur !
Une mélancolie perceptible comme un tintement de cloches dans une foire tzigane
« Tempêtes de neige à Novgorod et à Reykjavik »
« Des nuits qui durent comme neige au soleil »
Incroyablement rétro et indubitablement nouveau !
C’est une brise ce livre voyez-vous ! Des poètes le traversent. Un poète l’écrit. Le traverse.
« Il n’y a pas de sot métier ». On avance en décalage permanent avec son ombre !
J’ai fait un pas de danse en trouvant le petit colis dans ma boîte, moi qui sais à peine marcher. Je sortais avec mon pirate et je m’étais écriée : « Mon livre ! Mon livre ». Moi qui me promettais pas plus tard qu’hier de ne jamais plus parler de livres devant personne, je me dis qu’au moins mes pirates verront comment je tiens Comme un bal de fantômes entre mes mains.
Sur la quatrième de couverture, on parle de mains amies, de passants considérables, de romances anciennes. Je reprends les mêmes mots en battant les cartes. Le désordre est un ordre parfait.
Je ne vais pas attendre de terminer ma lecture pour en parler. Je suis à la page / aux deux pages qui correspondent au nombre de mes années. Et pas une seule seconde, pas un seul lexème, pas une seule virgule, ne désobéit à une règle tacite d’une joie immense, étourdie, facétieuse, exquise ! La mélancolie est lointaine, un joueur de flûte !
Et je ne devrais plus regarder la numérotation des pages.
Je déguste ! Je pourrais m’arrêter mille fois. Découvrir des poètes qui s’invitent habillés de leurs draps sublimes de fantôme. Et je pourrais poursuivre ! Qu’importe ! La rivière coule. L’eau joue des notes de candeur sur des galets marron et or. Couleur de l’eau. Un rayon de soleil habite la pluie.
Je pourrais recopier des passages entiers ! Comment choisir ? Et que choisir ? Le paratexte, les poèmes en palimpseste, la danse transtextuelle ? Ce que « l’auteur » écrit ? Tout se tient par la main. Tout « farandole » oui ! Un même fleuve rempli d’étoiles fugueuses libres jusque de leur temps d’écriture !
Je meurs !!!!!!!!!!! Je me promettais hier de plus aimer des livres ! De ne plus lire ! De ne plus m’enflammer ! Mais comment faire dites-moi ? A nouveau je suis ce lépidoptère sans aile ! Je suis dans la chanson magnifique de Sett Fayrouz, semblable à ce papillon qui ne sait pas ce qui lui arrive.
« Souvenez-vous de cet instant Yügen, qui ne se raconte pas, que vous n’avez jamais su décrire, qui ne peut être en capture, le rayon de soleil, l’amour qui musarde, la glace qui fond, le frisson sans raison un frémissement dans un arbre comme une chanson ancienne, l’extase devant la paysage. Et pourtant il fallait en conserver le souvenir, la justesse l’incandescence, le magnifique l’unicité,
Oui, ce moment ainsi juste et inouï, Le vivre et s’en souvenir, et se “promettre de ne jamais l’oublier.”
Je ne recopierai pas le livre. J’ai envie. Hier je m’étais promis de ne plus redevenir enfant.
« Quand je serai petit
Je serai
Raconteur de marelles »
Et je ne vous ai pas tout dit !!!!!!!!!!!
Eric Poindron !! C’est tellement bien !