BOIRE EN MUSIQUE & MUSIQUE À BOIRE

Vous reprendrez bien « un petit fond de fin de siècle ? » Et vous en en profiterez pour vous souvenir que Boris Vian avec son Pianococktail n’a rien inventé… Alors ouvrez l’oeil, tendez l’oreille et santé !

      Il referma la croisée ; ce brusque passage sans transition, de la chaleur torride aux frimas du plein hiver, l’avait saisi ; il se recroquevilla près du feu et l’idée lui vint d’avaler un spiritueux qui le réchauffât.
Il s’en fut dans la salle à manger où, pratiquée dans l’une des cloisons, une armoire contenait une série de petites tonnes, rangées côte à côte, sur de minuscules chantiers de bois de santal, percées de robinets d’argent au bas du ventre.
Il appelait cette réunion de barils à liqueurs, son orgue à bouche.
Une tige pouvait rejoindre tous les robinets, les asservir à un mouvement unique, de sorte qu’une fois l’appareil en place, il suffisait de toucher un bouton dissimulé dans la boiserie, pour que toutes les cannelles, tournées en même temps, remplissent de liqueur les imperceptibles gobelets placés au-dessous d’elles.
L’orgue se trouvait alors ouvert. Les tiroirs étiquetés « flûte, cor, voix céleste » étaient tirés, prêts à la manœuvre. Des Esseintes buvait une goutte, ici, là, se jouait des symphonies intérieures, arrivait à se procurer, dans le gosier, des sensations analogues à celles que la musique verse à l’oreille.
Du reste, chaque liqueur correspondait, selon lui, comme goût, au son d’un instrument. Le curaçao sec, par exemple, à la clarinette dont le chant est aigrelet et velouté ; le kummel au hautbois dont le timbre sonore nasille ; la menthe et l’anisette, à la flûte, tout à la fois sucrée et poivrée, piaulante et douce ; tandis que, pour compléter l’orchestre, le kirsch sonne furieusement de la trompette ; le gin et le whisky emportent le palais avec leurs stridents éclats de pistons et de trombones, l’eau-de-vie de marc fulmine avec les assourdissants vacarmes des tubas, pendant que roulent les coups de tonnerre de la cymbale et de la caisse frappés à tour de bras, dans la peau de la bouche, par les rakis de Chio et les mastics !
Il pensait aussi que l’assimilation pouvait s’étendre, que des quatuors d’instruments à cordes pouvaient fonctionner sous la voûte palatine, avec le violon représentant la vieille eau-de-vie, fumeuse et fine, aiguë et frêle ; avec l’alto simulé par le rhum plus robuste, plus ronflant, plus sourd, avec le vespétro déchirant et prolongé, mélancolique et caressant comme un violoncelle ; avec la contrebasse, corsée, solide et noire comme un pur et vieux bitter. On pouvait même, si l’on voulait former un quintette, adjoindre un cinquième instrument, la harpe, qu’imitait par une vraisemblable analogie, la saveur vibrante, la note argentine, détachée et grêle du cumin sec.
La similitude se prolongeait encore : des relations de tons existaient dans la musique des liqueurs ; ainsi pour ne citer qu’une note, la bénédictine figure, pour ainsi dire, le ton mineur de ce ton majeur des alcools que les partitions commerciales désignent sous le signe de chartreuse verte.
Ces principes une fois admis, il était parvenu, grâce à d’érudites expériences, à se jouer sur la langue de silencieuses mélodies, de muettes marches funèbres à grand spectacle, à entendre, dans sa bouche, des solis de menthe, des duos de vespétro et de rhum.

Joris Karl Husmans,  Un orgue à bouche in A Rebours (1884)

Le « curieux gardien » vous recommande la lecture de :

L’Orgue de quinte de Hervé Picart, Le castor Astral Editeur

Un grand roman-feuilleton moderne. Une boutique mystérieuse au nom troublant : L’Arcamonde. L’antiquaire mène l’enquête…

Le légendaire orgue à liqueurs du héros d’un roman du XIXe siècle : voilà ce que Bogaert pense avoir déniché dans la petite ville médiévale de Provins. Mais l’antiquaire n’a pas laissé son flair dans sa boutique brugeoise. Il se retrouve bientôt sur la piste autrement plus inquiétante d’un maître verrier qui, dans sa quête du cristal parfait, est bien résolu à distiller le chagrin de ses victimes. Frans Bogaert va apprendre que lorsqu’il est question d’alchimie, toutes les larmes ne se valent pas.

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WINSTON CONTRE SHERLOCK ?

Une majorité de Britanniques sont convaincus que Sherlock Holmes a réellement existé mais 23% d’entre eux pensent que Winston Churchill était un personnage de fiction, révèle une enquête publiée lundi.

Parmi les 3.000 personnes interrogées pour ce sondage, 47% sont persuadées que Richard Ier, dit Coeur de Lion, n’a jamais été roi d’Angleterre mais n’a vécu que dans les livres, alors qu’il a régné de 1189 à 1199.

Winston Churchill, Premier ministre de 1940 à 1945 puis de 1951 à 1955, est lui aussi considéré comme un personnage fictif par 23% des répondants, tout comme Cléopatre (4%), Gandhi (3%) ou l’écrivain Charles Dickens (3%), précise l’enquête réalisée pour le compte de la chaîne UKTV Gold.

En revanche, 58% des personnes sondées croient que Sherlock Holmes, personnage créé par Arthur Conan Doyle en 1887, a réellement existé.

Il a fallu tout un Empire au second pour être battu par la loupe et le violon du premier…

Du cigare et de la pipe, c’est la seconde qui l’emporte !

Et Oscar Wilde avait raison : « la nature imite l’art ».

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BOIRE OU FUMER, IL FAUT CHOSIR

Quand les « buveurs passifs » viendront se plaindre et feront interdire l’alcool, à leur portée de vue ou à leur portée de nez, on pourra toujours se souvenir de la combine de Sir Winston Churchill, gourmet et prix Nobel de littérature pour duper et alterner :

« Ne croyez surtout pas que je fume toute la journée! Je suis bien trop tempérant pour cela. Il s’agit en réalité de faux cigares: ils sont creux et remplis de cognac à l’intérieur… »

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QUESTION RÉPONSE & ROBOT

Tardy. a demandé :

Bonjour,

A 4h du mat j’ai entendu sur France Inter, il y a quelques jours déjà, l’annonce d’une exposition à Paris sur un ingénieur fou qui inventait des robots et autres appareils pour communiquer avec les morts ! Je n’ai pas retenu le nom du Tournesol…  Les plans précis ont étés conservés pour leur technicité… Pouvez- vous trouvez ce farfelu ? Merci.

Et Nelirzin a répondu :

Bonjour à Tardy et à notre hôte,

L’ingénieur fou et (un peu) farfelu s’appelle Jean Perdrizet. Ses plans truffés de textes incroyables sont formidables. L’exposition dure encore jusqu’au 10 mars 2012, dans une galerie d’art brut du Marais, la galerie Christian Berst, et elle est co-organisée par Roger Roques (libraire-galeriste-éditeur rare s’il en est). Le catalogue me semble bien fait également (mais je l’ai seulement parcouru en diagonale pour l’instant).

 Découvrir la Galerie Christian Berst

Jean Perdrizet, sans titre, Un robot ouvrier qui voit les formes par coupes de vecteurs en étoile, Ronéotype, stylo à bille, feutre et crayons de couleur sur papier plié — 64 × 40 cm

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ABRAHAM LINCOLN, CHASSEUR DE VAMPIRES

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LE CHASSEUR DE NUAGES

Porteur de lanternes (…) le peintre s’invente une famille…

… Venedict le peintre… Kassanov, qui signifie dans ma langue, le chasseur de nuages… Toutes les étoiles brillent, il faut les peindre… Et les lunes aussi…

Dans les profondeurs de la Crimée, d’une mer d’Okhotsk, Noire ou Caspienne, d’une Cyclade ou des Bretagnes à venir, Venedict Kassanov – qui signifie, cette fois, le collectionneur de vent -, pêche en rêvant… Ses doigts dégourdis agitent une épuisette en forme de pinceau, une palette garnie et colorée, et capture une tache de ciel ou d’océan… Le peintre change de corps et de cap. Il est tous les vents, il est les arbres de la forêt, il en est l’esprit… Parfois, d’un bout de lanterne, il éclaire les eaux et croque ses habitants : poissons volants, poissons horizons, poissons-chats, poissons sages comme leur maître ou ses images… Poisson mica couleur de lune et d’argent… Feldspath, azur-lazuli , onyx aux tons d’aquarelle ou de mer d’huile… Un bateau vague, rouge et silencieux brise le calme des eaux multicolores. Le peintre marche en direction du phare bleu. Des oiseaux larges et bruyants l’observent… A chaque pas… Instinct, destin, instant, distance… Des pas… Le peintre Kassanov – qui signifie : inventeur de boussoles – mélange les pays en les colorant. Petit marin russe qui salue, épouvantail qui sourit, sorcier qui s’agite et porteur de lanternes qui s’illumine… Le peintre s’invente une famille…
… Venedict le peintre… Kassanov, qui signifie, le dénicheur d’horizon, entend la chanson : « Dessine-moi un arbre, déracine-moi un poisson… Et les lunes aussi… »

Oeuvre de Geof Kern

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POÉSIE SOUS LES ÉTOILES

Je me souviens de ce gitan, assis autour du feu dans une montagne de la Drôme, qui récitait à la belle étoile un pomème de Rajko Djuic, prince des Rroms…

La lune rit

nous autour du feu

pleurons

les sanglots s’élèvent

le rire descend

le firmament a une

odeur de pleurs

nous un parfum de rire

si la lune perd la vue

et si nos yeux s’ouvent

qui saura dire

où les ailes des pleurs

et celles du rire

se rencontrent

(…) attaché à une caravane, un jeune cornaiud semblait comprendre les mots du poète, fixant les étoiles, mais sans aboyer à la lune.

Le « curieux gardien » vous recommande la lecture :

Les Rêves de Jesus Christ  de Rajko Djuric (éditions n & b)

« L’origine de ce livre est mystérieuse comme le sont les rêves de Jésus-Christ eux-mêmes. Je sais seulement qu’un manuscrit portant ce titre était en la possession du père Macaire, qui exerçait dans les années soixante son sacerdoce à l’église de la bourgade de Maoriste.

Il avait vécu auparavant dans un monastère du mont Athos, d’où il avait rapporté ce manuscrit qu’il vénérait comme un objet sacré.

Toute autre explication me semble superflue, voire impossible. » (R.D.)

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