ÂMES & AUTOMATES

Les fabricants d’automates imaginent des automates écrivains afin de raconter l’histoire des automates.

Ce soir au Regent Theatre de Stoke-on-Trent, on jouera la pièce rare Le Double meurtre de l’automate* de qui vous savez. Il y aura peut-être cet étrange spectateur qui assiste à toute les pièces, à chaque représentation, observe, et se tait.
Parce qu’il existe des coups de cœur comme des coups de théâtre, il revient chaque soir, élégant et pâle.
Le spectateur deviendra-t-il, après le spectacle, quand la nuit aura gagné les ruelles et les coulisses du théâtre, le meurtrier raffiné de Le Double meurtre de l’automate* ?
Et si le personnage de théâtre, notre théâtre, était un fantôme tout de chair ; et si celui qui le regarde était capable de lui ravir la place ?
La scène est une répétition qui donne le change, c’est en coulisse, au cœur des mécanismes, que les vrais effrois font sang et sens.

« La mort écoute les mots. Elle les a déjà entendus. Elle aussi possède un exemplaire de la pièce. » Joseph O’Conor, nous le rappelle, sans excès. Dans « Muse », à découvrir aux éditions Phébus.

*Le Double meurtre de l’automate de John B. Frogg nous conte l’histoire de l’inventeur Anatole qui cherche, en vain, à mettre au point un automate assassin afin de prouver la supériorité vertueuse de la machine sur l’homme. Lassé de ses échecs, il se décide à tuer un innocent à la place de l’automate. Alors qu’il se croit soupçonné, il met fin à ses jours par pendaison, mais maquille son crime, de sorte à faire croire qu’il a été assassiné par sa créature.

 

Machine à doigts, oeuvre de Orianne Poncet
Automate à manivelle, Laiton, acier et résine

UN LIVRE UN LECTEUR

 

Florence Bertout, reçoit Eric Poindron pour évoquer le très beau livre Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, éd. Finitude.
Une émission conçue et présentée par Florence Berthout Maire du 5ème, tous les dimanches de 11h35 à 11h55.
Pour écouter et voir l’émission ON CLIQUE ICI
PETIT POUCHET, UN DRÔLE D’OISEAU QUI DEVIENDRA GRAND
« Le texte précisait : « entre Paris et la mer, le fleuve descend de 26 mètres. » Très lentement, pendant cette petit croisère, nous allions chuter d’un immeuble de dix étages. »
L’Odyssée minuscule et les leçons de choses ornithologiques et poétiques d’un honnête homme, de peu et de bien, à la nostalgie pudique et douce-amère, comme un Des Esseintes en devenir, mâtiné d’apprenti Sherlock Holmes, égaré au pays d’Emmanuel Bove, est parfois un sacré voyage.
« J’avais proposé à Gilles de venir avec moi. il m’avait répondu avec quelque chose comme de la pitié dans la voix que « les oiseaux ce n’était pas son truc ». Je m’étais échauffé : « Mais ce n’est le truc de personne, Gilles.Moi non plus ce n’est pas mon truc, ce n’est pas la question […] »
Un voyage au petit cours le long d’une Seine-Mississipi chafouine et serpentine.
Clin d’oeil à Borges, au perroquet de Flaubert, à la Girafe de Charles X, aux savants opiniâtres, illustres ou méconnus, à un Muséum désuet de province, en un inventaire à la Bouvard et Pécuchet.
Et des oiseaux, aux allures de cailloux blancs, comme si il en pleuvait.
Les plus longs voyages sont ceux que l’on fait à l’intérieur de soi, ou aux temps pas si réjouis de son enfance.
« Pendant un instant, j’ai regretté l’âge protégé où école et croyance était obligatoire. »
Et puis un livre où l’on fait presque halte à Giverny, où les femmes ont des voix suaves et fragiles « comme un vieux morceau de bois verni. », où l’on rêve à des dauphins miniaturisés faisant le bonheur des propriétaires d’aquarium, où des milieux de canards en plastique de salle de bains font les fous dans les eaux de l’Alaska, est un exercice réussi de voltigeur ; comme un périple littéraire de rare tenue qui aurait plu à Swift, l’auteur des voyageurs de Gulliver qui se lamentait, déjà, en constant que : « Je fais à présent une expérience très répandue chez les auteurs modernes ; a savoir, écrire sur rien. »
Ici, et si justement, le contraire de rien, ce sont tous ces riens minuscules qui, mis bout à bout avec habileté nous donnent l’envie de grand large.
Il n’y a rien, dit-on aux iles d’Aran, et pourtant, c’est ce rien qui nous intéresse, doit-on croire en relisant Nicolas Bouvier.
« J’irais revoir ma Normandie » a-t’on ici, presque envie de fredonner.
Le premier roman de Victor Pouchet est un déjeuner de soleil, une escapade de jouvence, et un lumineux baptême qui célèbre à l’envi les eaux et les oiseaux.
Oui, le héros de Pouchet est tout petit, mais son auteur est déjà grand.
Chapeau & merci capitaine.
Aux réjouissantes éditions Finitude, ça coule de source.

 

BIBLIOMANIE & BAL DE FANTÔMES

BIBLIOMANIE & BAL DE FANTÔMES
RADIO LIBERTAIRE – 89.4 FM
JEUDI 19 OCTOBRE – 15 h à 16 h 30.
 
Avec Valère-Marie Marchand :
Jeudi 19 octobre, entre 15h et 16h30, Eric Poindron sera l’invité de l’émission Bibliomanie (Radio Libertaire 89.4 FM) à l’occasion de la publication de « Comme un bal de fantômes » au Castor Astral, dans la collection « Curiosa & caetera ».
Nous y parlerons des saisons de la vie, des romances d’antan, des fantômes bienveillants, des fraternités poétiques, d’amitiés sur parole, de géographies intérieures et bien évidemment du temps qui passe, de la douce mélancolie des jours et des chemins qui se dessinent en nous…
Une invitation à papillonner et à voyager entre les lignes à découvrir très vite sur nos ondes libertaires…

TCHOUANG TSEU & PAPILLONS

 

« Les hommes connaissent tous l’utilité d’être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile. »
Les œuvres complètes de Tchouang-Tseu, ou Zhuangzi, – IVe siècle avant J.-C. – , livre sans fond(s) composés de réflexions et de vrac – « Ce sont les professeurs qui ont mis le désordre dans le monde. » -, de philosophie, de poèmes et de farces, ressemblent à un magma guilleret et abyssal où les grenouilles se mettent à converser.
« Jadis, une nuit, je fus un papillon, voltigeant, content de son sort. Puis, je m’éveillai, étant Tchouang-tseu. Qui suis-je en réalité ? Un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ou Tchouang qui s’imagine qu’il fut papillon ? »
Sans oublier cet humain lucide qui décide de se servir d’un crâne comme oreiller. Alors que le premier demande au second si il n’est pas trop triste d’être mort, le crâne répond au premier : « Mais comment peux-tu être aussi certain que la vie est meilleure que la mort ? »
À vérifier, bien sûr ; mais une chose après l’autre.


POINT VIRGULE

Point virgule – barre – ; comme ils disent.
Il est des combats qu’il ne faudrait jamais perdre ; celui en faveur du point virgule en est un.
Ambigu pour certains ; archaïque pour d’autres, le point virgule est pourtant un ami précieux. Chimérique ou à l’intuition musicale, ce signe au maintien discret est l’allié de la description ou du souvenir ; il est discret comme un effacement ; une dignité ou un repli sur sur soi. Le point est un sabre au clair qui tranche la phrase, quand le point virgule est un effleurement ; une grâce à peine masquée.
Et s’il venait à disparaître, il nous faudrait alors remettre en vigueur le point de soupir ; une coquetterie délicate et typographique ; comme un soupir.
N’est-ce pas Pierre Michon ?

MERCI PARIS !

 

INVITATION
LIBRAIRIE GALLIMARD MERCREDI 4 OCTOBRE 19 H. 

A l’occasion de la sortie du livre collectif

MERCI PARIS

Dirigé par Nathalie Riché & Eric Poindron, d’après une idée d’Eric Poindron
Présenté par Gérard Mordillat

Éditions Tallandier

Nous vous invitons à rencontrer les auteurs :

Nous vous invitons à rencontrer les auteurs :

Julien Blanc-Gras, François Bott, Franck Courtès, Marie Darrieussecq, Kéthévane Davrichewy, Agnès Desarthe, Irène Frain, Guy Goffette, Denis Grozdanovitch, Serge Joncour, Nathalie Kuperman, Jérôme Leroy, François-Guillaume Lorrain, Karim Miské, Gérard Mordillat, Daniel Picouly, Eric Poindron, Tatiana de Rosnay, Tiffany Tavernier, Valérie Zenatti.

Venez nombreux !

Lectures, festivités et amitiés parisiennes au rendez-vous !

Librairie Gallimard Paris

15 Boulevard Raspail, 75007 Paris.

 

 

CONSCIENCE DE RUINES

 

Denis Diderot aimait les ruines
Les antiques, les peintes et les imaginaires
Les « capricci »
Et le peintre Hubert Robert
– Qu’il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités –

Au XVIIIe siècle, les philosophes aimaient les ruines
Les antiques, les peintes et les imaginaires
Les « capricci »
Les peintres aimaient les ruines
Les antiques, les « capricci », les imaginaires

Je connais bien le XVIIIe siècle que je n’ai pas connu
J’aime les ruines et il est possible que
Nous aimions les ruines
Les antiques, les peintes et les imaginaires
Les « capricci »
Nous aimons aussi peut-être le XVIIIe siècle
Et je visite Denis Diderot
Et je vis parfois / souvent au XVIIIe siècle
Et ne suis guère philosophe
Qu’est-ce que un philosophe ?

« Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. »
Ecrit Diderot dans Salon de 1767
Il parle de peinture
de celle de Hubert Robert

Nous aimons
Nous y sommes
Qu’importe le siècle
« solitude et au silence »

Et Georg Christoph Lichtenberg
XVIIIe siècle, et philosphe
de nous le rappeler
« Efforce toi de ne pas
être de ton temps. »

Aimons
Qu’importe
Capriccio
La ruine

*

Et une pensée à travers les siècles et les ruines, à Victor Hugo, Stendhal, Lamartine ou Marcel Proust, amateurs d’arcades éphémères & obscures.

 

Peinture de Hubert Robert, Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines